‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 225 sur 284 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

LA NATION CHINOISE

l'Empereur et sa Cour ; les mandarins et l'exercice du pouvoir ; les lettres et les lettrés ; les médecins et leurs clients ; l'art, les artistes ou les artisans, les armées et leur effectif. Le tout puissant monarque qui règne en maître absolu sur le plus vaste empire du monde s'est trouvé impuissant à protéger sa capitale, sa demeure, la sépulture de ses ancêtres contre l'insulte d'un ramassis de brigands, et une corvette européenne bloquait dans un de ses ports quinze cents na-

TSO-TSUNG-TANG,

Commandant en chef des troupes chinoises.

vires chargés de lui amener le grain delà province ; on s'étonne de trouver parmi les mandarins de si excellentes gens, honnêtes, intelligents,équitables, et des coquins si parfaitement achevés. La culture intensive des lettres chinoises a îait des lettrés les plus ignorants des hommes, d'autant plus ignorants qu'ils se croient au comble des connaissances humaines et au foyer du soleil. Ces ingénieux ouvriers capables des travaux les plus délicats et les plus difficiles, sont inca-

"■ J -r*j.^^^ Vf fsr^

pables d'élever leur pensée et d'élargir leur horizon. Des maréchaux de village, quelques paysans forgent des fusils, fondent des canons, et le gouvernement impérial n'arrive pas à construire un vaisseau qui tienne la mer et résiste à sa propre artillerie. Un brigand, un rebelle lève des armées innombrables, se trouve assez fort pour menacer la dynastie, et les armées nationales qui encadrent cependant des unités excellentes, se fondent et s'évanouissent au souffle d'une armée étrangère.

Le spectateur qui voit en curieux, et mieux, en ami, le défilé de ces institutions, de ces lois, de ces coutumes, de ces groupements humains, ressent une impression étrange mais exacte ; il croit assister à l'un de ces cortèges que les célestes organisent fréquemment pour escorter les mandarins, invoquer leurs dieux ou conduire les défunts à leur dernière demeure. Dans l'escorte mandarinale, les gueux en haillons mêlent leurs loques infâmes aux riches habits de soie; dans la procession, il y a des prières, et il y a des comédies; dans les funérailles, les bouffons accompagnent les pleureurs ; les farces des uns font pleurer, les sanglots des autres excitent le rire.

Peut-être n'est-il pas impossible de découvrir la cause de tant de contrastes. L'âme chinoise, complexe et multiple, divisée en ellemême, tient manifestement de Celui qui l'a formée et de celui qui la déforme, de son souverain légitime et de l'usurpateur ; de Dieu et du démon. Aujourd'hui leurs forces se balancent encore, il serait temps, même pour sauver le pays et arrêter sa décadence, de proclamer le règne de Jésus-Christ et de la vérité. Par une analogie qui reviendra plus d'une fois, la Chine et la France sont dans la même nécessité, non seulement religieuse, mais politique, d'être avec l'Evangile ou de n'être pas !

i^apitcE KuitiÈme.

Mœurs et Coutumes.

Rites des Fiançailles. — Les Mânes consultés solennellement. — Réponses ancestrales. — Coupe conjugale. — Mariage entre défunts.— Déshonneur du célibat. — Jeune homme menacé de se marier six fois. — Fiançailles plus irrévocables que le mariage. — Belle-mère acariâtre. — Double et triple divorce. — A la recherche d'une épouse. — Un scrupule. — Séparation sans nuage. — Soumission exemplaire aux lois de l'Église. — Nouveau démenti au colonel Tcheng-ki-tong. — Assez d'autorité, pas assez d'amour. — Exhortation d'un mandarin contre l'infanticide. — Pourquoi cette barbare coutume? — Crainte et haine des parents. — Consolation chrétienne. — Surnaturelles interventions. — Témoins divers affirmant la cruelle coutume chinoise de l'infanticide. — Les jeunes baptisés, armées de réserve préparant la conversion de la Chine. — Tolérance des mandarins. — Vertus naturelles des Chinois. — Questions voulues par la civilité chinoise. — Épitre dédicatoire d'un missionnaire au vice-roi du Tché-ly. — Trois sortes de médecines en Chine. — Classique, liturgique, populaire, — L'acupuncture ou l'aiguille matelassière. — Vin antiscorbutique des bonzes. — Son action par piété civique. — Médication passive et active. — Médecine populaire. — Propriétés du lièvre, de la pie, de la chouette. — L'opium. — Les maux qu'il cause. — Ses effets, ses exigences. — Avilissement et dégradation de ses fumeurs. — L'oie auxceufs d'or de l'Angleterre. — Le seul remède efficace. — Défilé d'un enterrement païen. — Pleureurs. — Géants. — Priants. — Tablettes des ancêtres. — Bonzes. — Consolations des funérailles chrétiennes. — Le fleuve emportant les cercueils. — Les chemins de fer profanent les sépultures. — La Chine d'hier n'est plus !

