LE PEINTRE CHINOIS
trouvera pas non plus ces peintres et ces sculpteurs, serviteurs enthousiastes de leur art qui cherchent dans la méditation, et quelquefois dans la prière, l'inspiration de leur travail. Voir la nature
et la traduire ne leur suffit pas ; ils demandent aux choses invisibles de laisser tomber un de leurs rayons qui éclaire, qui anime leurs œuvres et leur donne pour ainsi dire la pensée et la parole. L'art chinois ne connaît pas ce tourment ou cette austère volupté de nos grands artistes français et chrétiens. On dirait que le domaine du beau lui est fermé ; le difforme lui plaît, la caricature outrée, la grimace. Là est leur succès et le P. d'Entrecoles le remarquait dans ce mot : « Les Chinois réussissent principalement dans les grotesqîies\ » Un autre disait : il leur manque l'élan, la jeunesse, la poésie, l'imagination. — Ils n'ont pas la pensée.
Lorsque l'outil suffit, il fait merveille ; témoins, à défaut d'artistes, les artisans. On ne peut leur refuser la gloire de travailler supérieurement la matière : terre, bronze, ivoire ; de lui donner les formes les plus bizarres mais aussi les plus diverses et souvent — le genre une fois accepté — les plus élégantes. Quelle vivacité et quel éclat dans les couleurs ; quelle patience et quelle délicatesse dans la main. L'objet qui sort de ces ateliers n'est jamais beau, entièrement beau : assez souvent il est supérieurement joli. Ils savent faire,dit le P. d'EntrecolIes, des pêches artificielles qui ont le parfum, la couleur, le velouté des pêches naturelles ; des papillons d'une telle légèreté, d'un tel éclat qu'on ne sait vraiment, lorsqu'ils sont posés par la fantaisie de l'artiste sur un éventail ou sur une corbeille de Heurs, s'ils doivent l'existence à l'art ou à la nature. Il suffit de rappeler leur supériorité absolue en céramique et ces nobles porcelaines que le commerce européen ne peut obtenir de sa propre industrie, même aujourd'hui où presque tous les secrets de la fabrication ont été surpris et divulgués ^