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L'INONDATION

Si accoutumés qu'ils soient à ce spectacle, nos Pères admirent sans cesse la patience et la sobriété de ce peuple. Dans une conversation familière, un missionnaire disait : Lorsque la moisson est abondante, nos gens font trois repas par jour ; le menu n'est pas très varié, du riz ou du millet. Dans certaines provinces le déjeuner s'appelle le riz du matin ; le dîner, le riz de midi, et le souper, le riz du soir. Quand la moisson est médiocre, on ne prend que deux repas et on serre d'un cran la ceinture, mais on ne se plaint pas. La misère ne commence vraiment que si toute moisson absolument fait défaut. Ce n'est pas encore la misère noire. On vit avec les

résidus de son, avec des herbes, avec des racines. Une année d'inondation, les eaux, en se retirant, laissèrent à découvert une quantité presque infinie de poisson. On en vendit, raconte le P. Hœffel, témoin oculaire, les cent livres pour huit sous, toute la charge d'un homme. Le Père Alangin écrivant que les élèves ne sont point encore partis pour leurs vacances, en donne la raison : « Ici, ces chers enfants sont assurés d'avoir leurs trois repas par jour ; dans leurs familles combien ne les auraient pas régulièrement, et encore quels repas ! » Un Père me disait : € J'ai vu le pain que les assiégés mangeaient pendant la guerre de 1870 à Metz et à Paris ; mais vraiment celui de nos paysans chinois est encore pire. Il se compose de paille hachée et de son. C'est presque toujours ainsi. Car, sur leurs deux récoltes, nos malheureux paysans en voient presque toujours une détruite ; souvent, au printemps, il ne pleut pas et les blés sèchent sur place ; en automne, les pluies sont encore insuffisantes, ou bien, comme l'année dernière, elles sont si abondantes que les fleuves, rompant leurs digues, inondent le pays. Une autre année, ce sont les sauterelles, ou les chenilles, ou les rebelles '. Ah ! pourquoi cet innombrable peuple ne lève-t-il pas vers son Père qui est au Ciel ses yeux baignés de larmes si amères ; ses épreuves seraient consolées ; la résignation entrerait dans son âme avec l'espérance et avec le mérite ; peut-être même ces redoutables fléaux, serviteurs de la justice divine, seraient-ils réduits à l'impuissance de nuire par la prière et la piété chrétiennes. Malheureusement, la rébellion n'est pas dans les éléments toujours soumis à Dieu, elle est dans la volonté. C'est d'elle que naissent les plus graves obstacles au progrès de la Foi.

Les missionnaires s'interrogeant eux-mêmes sur les causes qui arrêtent la conversion de la Chine en distinguent deux principales : la première est à l'intérieur, dans l'opposition des lettrés ; la seconde

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