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CHAPITRE YII

LA NATION CHINOISK.

Pas d'argent. Les finances étaient en bon état, les emprunts facilement couverts, le crédit de la Chine solidement assis et ses engagements financiers tenus avec probité. En s'adressant à son honnête courtier, l'Angleterre, le Fils du Ciel trouvait aisément des capitaux. Excellente opération pour l'emprunteur. Il avait hypothèque sur le revenu des douanes impériales maritimes soumises à son contrôle, se remboursait en vingt ans et de plus exigeait un intérêt de 7 % • Sous l'intègre administration de Robert Hart, les revenus sur les droits, fidèlement versés au trésor, constituaient sa meilleure ressource, suffisante même aux dépenses de la guerre. « Ailleurs, le désordre et la concussion sont tels que les neufdixièmes de l'impôt disparaissent dans les caisses des mandarins '. Par un nouveau malheur, ces sommes qu'on n'avait pu distraire à leur entrée dans les caisses impériales, furent dilapidées à leur sortie. » Le gouverneur de Tien-tsin, chargé par le vice-roi de se procurer 300,000 fusils, les acheta en Allemagne au prix de deux taëls et les revendit neuf taëls à son gouvernement. Un autre fit construire dans les chantiers de la compagnie Vulcan à Stettin deux cuirassés, qui se disloquèrent au premier essai de leurs canons. Lui aussi en avait pour son argent ; non pas pour l'argent qu'il avait reçu, mais pour l'argent qu'il avait versé, la différence restant à son avantage. On cite d'autres faits prodigieux, invraisemblables ; des soldats qui vendent au détail les armes et les munitions d'une forteresse ; un capitaine (la perfection du genre, je crois) qui engage au Mont de piété un canon Krupp dont il avait la garde. Contre de tels abus, contre un vol des deniers publics scandaleux et uni-

I. Albert L. Fauvel, ancien fonctionnaire des douanes chinoises. La guerre sinojapouaise. Aujourd'hui et demain, N° du iodée. 1894. Les chiffres de ce paragraphe et la plupart des exemples sont empruntés au même auteur, dont la compétence est indiscutable... En M. Fauvel, je n'avais connu que l'écrivain.., depuis j'ai été heureux de soumettre à sa critique les dernières pages de ce livre. La parfaite courtoisie de l'homme du monde, les généreuses qualités du chrétien ami des missionnaires me font le devoir très doux de lui exprimer ici ma vive reconnaissance.

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versel, que peut faire un gouvernement si mal servi par ses agents, trahi par ses ministres et ses généraux, semblable à une maison livrée au pillage par des fripons et défendu par des bandits ? Le colosse aux pieds d'argile, de loin peut-être effraye encore par sa masse et son aspect, mais s'il essaye de faire un pas il tombe en

poussière

Un moment la Chine espéra que ses armées de mer, plus heureuses que ses armées de terre, rétabliraient sa fortune. L'escadre du Nord, réunie dans les eaux du Tché-ly, était si belle que son commandant supérieur, le capitaine anglais Lang, « la disait capable de tenir tête aux flottes du Japon et même à n'importe quelle escadre européenne '. » Et de fait « le dragon chinois flottait en iSSgsurune centaine de navires modernes : cuirassés, croiseurs protégés, canonnières, batteries flottantes, avisos, torpilleurs ^ ; » mais le même esprit d'orgueil et de routine amena les mêmes catastrophes. Dès 1890, le capitaine Lang, obligé de donner sa démission, était suivi dans sa retraite par les officiers formés grâce à ses leçons. Ils furent remplacés par les mêmes nullités graduées ou globîilées ; les places se vendirent ; ceux qui les avaient achetées se remboursèrent avec l'argent destiné à l'entretien des machines ou à la solde des équipages. Dans ces conditions, les batailles navales étaient perdues avant même d'être livrées, et pour employer son expression à un patriote du céleste Empire : « Le bœuf chinois était vaincu par le rat japonais». ]\Iais le rat est agile, nerveux, il mord les jambes du ruminant et se moque des cornes qui frappent vainement les airs.

Le lecteur attentif l'aura certainement constaté plus d'une fois : Ces remarques sur la nation chinoise se ressemblent et signalent toujours les mêmes caractères quel que soit par ailleurs leur objet :

I. 2. G. le P. Prampain, La giierye si)io-jap07iaise marines. Etudes^ déc. 1895.

Le conflit, les arme'es et les

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