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CHAPITRE VIII

MŒURS ET COUTUMES

Heureusement, il n'est pas sur la terre le seul malheureux ; d'autres familles sont plongées dans la même affliction! Elles ont perdu, elles, une fille qui n'avait pas d'époux !... Une joie profonde naîtra du mélange de ces deux désespoirs. Les entremetteurs se présentent, ils négocient le mariage entre les deux ombres ; en général, les enfants dont les parents disposent n'ont rien à dire, ici, c'est le silence même de la tombe. Le consentement obtenu, suivant l'usage qui veut que l'époux achète son épouse, les présents sont envoyés et reçus, et on célèbre le mariage avec toute la pompe possible. Après la noce, l'enterrement ; les deux époux, conduits au cimetière, dorment dans la même couche funèbre. Chose étonnante, même les deux familles à partir de ce moment, se regardent comme alliées, et, entre soi, on s'appelle cousins.

De ce désir delà postérité naît un grave péril pour la foi et pour les mœurs. Par exemple deux frères sont mariés, mais un seul a un fils ; lorsque l'âge de le marier sera venu, son père et son oncle lui chercheront une femme, chacun pour son compte. Le jeune homme recevra des mains de son père l'épouse légitime, et des mains de son oncle, l'épouse illégitime; les enfants de la première femme iront se ranger dans le cimetière aux pieds de leur père, et ceux de la seconde, aux pieds de leur oncle. Le Père Mangin cite l'exemple d'un pauvre enfant, seul héritier mâle d'une famille de six frères; il n'a que sept ans, son père et ses oncles attendent impatiemment l'âge légal du mariage ; chacun lui cherche une compagne, chacun espère de lui des descendants, et, comme toujours, des protecteurs contre la solitude de la mort. Le missionnaire n'ose conférer le baptême à ce jeune garçon, fils d'un chrétien, mais neveu de païens, et que les usages de son pays condamnent, presque fatalement, à une vie réprouvée par l'Église.

On le conçoit, l'opposition des usages chrétiens et des usages païens est fréquente ; elle n'apparaît nulle part aussi manifeste que dans la différence entre les fiançailles et le mariage. Tous les fidèles

KN CHINE.

catholiques, même ceux qui s'arrêtent aux notions les plus élémentaires, savent que, si le mariage est indissoluble, les fiançailles ne le sont pas, le lien sacré n'étant formé que par le sacrement. En Chine, au contraire, aux yeux des infidèles, Tengagementcontracté avec les fiançailles, passe avant l'engagement même du mariage. Il est vrai que dans certaines provinces la mort des parents, du côté du fils et du côté de la fille, rend leur liberté aux fiancés ; mais à regarder les choses de près, étant donné la coutume du pays et la part prépondérante prise par les ascendants, on peut dire que, dans ce cas, lorsque les parents viennent à décéder, ce n'est pas le contrat, qui cesse, ce sont les contractants qui meurent.

La condition de la femme une fois mariée a changé nécessairement: soumise à son mari et devenue sa chose et son bien, elle n'est pas sans recours contre sa tyrannie. Les lois et les usages la défendent, frappée, maltraitée, elle en appelle à son père, à ses oncles, à sa famille dont l'organisation est partout si puissante. Malheur à l'époux si l'épouse venait à succomber et qu'il fût possible d'imputer sa mort à de mauvais traitements. Ce serait la ruine pour lui et peut-être pour les siens. — Cependant les querelles, la misère ont défait bien des ménages.

Pendant les années calamiteuses, et, en particulier, pendant la grande famine de 1878, beaucoup de pauvres gens, n'ayant plus rien à vendre, ont vendu leurs femmes. Lorsque des années prospères reviennent, on contracte de nouveaux engagements, et, dans ces cas qui ne sont pas rares, la grâce de la conversion, si elle se présente, trouve de terribles obstacles accumulés devant elle.

Un jeune peintre s'était marié avec une jeune fille de son pays ; le mariage ne fut pas heureux, les époux se convenaient assez bien, mais la belle-mère accusait sa bru d'être impatiente, la bru répliquait que la patience n'était pas possible avec sa belle-mère: toutes deux avaient peut-être raison ; les parents eurent tort en signifiant à leur fils qu'il eût à renvoyer sa femme. Le veuf involontaire prit

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