CHAPITRE VI. - CALAMITÉS ET DIFFICULTÉS
P. Gandar évaluait leur nombre à plus de 500,000, et le journal anglais The Norfh Chiiia décrivait en ces termes le sac et la ruine de Nan-Kin : « La ville est un désert où l'on ne rencontre plus d'habitants ; des bandes de pillards la parcourent sans y trouver autre chose qu'un peu de riz abandonné. Toutes les murailles sont rasées, il n'y a plus de maisons, le préfet n'a pas trouvé où s'installer. La superbe cité est couverte de ronces ; ce serait aujourd'hui un magnifique parcours de chasse. Le consul anglais a fait lever un faisan sous le pas de son cheval dans ce qui fut la principale rue de la ville. »
Même désolation au Tché-ly S.-E. à l'approche du fléau. Un missionnaire écrit : Tout le monde se prépare à fuir. La moitié de la mission est pillée, les villages sont incendiés et si nos chrétiens, dans ces districts, n'ont été ni tués, ni emprisonnés, ils le doivent à la vitesse de leurs chevaux ou à la vigueur de leurs jarrets. Et combien parmi ceux qui se sont échappés regrettent de n'être pas morts. La paix était rendue au pays depuis quelques mois, lorsque le P. Leboucq, descendu de cheval pour abreuver sa monture, trouva quelques vieillards indigents autour du puits ; il leur dit en les saluant: « Voici un bon soleil. » Les vieillards lui répondirent : « Que nous fait maintenant le soleil.'' nous n'avons plus rien qui puisse mûrir dans nos champs, nous n'avons plus de maisons, nous n'avons plus d'habits, »
Les rebelles faisaient du mal même où ils n'étaient pas. De folles terreurs se répandaient dans le pays. On les avait vus, ils accouraient. Et alors c'était un sauve-qui-peut général. On détachait les bœufs et les ânes, on allait à l'aventure. Plusieurs mouraient de frayeur et plusieurs d'épuisement. La maison-mère de la mission recevait, en 1868, la terrible visite des brigands. Le récit de leur attaque a été fait par le P. Leboucq et par le F. Guillon ; leurs narrations se complètent souvent sans jamais se contredire.
Les bandes qui envahissent le Tché-ly en 1868 s'appelaient
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indistinctement les vieux voknrs ou les longs c/ievejix. Ces pillards ne revêtent que des habits de femme, les cheveux s'échappent d'un turban rouge, flottent sur les épaules ou descendent sur le front ; la jambe est nue jusqu'au genou ; marquée au fer rouge, elle porte le cachet de la servitude. Cette mesure prévient toute désertion et même tout retard ; un soldat isolé ou fugitif n'échapperait pas à l'exaspération du peuple, il serait immédiatement saisi, jeté dans une fosse et enterré vivant.
Histoire ou légende, ce que l'on raconte du chef de ces hordes, de sa férocité, de ses plaisirs barbares ne ressemble à rien de ce que nous lisons ailleurs sur les tristes exploits des tyrans et des monstres. On dirait un vicaire ou un lieutenant du démon animé contre tous les hommes d'une fureur infernale. Lui-même, comme s'il avait conscience de la fonction qu'il remplit, se fait appeler le Prince impitoyable de Satan, et il est vêtu d'une robe écarlate d'un rouge couleur de feu. Superbe et cruel, il s'avance dans une litière magnifique, décorée des ornements impériaux, car il prétend à l'empire, escortée de six autres litières où sont ses principaux ministres inséparables de sa personne ; sa mère, plus méchante que lui, commande une troupe déjeunes femmes qui accompagnent l'expédition. Tous les soirs, on amène à ce farouche capitaine un jeune homme choisi, par un raffinement de cruauté, entre les plus riches et les plus beaux ; la dernière action de sa journée est de lui trancher la tête pour s'entretenir la main. Il s'endort content pourvu cependant que quatre incendies allumés par ses sicaires aux quatre points cardinaux éclairent et réchauffent sa nuit terrible. Dans le même temps, cinq cents cavaliers, portés sur des chevaux rapides, sillonnent la campagne et répandent l'épouvante afin de protéger le sommeil de \ Iinperator. Ces bandes ne font pas la guerre, puisqu'elles ne rencontrent pas d'ennemis ; les armées impériales ou régulières levées contre elles les suivent bien plus qu'elles ne les poursuivent ; elles ajoutent, s'il se peut, à leurs dévastations, et les
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malheureux habitants, n'ayant que le choix entre les pillards, détestent également leurs oppresseurs et leurs défenseurs.
Verslemilieu dejanvier 1 868, les loiigscheveux franchirent le fleuve Jaune et se répandirent dans la province de Pé tché ly, en terrorisant les populations par leurs massacres et leurs incendies. La plaine était couverte de pauvres gens qui fuyaient sans savoir même comment fuir, sans s'arrêter nulle part, puisque la sécurité n'éiait nulle part, et la place où ces malheureux se trouvaient leur semblait