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CHAPITRE VII. — LA NATION CHINOISE

Jugement des examens. Les examinateurs s'occupent moins de la beauté et du choix des caractères que de la doctrine et du style. On sait d'ailleurs que les examens se font par sélection. A Nankin, en 1849, le nombre des candidats à la licence était de quinze mille, et cependant on n'en reçoit que cent quatorze à chaque session. Les élus sont encore décimés, et plus que décimés au doctorat. Combien sont peu nombreux les solliciteurs qui frappent aux portes de l'académie impériale !

Pourrait-on, après les remarques du P. Gotteland, hasarder les chiffres suivants : Un million de Chinois donne un millier de bacheliers ; un millier de bacheliers donne une dizaine de licenciés ; une dizaine de licenciés donne un docteur — de très loin en très loin, d'un docteur, on fait un académicien. Glorieux sédiment de la poussière universitaire, incomparable résidu que les doigts de l'Empereur touchent seuls au fond de l'alambic où s'est distillée la quintessence intellectuelle de l'empire. D'après les idées universellement admises, un tel homme a plus de noblesse dans un seul de ses cheveux que l'arbre bourbonien dans tous ses rameaux. Et comme à ce degré d'élévation la noblesse remonte jusqu'à l'ascendant le plus reculé, l'arche de Noé se trouve n'avoir embarqué que des gentilshommes et notre premier père Adam reçoit en même temps que la lumière du jour, la gloire de compter parmi les plus illustres Chinois qui seront dans sa postérité.

Après avoir donné les renseignements analogues, mais moins précis, à M. d Aubert, premier président du parlement de Douai, le P. *** (son nom n'est point dans les Lettres édifiantes) ajoute : « Vous conviendrez. Monsieur, que l'institution de tous ces degrés n'a pu être dictée que par une sage politique, car, outre l'affection que les Chinois ont ordinairement pour leurs lettrés, ces fréquents exercices les tiennent en haleine, leur donnent une noble émulation, les occupent pendant la meilleure partie de leur vie et

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empêchent que l'inaction et l'oisiveté ne les poussent à exciter des brouilleries dans l'État. Aussitôt que l'âge leur permet de s'appliquer à l'étude des lettres, ils aspirent au degré de bachelier ; souvent ils ne l'obtiendront qu'après bien du travail et de la peine ; et, après l'avoir obtenu, ils sont occupés presque toute leur vie à le conserver par de nouveaux examens ou à monter aux degrés supérieurs. Par ces grades, ils s'avancent dans les charges et jouissent de privilèges qui les distinguent du peuple et leur donnent des titres de noblesse. Si les enfants des mandarins ne suivent pas les traces de leurs pères en s'appliquant, comme eux, à l'étude des lettres et des lois, ils retombent ordinairement dans l'état populaire à la première ou à la seconde génération \ »

Malheureusement les institutions humaines sont telles, que leurs inconvénients balancent souvent leurs avantages, et c'est une éternelle et difficile question de décider s'il est plus utile qu'elles soient ou qu'elles ne soient pas. Dans une période de décadence, toutes choses devenant pires, les inconvénients surpassent les avantages, et les mêmes instruments qui ont servi au progrès, avancent la destruction.

C'est un malheur de donner une attention exclusive aux lettres, aux caractères, au mécanisme de la langue, aux livres classiques mais d'une lecture difficile, remplis de maximes, tantôt justes et belles, tantôt incohérentes et confuses, que les plus habiles n'arrivent pas à expliquer ni même à concevoir. Le génie de la nation, comprimé dans un cadre trop étroit, a perdu son élasticité, sa souplesse et sa vigueur. En Chine, comme ailleurs, les intellectuels (si l'on veut bien accepter ce mot trop moderne) ont anémié l'intelligence du pays. Ce péril, pressenti dès le dix-septième siècle, devient un fléau et il frappe aujourd'hui tous les regards. Par suite d'une culture maladroite, le sol ne produit plus ces hommes de génie, ces excellents artistes, ces ingénieurs habiles, ces ministres

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