‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 226 sur 284 · FEMME CHINOISE · texte numérisé non relu

FEMME CHINOISE

du mariage. En soi, ce serait d'autant plus facile que la date déjà en est arrêtée entre les deux familles, mais ce serait supprimer

nombre de visites, présents, lettres, ambassades, sacrifices, et les parents du fils ou de la fille n'y consentiront jamais. Toutefois pendant les trois nuits qui précèdent le jour des noces, la maison de l'épouse est illuminée. Pourquoi ces brillantes et abondantes lumières ? Parce que les parents, plongés dans une affreuse tristesse, sont incapables de goûter un instant de sommeil. Le deuil aussi règne dans la maison de l'époux. Le fils qui se marie annonce, par le fait même, à son père, qu'un jour il sera son successeur ; il lui présente ainsi l'image d'une mort prochaine.

Les uns donc font un grand tapage pour tromper leur douleur, et les autres se taisent dans la crainte de l'éveiller par un mot. Il est probable que les uns et les autres réussissent assez bien, leur affliction étant toute de commande.

Le jour venu, l'époux, paré de ses plus beaux habits, se rend au temple ancestral ; deux tables y sont disposées : l'une à l'orient, pour le père de l'époux, l'autre à l'occident pour l'époux lui-même. Le maître des cérémonies présente au jeune homme une coupe pleine de vin. La libation faite, l'époux fléchit quatre fois le genou devant son père, et il attend, à genoux, l'ordre du départ. « Allez, mon fils, allez, lui est-il dit alors, et amenez dans cette maison une compagne fidèle qui s'occupe avec vous, des soins domestiques. » Le jeune homme s'incline de nouveau en promettant d'obéir, et, accompagné de ses domestiques, il se rend à la maison où sa fiancée l'attend. Avant de partir, elle aussi demande son congé et le reçoit à peu près de la même manière. Elle descend alors vers son fiancé ; tous deux, après s'être salués, fléchissent le genou et adorent le Ciel, la terre et les esprits qui président à leur mouvement. Chacun monte ensuite dans un palanquin, des domestiques précèdent avec des lanternes, d'autres domestiques suivent, chargés des meubles du jeune ménage. Les cérémonies se terminent par le repas nuptial. Avant

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leurs coupes. Lorsque les lèvres ont touché le vin, ils mêlent ce qui

CHAPITRK VIII.

MŒURS ET COUTUMES

reste dans un seul vase, dont ils se partagent ensuite le contenu. Belle image du confluent de deux vies en une seule, et souvenir

lointain de la parole divine : « Ils ne seront plus qu'un. » C'est par ce rite que le mariage reçoit sa dernière consécration.

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KN CHINK.

Les cérémonies du mariage ou des fiançailles se font même entre ceux qui n'existent pas encore, et ceux qui n'existent plus. Il n'est point rare que deux amis se promettent solennellement d'unir leurs

enfants lorsqu'ils en auront. Cette promesse vaut un contrat.

Chacun déchire sa tunique et en donne une partie qui rappellera l'engagement commun.

Le mariage entre défunts est plus solennel, il réunit même les cérémonies joyeuses des noces, et les cérémonies funèbres de l'enterrement. Les coutumes chinoises, inviolées sur ce point et inexorables, ne comptent pas au nombre des membres de la famille ceux qui ne sont pas mariés. Ceux-là, d'après elles, n'appartiennent pas à la vie et ils sont, à leurs yeux, comme s'ils n'étaient pas. Leurs noms ne sont pas inscrits sur les tablettes, l'arbre généalogique ne les couvre pas de l'un de ses rameaux, et, mesure plus grave, ils ne sont pas reçus dans la sépulture de famille. Au Tché-ly S.-E. ' le cimetière n'accorde son hospitalité qu'à des conditions rigoureuses, il n'appartient pas, comme en Europe, à la commune ou à la paroisse, mais à la famille qui n'y reçoit que les siens et même ses chefs ou ceux que la nature appelait à le devenir : les hommes mariés. Seuls, ils ont droit à la fosse ou à la tombe, qu'ils partagent avec leur femme, et avec plusieurs femmes, s'ils se sont mariés plusieurs fois. Le premier ascendant est enterré à la tête du champ de repos, son hiimilus est isolé et à lui seul constitue la première ligne, les enfants occupent la seconde ligne, les petits-enfants, ou la troisième génération, occupent la troisième, et ainsi de suite. Aussi, lorsqu'un homme parle de sa postérité, il l'appelle, en faisant allusion à cet usage, « ceik qui sera devant moi }>. Le célibat dérange ce bel ordre. Le père de famille se lamente à la pensée, s'il n'a qu'un fils unique mort avant le mariage, qu'il sera, dans la sépulture, le dernier de sa race et de son nom. Quels reproches ne lui feront pas ses ancêtres, chaîne glorieuse arrêtée à ce dernier anneau !

I. Sur les fiançailles et les mariages, Cf. le P. Manyin. — Lettres de Jersey, \s.\\\'\^x i8g6.

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