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CHAPITRE V. — L'CEUVRE APOSTOLIQUE

Le pape, disait un ministre, défend aux catholiques l'Écriture Sainte. Cependant, répondit un catholique, voici une bible qui m'a été remise par un missionnaire. Acceptez-vous avec moi une discussion sur l'Ecriture ? — Refus du Protestant. — Mal lui prend d'indiquer le sens particulier, la liberté d'interprétation. De tels arguments ne sont pas compris dans une nation qui pousse à l'extrême le respect de la tradition et le culte de l'autorité. Nous n'admettrons jamais, disaient les Chinois, une religion qui n'a pas de chef, pas de pouvoir, pas d'unité, pas de tradition.

Le sens positif chez les Célestes est un nouvel obstacle aux conquêtes des fils de Luther ; leurs vagues sentimentalités ne leur suffisent pas.

Un Protestant essayait de convertir ou plutôt de pervertir une bonne chrétienne. — La pauvre vieille lui dit simplement : Votre pasteur aura-t-il le pouvoir de me remettre mes péchés ? — Non, pas précisément. — Alors je demeure dans la religion catholique. Lorsque le Père Spirituel nous donne la mission, je me confesse, et mes péchés me sont pardonnes ; lorsque je mourrai, le Père Spirituel reviendra pour me pardonner encore et enrichir mon âme d'indulgences ; je ne veux pas de votre religion incapable d'ouvrir la porte du ciel et qui laisse ouverte la porte de l'enfer.

Le prêche des Huguenots est surtout riche en insultes contre la véritable Église, et ces messieurs seraient bientôt réduits au silence, s'ils n'avaient leurs dénigrements pour nourrir leur rhétorique. L'un d'eux s'en prenait à la confession auriculaire ; il trouvait fort inconvenant que les prêtres catholiques fussent appelés auprès des femmes malades ou moribondes. Un auditeur l'interrogea : si votre femme est souffrante ou même en péril de mort, n'appellerez-vous pas le médecin ? — j'aurais soin de chercher le plus habile, reprit le Protestant, qui ne soupçonnait pas le parti que son adversaire tirerait aisément de sa réponse. Permettez- nous donc,

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conclut victorieusement le catholique, d'appeler le médecin spirituel pour soigner une âme, comme vous appelez le médecin temporel pour soigner les corps.

Les hérétiques ont malheureusement d'autres arguments qu'ils n'empruntent plus à leur théologie frelatée. Au lieu d'ouvrir la bible, ou même la bouche, ils ouvrent une bourse remplie de bonnes espèces sonnantes et brillantes. Ventres affamés n'ont d'oreilles, et quelques ligatures furent plus persuasives pour grossir le bercail de la Réforme que toute l'éloquence des ministres. Plusieurs villages se sont ainsi formés. Les Chinois convertis s'appellent les sectateurs de Jésus : ils trouvent le culte nouveau commode pour deux raisons; la première parce qu'il donne des sapèques ; la seconde parce qu'il demande si peu que rien. Pas de messe, pas de sacrements, on entre et on sort comme au moulin. Malheureusement la conscience reste inquiète, ainsi qu'en témoigne le fait suivant. Les Protestants avaient remis le soin d'une bergerie à un maître d'école qui la gouvernait en leur absence ; pour l'aider à remplir ces nouvelles fonctions, ils lui confièrent quelques livres. C'était une imprudence, le maître d'école, homme vraiment religieux, lut, réfléchit ; il se prit à douter, à interroger ; la lumière descendit dans son intelligence droite. Le pasteur convaincu convainquit son troupeau, et les brebis demandèrent au berger des missionnaires catholiques. Ceux-ci malheureusement tardèrent à venir ; une première, une seconde ambassade n'eurent d'autre résultat immédiat que d'instruire les protestants de l'état de choses. Ils vinrent précipitamment pour raffermir l'hérésie mortellement menacée. Leurs paroles ne touchaient pas les cœurs, mais les piastres éblouirent les yeux. Le démon rentra dans la place d'où le pauvre maître d'école fut honteusement chassé. Au moment où le P. Edel écrivait ce récit, le généreux confesseur de la foi errait sur les grands chemins avec sa femme et ses enfants, heureux cependant d'avoir tout perdu pour gagner Jésus-Christ.

CHAPITRK V.

L'CEUVRK APOSTOLIQUK.

Sur un point les protestants sont admirables, et plusieurs catholiques feraient bien de méditer le grand exemple de tant d'infidèles qui, généreux dans leurs erreurs, sacrifient noblement des sommes énormes au service d'une cause détestable. Que ne feraient pas nos missionnaires si de telles ressources étaient placées entre leurs mains par la religion des pouvoir publics, si les nations catholiques étaient aussi ardentes pour répandre la vérité que le sont, pour la combattre, les nations protestantes ! Mais non, ajoutent les missionnaires, nous sommes plus puissants avec la grâce de Dieu, avec notre sainte et chère pauvreté.

Comme les Chinois aiment leur Eglise, ils savent aimer leurs frères, et plus encore parmi leurs frères les malades et les mourants. — Quelle sollicitude, dit le P. Hilt, pour les intérêts spirituels 1 En plein été, alors qu'ils font une chétive récolte destinée à les empêcher de mourir de faim, si quelqu'un est en péril de mort, ils n'hésitent pas à tout quitter pour chercher le Père à dix lieues. Un homme très pauvre allait mourir, j'ai vu sa chambre pleine de chrétiens accourus pour l'exhorter et pour prier '. Ils viennent d'assez loin pour rendre ce service et parce qu'en Chine tout se fait avec une certaine pompe, les administrateurs sont là en grands chapeaux de cérémonie. Les païens volontiers moqueurs se taisent, émus malgré eux, par la majesté de la mort chez les chrétiens. Ce spectacle fut pour plusieurs le principe de la conversion.

Un dernier trait des chrétiens, c'est l'affection de tous pour leur missionnaire. Il est non seulement leur curé et leur pasteur, mais souvent leur juge et leur arbitre, parfois leur médecin, il les défend, il les conseille. — Impossible, disait le P. Edel, de ne pas aimer ces braves gens : c'est bon comme du bon pain, simple, un peu curieux, un peu vif, mais le cœur sur la main. La perfection n'étant pas de ce monde n'habite pas non plus en Chine, mais comme le repentir suit la faute, au moins dans nos chrétientés

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