CHAPITRE VIT
LA NATION CHINOISE
OU les récentes, nous trouverons de judicieuses remarques sur le monde officiel en Chine.
Commençons par l'Empereur et sa Cour, mais nous sommes obligés de remonter aux siècles précédents, nul Jésuite, au dix-neuvième siècle, n'a salué le fils du ciel chez lui.
Le 15 février 1703, le P. de Fontaney envo)'ait au P. de la
Chaise, confesseur du roi, une relation de son voyage et de son arrivée en Chine. II lui disait :
« Le 2 de novembre, nous apprîmes que l'Empereur nous appelait à Pékin par cet ordre plein de bonté : « Que tous viennent à ma cour. Ceux qui savent les mathématiques demeureront auprès de moi pour me servir, les autres iront dans les provinces où bon leur semblera. »
KN CHINK.
« Aussitôt qu'on nous eut remis l'ordre impérial, les principaux mandarins de Ning-po nous rendirent des visites de congratulation sur l'honneur que nous faisait l'Empereur. Nous partîmes incontinent, accompagnés d'un mandarin qui avait soin de tout ce qui était nécessaire. On n'est pas libre de refuser une pareille distinction quand on va ou vient par ordre de l'Empereur. Nous n'arrivâmes à Pékin que le 7 février 1688. Nos Pères étaient plongés dans la douleur par la perte qu'ils venaient de faire du P. Ferdinand Verbiest décédé dix jours auparavant d'une langueur qui le consumait depuis quelques années. Les obsèques se firent le 11 mars 1688. Nous y assistâmes, et voici l'ordre qui fut gardé dans cette cérémonie. Les mandarins que l'Empereur avait envoyés pour honorer cet illustre défunt étant arrivés, sur les sept heures du matin nous nous rendîmes dans la salle où le corps était enfermé dans son cercueil... On porta le cercueil dans la rue, escorté par le P. Supérieur accompagné de tous les Jésuites de Pékin. Les chrétiens qui étaient présents à cette triste cérémonie, fondaient en larmes et jetaient des cris capables d'attendrir les plus insensibles. La marche commença ensuite dans cet ordre :
On voyait d'abord un tableau de vingt-cinq pieds de haut sur quatre de large... orné de festons de soie,... sur lequel le nom et la dignité du P. Verbiest étaient écrits en gros caractères d'or... La croix paraissait ensuite dans une grande niche ornée de colonnes... Plusieurs chrétiens suivaient, les uns avec des étendards, les autres le cierge à la main. Ils marchaient deux à deux au milieu des vastes rues de Pékin, avec une modestie que les itifidèles admiraient... Un tableau de l'Ange gardien venait encore suivi du portrait du P. Verbiest qu'on portait avec tous les symboles qui convenaient aux charges dont l'Empereur l'avait honoré. Nous paraissions immédiatement après, avec nos habits de deuil qui sont blancs en Chine ; et, d'espace en espace, nous marquions la tristesse dont nous étions pénétrés par des sanglots réitérés selon la coutume du