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CHAPITRE V. — L'ŒUVRK APOSTOLIQUE

n'offre pas matière à discussion entre païens, l'accord était parfait : le père, très petit commerçant, faisait l'aumône à de plus pauvres, la mère et les enfants édifiaient le voisinage. On vivait, ou plutôt l'on vivotait honnêtement, tranquillement, lorsque de nouveaux chrétiens vinrent se fixer dans le pays. Leur vie exemplaire attira l'attention et bientôt détermina la conversion de Joseph et de sa famille prédisposée à la foi par les vertus naturelles; tous les membres reçurent le baptême à l'exception du père, qui trafiquait au loin. Mais, lorsque Notre-Seigneur vient où que ce soit, il y vient avec sa croix, et les calamités se succédèrent chez nos néophytes. La mère tomba malade et mourut ; le père, sur le chemin du retour, mourut aussi, mais subitement, sans avoir reçu le baptême. Cette fin soudaine ne devait pas dans la suite alarmer Joseph. « Mon père, disait-il, était un chrétien de fait et de désir, » et il pensait que Dieu avait accordé à sa droite et bonne volonté la grâce du salut éternel. Le petit garçon devint aveugle et fut reçu à l'orphelinat de la mission. On pourrait dire de Joseph, que la Providence donnait à ses condisciples, en le conduisant chez eux, comme un Ange visible et un Ange gardien ; bientôt il montrerait, malgré son infirmité, quelle grande et utile place les Saints savent se faire sans gêner personne et en rendant service à tous. Il avait un peu plus de vingt ans lorsqu'il entra en relations avec le P.Edel, comme répétiteur de la langue chinoise. « C'est en tâtonnant qu'il prend sa chaise, écrivait le Père, mais sa figure, fatiguée cependant par l'excès du travail, s'éclaire d'un sourire affectueux en souhaitant le bonjour, elle s'illumine d'une joie céleste lorsque la conversation roule sur des sujets religieux ; des yeux éteints tombe encore, sur les traits amaigris, une lumière qui est celle de la sainteté. » Que de choses n a point apprises le pieux jeune homme, et comme il les a bien apprises! Le Père Edel lui-même, si versé dans une multitude presque infinie de connaissances, s'étonne devant l'étendue de ce savoir ecclésiastique ou profane, et il entre dans la nomenclature.

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Joseph sait par cœur les lonçrues prières du matin et du soir, celles qui précèdent et celles qui suivent la confession et la communion, l'office des morts, celui de la Sainte Vierge, tout le catéchisme, toute l'Imitation, plusieurs livres de religion écrits par nos anciens Pères ; sa mémoire n'hésite pas un instant, sa langue ne bronche pas.

Il connaît par le détail la vie de presque tous les saints mentionnés au martyrologe : il sait, par exemple, que saint Thomas était très gros, que saint François de Sales priait devant une Vierge noire. Est-ce que le bon Dieu aurait exaucé sa prière, de tout apprendre et de ne rien oublier ? Il apprend la liste des Souverains Pontifes, celle des supérieurs de la Compagnie, celle des rois de France, mais sur ce point les études de Joseph sont incomplètes ; personne n'a le courage de lui enseigner la suite lamentable de notre histoire ou de nos histoires ; il pense qu'un descendant de saint Louis, digne de son aïeul, est encore assis sur le trône de France, que la gloire de Jean III éclaire toujours le Portugal, que l'Espagne est puissante comme au temps d'Isabelle la Catholique, que la Pologne demeure toujours la terre des héros invincibles. Parfois on l'entend s'écrier : « O France, ô Italie, o Pologne, pays des confesseurs et des apôtres, c'est au sang de vos martyrs que vous devez la persévérance dans la Foi ! Rome, plus que toute autre cité, arrosée de ce sang, tu lui dois d'être la capitale du monde et la mère de toutes les Églises ! » Ah ! pourquoi contrister cet enthousiasme et dissiper par les cruelles réalités de l'Histoire, une nuit pleine de si beaux rêves !...

Dans l'unique désir de faire du bien, et parce que seules les lettres exercent de l'intluence dans .son pays, Joseph s'est avancé plus loin encore dans la connaissance des auteurs profanes et de la littérature chinoise. Ici, le travail et l'effort étaient prodigieux pour un aveugle. On en jugera facilement par sa méthode. D'abord, il se faisait lire le texte, il retenait tous les mots sans les comprendre

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GHAPITRK V.

L'ŒUVRE APOSTOLIQUE

encore et — détail incroyable — la place de chaque mot dans le livre.

La passion de l'étude n'a pas éteint la piété. A le voir réciter lentement le rosaire, visiter le Saint-Sacrement, attendre à la porte de son confesseur, on dirait que ce Jeune aveugle est un contemplatif et qu'il n'a d'autre occupation que la prière ; au contraire, sa vie est très active, très remplie et très utile, en particulier à ses

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