‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 238 sur 284 · CHAPITRE VIII. — MŒURS ET GOUTOMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — MŒURS ET GOUTOMES

VOUS paye-ton ? — Quel âge avez-vous ? » C'est de la politesse courante. » Il est tout à fait permis d'aborder un passant et de lui demander son chemin, mais il est tout à fait défendu, si pressé soiton, de ne point s'informer d'abord de la santé de son interlocuteur, de son illustre famille et de son noble pays.

En France, les épîtres dédicatoires se permettent, et surtout se permettaient d'aller loin dans la louange. C'était un moyen, pour les fils d'Apollon, de se vêtir et de se nourrir, car ils ne brûlaient pas pour rien leurs grains d'encens; mais que les Chinois nous ont dépassés !

Les Lettres de Jersey donnent un modèle du genre. Un missionnaire, offrant un dictionnaire, composé par lui, au vice-roi du Tchély, écrivait les lignes suivantes, tout à fait dans le goût chinois.

« Moi, le plus petit des prêtres, voici ce que j'ai à exposer avec toute révérence. Je me suis éloigné de mon village si bien entouré de ses arbres verdoyants, et je réside maintenant sur votre territoire, en sûreté comme à l'ombre d'un grand arbre. Je me consumais du désir de vous contempler, comme on désire contempler l'éclat resplendissant du soleil, mais vainement... Le front dans la poussière, je rumine en moi-même que vous êtes le grand ministre, précepteur et gouverneur de l'héritier impérial... Vous possédez les neuf vertus et les six actions saintes dont parlent nos classiques, et vos œuvres sont des modèles à imiter dans la cour des Empereurs...

« Imitant la justice du Ciel, vous ne distinguez ni chrétiens, ni païens, et, en chef vigilant, vous faites sentir la paternité de votre patronage aux Chinois et aux Européens...

« Et moi, le plus petit des prêtres, né en Europe, et venu dans cet Empire qui prime tous les autres, j'ai composé un petit ouvrage qui est vraiment sans aucun art.

« J'ai imité le sculpteur qui voulait faire une belle chouette, symbole de longue vie, et qui ne parvint qu'à représenter un misérable corbeau. Cependant, quoique ce livre soit très indigne de Votre

Seigneurie, je tiens à vous l'offrir comme marque d'appui que j'ai en vous. Mon attrait pour vous est comme celui du tournesol qui, naturellement, s'oriente vers l'astre du jour.

« Recevez donc mon petit chameau galeux, et ne dédaignez pas de souiller la limpidité de vos regards, par cette ébauche si indigne de vous être offerte. J'ai écrit cette lettre avec toute la révérence possible, et j'ai osé provoquer votre courroux par les paroles malsonnantes qui y sont contenues. Pardonnez-moi, et agréez mon livre '. )>

La lettre fut bien écrite, mais, sur le désir de son auteur, elle ne fut pas envoyée. Il lui parut, non sans raison, que l'humilité et la dignité chrétiennes ne permettaient pas à un missionnaire de donner si fort dans le compliment.

Au point où nous en sommes, et après tant de remarques consignées au cours de ces récits, la vie chinoise ne présente plus de scènes dignes d'un grand intérêt. Nous en laissons donc les occupations ordinaires pour en voir le terme dans la maladie et dans la mort.

En Chine comme en Europe, dans la maladie on s'adresse volontiers au médecin, mais en Chine est médecin qui veut. Esculape recrute la plupart de ses disciples parmi les candidats malheureux aux examens. L'un des missionnaires du Tché-ly S.-E. dont je dois taire le nom, après avoir si bien étudié la médecine en Europe, étudia tout naturellement les usages de ses confrères d'Extrême-Orient. Aux observations, si pleines d'intérêt, qu'il nous a transmises ^ se joindront quelques mots du P. Edel \

« La médecine est, ou bien classique, ou bien liturgique, ou bien populaire. La première seule est sérieuse, utile, remarquable

Page 1