‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 180 sur 284 · CHAPITRE VI. — CALAMITÉS ET DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — CALAMITÉS ET DIFFICULTÉS

au pauvre religieux, comme il le dit, que son bréviaire et ses larmes. La perte était sensible, l'injure plus grave encore. Sur le conseil de Mgr Languillat, le P. Octave déposa une plainte au tribunal de Schien-hien; elle y fut parfaitement accueillie. Ordre immédiat est donné au chef militaire de partir à la tête de deux cents hommes. Les bannières sont déployées, les trompettes sonnent, la petite armée s'ébranle avec des cris de guerre et des serments terribles de n'accorder aucune merci aux brioands. Mais il fallait se rencontrer et, d'une part, les brigands avaient eu le temps de disparaître, de l'autre, les soldats entendaient bien ne les poursuivre que là où ils n'étaient pas. L'expédition dura un jour et une nuit. Le jour fut donné à la promenade, la nuit fut occupée à boire. Le lendemain l'armée victorieuse rentra dans ses murs, en publiant qu'elle avait nettoyé tout le pays.

Un tel triomphe rassurait peu l'opinion publique, effrayée à bon droit par cet audacieux coup de main tenté en plein jour, sur une grande route, à trois kilomètres seulement d'une Sous- Préfecture. On se disait, non sans raison, que ces hardis détrousseurs étaient appuyés par d'autres bandes, et peut-être par des armées, craintes qui ne sont point toujours chimériques, comme l'événement le montrera bientôt.

Le P. Rabeau et le F. Guillon avaient été également détroussés, l'année précédente, à leur entrée dans la mission. Les routes étaient dangereuses alors — en 1861 — couvertes parles traînards que les armées impériales, réunies contre l'expédition franco-anglaise, avaient laissés sur leur passage. Le P. Babeau, afin de gagner du temps, voulut se détourner de l'itinéraire qu'on lui avait tracé, pour se rendre du Kiang-nang au Tché-ly S.-E. Peut-être aussi désiraitil se débarrasser de deux soldats chinois qu'on avait adjoints à nos voyageurs pour les honorer ou pour les surveiller, pour les défendre à l'occasion, et, à l'occasion pour les attaquer. Les commencements de la route furent heureux ; on retrouvait les traces toutes vives

^,TTs=.-wvîi , !M.La.»iil!^ij..|H^,iHBg>l!Uii B ui ■'!. LmwistiuyL ijIMlfVMtmm^t^mm^l't^^SfggÊf.

EN CHINK.

encore laissées par nos soldats. Dans une méchante auberge, un de nos braves de joyeuse humeur avait écrit en gros caractères : « Hôtel de la misère ». L'aubergiste qui ne comprenait rien à cette inscription, la montrait avec orgueil à ses clients, comme un témoignage de satisfaction décerné par l'armée française. Cependant, la route n'était plus sûre, les figures suspectes se montraient de ci, de là. Les curieux examinaient attentivement les nouveaux venus. Ces curieux pouvaient bien être parfois des espions, en tout cas, les brigands bien renseignés étaient sur la piste, attendant une occasion favorable. Elle vint bientôt. Un matin, le F. Guillon était assis dans la voiture, le P. Rabeau monté sur le petit âne. Le Père dit au Frère : mon Frère, il faut prier. Tout à coup, une troupe de huit cavaliers fond sur nous, écrit le Frère Guillon '. Ils sont armés jusqu'aux dents ; en un instant, nous sommes dévalisés, il ne nous reste rien de nos bagages, de nos provisions, de notre argent. Le narrateur ajoute, moitié souriant, moitié pleurant : ils ont même volé un petit cahier où j'avais inscrit mes résolutions de retraite ; puissent-ils du moins les lire et les garder à ma place. Cette scène rapide avait cependant comme spectateurs tous les habitants d'un village voisin, quelques-uns étaient accourus avec des armes. Aussi longtemps que les voleurs opéraient, on les regardait faire dans un profond silence ; mais quand ils furent partis, et tout à fait hors d'atteinte, les braves s'élancèrent à leur poursuite ; ils espéraient trouver quelques reliefs du festin, ou plutôt, du butin abandonné par les brigands.

Ces premières bandes servaient d'éclaireurs et de précurseurs aux armées de rebelles. Casent des troupes immenses qui se lèvent on ne sait où, on ne sait comment, souvent à la suite d'un complot ourdi dans les sociétés secrètes. Le P. Leboucq écrivait : « Aujourd'hui, — lettre du ler février 1SG3, ■ — ils sont 20,000, demain ils seront loo.coo. » L'année suivante dans une province voisine le

Page 1