MANDARIN MILITAIRE
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membres bleuis par la çrelée soient même recouverts d'un lambeau d'étofte. Où construire des orphelinats assez vastes pour recevoir et pour élever, non pas mille, mais dix mille, ou cent mille enfants ?
<î Les fêtes de la nouvelle année survinrent dans ces jours néfastes ; j'attendais chez moi les administrateurs de mes chrétientés, et je ruminais pour répondre à leurs interminables discours quelques phrases simplement élégantes; je fus bien puni de cette folle équipée de mon imagination. Les premiers administrateurs me dirent : Père, nous n'avons plus d'écoles, nous n'avons plus de catéchumènes, nous n'avons plus de pain. Les seconds me dirent : Père, hier trois de nos catéchumènes, la mère et les deux filles, sont mortes subitement empoisonnées par les aliments qu'elles s'étaient préparés « à l'arsenic ». Les troisièmes me dirent : Père, hier pendant la nuit une vieille femme, qui possédait un boisseau de millet, a été étranglée et pendue pour être volée plus sûrement. J'en avais assez de ces messagers de malheur ; aussi éprouvé que Job, mais moins patient que le saint homme, je fermai ma porte.
« Et cependant, malgré cette épouvantable misère, les vols avec effraction, les meurtres sont rares. On a pendu quelques larrons de grands chemins, et l'exemple salutaire suffit... ou peu s'en faut : Trente ou quarante voleurs, plus hardis, lassèrent toutefois la patience d'un mandarin militaire ; aidé d'une faible troupe, il s'en empara sans coup férir, mais le vainqueur était bien embarrassé de sa victoire, et ne savait que faire de ses prisonniers. D'après la loi, les captifs ne devaient être jugés que pendant l'automne et on avait dix mois à attendre, dix mois pendant lesquels il aurait fallu les nourrir. Le mandarin les laissa périr d'inanition, et parce qu'il n'y a pas de petites économies, les trente voleurs firent leur dernier voyage, chacun à tour de rôle, dans le même cercueil que le gouvernement paya trente fois au mandarin et que le mandarin ne paya qu'une fois au menuisier.
« Il faut le reconnaître, la position des mandarins est difficile, et