ES peuples, ainsi que les hommes, ont souvent deux vies, l'une extérieure, l'autre intérieure. La vie publique s'est manifestée à nous.la vie privée nous attend avec ses usages divers et si curieux. En l'étudiant, nous gagnerons de mieux connaître le Chinois chez lui, nous le suivrons dans sa

famille pour y voir, dans un jour plus intime, ses habitudes et ses

pensées, ses défauts et ses vertus.

La famille commence avec le mariage ou l'union religieuse des

époux ; malheureusement les Chinois, ainsi d'ailleurs que tous les

-.-WTiw^*^™;- ^ .«^-^r--^ ^"K=y«>«r?'??|5È;5^ ■^.'1*-'*' «l.'^'ïiBÏP^ÇBlP^

peuples païens, ont altéré l'institution primitive ; elle n'a point disparu mais elle est amoindrie ; de là, ce mélange de vérité et d'erreur dans les cérémonies nuptiales, ces bons effets qui tiennent à la cause première toujours existante et ces abus qui se sont introduits sous l'empire de nos malheureuses passions.

Ici encore, nos missionnaires se complètent, même à deux siècles de distance, sans se contredire, et leurs témoignages, en se réunissant, donneront une idée aussi exacte que possible de la famille en Chine.

Le P. B**''% écrivant de Pékin le 9 septembre 1765 à Madame la Comtesse de Forben, insiste plutôt sur les cérémonies religieuses du mariage ; c'est un côté de la grande institution, nous commençons par celui-là. Les fêtes dont il est parlé ne sont possibles que pour les riches ; les pauvres, ou les gens de condition médiocre, imitent les riches dans la mesure de leurs moyens.

Lorsque les premiers présents sont échangés par les entremetteurs, lorsque les noms des fiancés sont connus et publiés, — car les rites, jusqu'à ce moment, défendaient aux futurs époux de se connaître, même de très loin, — on fixe le jour des noces, et l'on va d'abord y inviter les ancêtres. . . Le temple domestique est orné avec la plus grande magnificence; les tablettes des aïeux sont découvertes jusqu'à la quatrième génération, et leurs esprits sont évoqués. Le père de famille jette des charbons odorants dans une urne déposée sur une sorte d'autel, et, tandis que la famille assemblée se prosterne pour saluer les âmes voltigeantes, lui, le chef, en lisant une lettre écrite en caractères d'or, annonce officiellement l'événement à ses ancêtres : « En tel jour, tel mois, telle année du règne de l'Empereur, votre petit-fils, pour vous témoigner sa piété et sa vénération, délibère avec ses parents du mariage de son fils avec la fille de telle maison. Puissent ces parfums et ces vins répandus vous dire combien nous vous regrettons !... Sur ce, les tablettes se referment, les aïeux ont donné leur consentement, et les ambassa

CHAPITRK VIII.

MŒURS ET COUTUMES

deurs, accompagnés de domestiques chargés de présents et de cor beilles, se rendent à la maison de l'épouse :

c'est l'heure de la demande officielle et solennelle.

Le père de la jeune personne répond en ces termes : i Le choix que vous faites de ma fille, femme chinoise, pour votre fils, témoigne que vous estimez au-delà de son mérite une pauvre et froide famille. Hélas ! comme je n'ai pas eu le talent d'élever cette enfant, elle est Qfrossière et sans esprit, mais ma gloire est de vous obéir, et je vous envoie son nom sur un cahier et, sur un autre cahier, le nom de sa mère. » Les fiançailles sont ainsi consenties de part et d'autre.

Reste à fixer le jour

Page 1