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CHAPITRE V

L'ŒUVRK APOSTOLIQUK.

qu'il était baptisé. Cependant le P. Ménestrel parcourait le district à la recherche des brebis égarées ; il eut connaissance de notre pauvre petit agneau promis à la dent des loups, et demanda qu'il fût envoyé à l'école d'une chrétienté voisine. La pauvre mère y consentit volontiers, car elle avait péché par faiblesse plutôt que malice. Les premières vérités de nos croyances illuminèrent l'intelligence du jeune Ignace, moins ouverte aux connaissances profanes ; ce fut pour lui la même chose d'étudier notre religion et de l'aimer de toute l'ardeur d'une âme innocente. — « Oh ! quel malheur, disait-il en répétant sans le savoir le mot de saint Augustin, d'avoir connu si tard le bon Dieu ! » Mais il entendait bien rattraper le temps perdu. — « Certes, disait-on de lui. dans la pratique de la vertu, ce jeune garçon n'y va pas de mainmorte!» Le premier effet de son zèle fut le retour de sa mère à la pratique religieuse, mais elle ne survécut pas longtemps à sa conversion, et Ignace l'ayant exhortée à bien mourir et disposée à recevoir les derniers sacrements lui ferma les yeux.

L'orphelin rejeta toutes ses tendresses dans le sein de Dieu, disant comme le Psalmiste : € Mon père et ma mère m'ont abandonné, vous êtes mon Seigneur et mon tout, » Il n'avait plus qu'un souhait: vivre à la Résidence, répondre la Messe, rendre service au Père, apprendre de lui à mieux connaître Dieu. On n'encourageait pas ses désirs : l'enfant aurait échoué devant la difficulté des études nécessaires au sacerdoce. Ignace ne soupçonnait pas l'obstacle. Les Pères feraient de lui ce que l'on pourrait en faire, une seule chose importait : vivre dans la maison de Dieu, même à titre de mercenaire, pourvu que le salaire fût de se dévouer au service de l'Église et de la mission. S'il avait vécu, eût-il été exaucé ? C'est douteux, mais la mort fut pour Ignace plus clémente que la vie, elle lui ouvrit les portes de la Compagnie de Jésus, Il était revenu souff"rant d'une excursion dans la famille, le mal fit des progrès soudains et terribles, non point terribles pour le malade, car au seuil de l'éter-

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KN CHINE.

nité, admis à faire ses vœux de dévotion, il les prononça dans la ferveur de son âme avec des transports d'allégresse. La maladie se prolongea sans jamais permettre l'espoir d'une guérison, mais en augmentant les souffrances et les mérites. Le malade se reprenait, et se repentait bien vite lorsque, couché ou plutôt assis sur des plaies vives, il avait prononcé une parole de plainte ou d'impatience. Notre-Seigneur est plus mal sur la Croix, disait-il en ces occasions ; ou bien, si un moment le désir de la vie avait ému ses vingt ans, il excitait en lui l'espérance du Ciel... Les paroles les plus suaves venaient sur ses lèvres : « O Mère tendrement aimée ; ô Jésus tout aimable !... » et comme la parole s'embarrassait, il demanda que deux images de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge fussent placées devant lui ; son regard allait de l'une à l'autre : c'était la prière confiante et filiale de son agonie. Quelques jours avant le dernier, son frère vint le voir. La conversation fut d'abord contrainte. Que pouvaient se dire ce païen baptisé et ce jeune prédestiné si près de sa couronne ? Aussi, après quelques paroles banales on se sépara ; mais le visiteur s'étant retiré, Ignace le fit prier de revenir et alors, du ton le plus aimable, il l'assura qu'il lui avait conservé toute son affection ; il lui rappela la mort chrétienne de leurs parents il lui demanda si dans un pareil moment, aussi voisin de la mort, il goûterait une paix délicieuse qu'aucune crainte n'assombrirait. Rien n'était plus beau que ce mélange de vérité et de tendresse dans la bouche du mourant ; le pauvre pécheur se roidit en vain contre son émotion, il promit en pleurant de se convertir: puisse-t-il ne point tarder à remplir sa promesse! L'avenir ne lui réserve pas la grâce d'entendre une seconde fois semblable prédication.

Joseph l'aveugle n'a pas toujours été aveugle, et il ne s'est pas toujours appelé Joseph ; son indigente famille établie au sud de la mission était fort exacte au culte des faux dieux ; le père honorait Fo, la mère et les enfants vénéraient Bouddha. Sauf ce point qui

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