TYPE DE BRIGAND
toujours la plus dangereuse. Ils allaient donc de çà et delà emportant quelques restes lamentables de leurs demeures abandonnées et souvent livrées aux flammes, laissant sur la route les malades et les vieillards. Une nouvelle calamité s'en suivait bientôt, et le fléau de la peste s'ajoutait au fléau de la guerre, car les malades et les infirmes ne tardaient pas à mourir, et la contagion s'engendrait de leurs cadavres laissés sans sépulture.
Déjà l'on voyait les brigands se rapprocher de la Résidence.
Ils n'osaient encore l'attaquer, soit qu'ils craignissent les effets du protectorat français, soit qu'ils redoutassent plus immédiatement l'artillerie, pourtant bien médiocre, de la place et le tir de ses défenseurs. On a vu dans les chapitres précédents que la Résidence, élevée sur des remblais, entourée de hautes murailles, protégée par un peu de canon, ressemble à une forteresse. Fallait- il la livrer, fallait-il la défendre ? Les raisons pour et contre furent sérieusement examinées et discutées. Le parti de la résistance faillit un moment l'emporter ; sans se faire illusion sur le résultat définitif, il invoquait en sa faveur de sérieux arguments. L'ennemi, effrayant en rase campagne et irrésistible par son nombre, n'avait rien pour entreprendre un siège ; sa redoutable cavalerie lui était inutile, ses soldats armés de Innées et de sabres seraient tenus en respect par quelques fusils. Dans une alerte précédente, en février 1863, le P. Leboucq examinait les ressources de la place et il ne la jugeait pas indéfendable. « Avec cinq cents chrétiens, disait-il, nous la garantissons ; cent fusils dans la maison, deux cents lances dans les chambres du rez-de-chaussée, des tas de briques à l'étage pour casser la tête des assaillants. » Les plus animés à la défense étaient les chrétiens et même les païens du voisinage, mais après un mouvement offensif de l'ennemi, leur ardeur tomba. Quelques braves firent deux ou trois démonstrations impuissantes, la population effrayée ne les soutenait plus ; dès lors, la résistance devenait impossible, et il était prudent de ne pas irriter par un appareil de guerre l'ennemi qui, dans ce moment-là, se contentait du pillage ; les brigands se vengeraient en immolant les hommes, les femmes et les enfants à leur colère et à leurs passions. Le 23 février, c'était cette année-là le dimanche de la Quinquagésime; vers une heure, les brigands se présentèrent à la porte de la maison. Pendant que le jeune chef parlementait avec le P. Leboucq, ses hommes se précipitent par toutes les issues et font main basse sur tout objet qui tente leur cupidité. Le capitaine s'empare des montres et de