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CHAPITRE VIII

MŒURS ET COUTUMES

souvent par ses résultats; la seconde ne repose que sur des superstitions, et, plus encore, sur des supercheries ; la troisième n'a d'autre fondement que l'imagination populaire et les extravagances de quelques vieilles femmes.

« D'abord, la vraie médecine, avec son système physiologique, pathologique, diagnostique : avec ses deux modes thérapeutiques parallèles ; l'un, traitant par les médicaments, l'autre, par l'acupuncture. C'est là une doctrine étendue, complète, aux allures scientifiques, consignées dans de vastes et très nombreux ouvrages ; les grandes lignes, au moins, étaient définitivement tracées plus de 500 ans avant J.-C. » — Le Père à qui ces remarques sont empruntées pense qu'à cette époque reculée, les Chinois possédaient d'excellents médecins, et les premiers peut-être de toute l'antiquité.

L'acupuncture est encore très répandue, et « la Faculté » travaille le plus souvent avec de longues aiguilles, comme celles que les matelassiers emploient chez nous.

Le pouls du malade, d'abord, est sérieusement, longuement consulté ; c'est sur ses indications que « l'homme de l'art » forme, en général, son jugement pour reconnaître, soit la nature, soit la gravité de la maladie.

Les signes diagnostiques de l'affection une fois établis, on passe au traitement, toujours le même. Le médecin enfonce l'aiguille matelassière dans la chair de son client, et, suivant le caractère ou le siège du mal, il choisit le nez, le bras, la nuque, le mollet... Quelques gouttelettes de sang sortent de la très petite blessure ; il paraît qu'en règle générale, ce sang entraîne avec lui les humeurs peccantes. Neuf fois sur dix, le patient est guéri. Une infusion quelconque active le progrès de la convalescence ; après deux ou trois jours, le mal a disparu sans laisser trace... La scarlatine, le choléra morbus, d'autres maux, auxquels l'Europe ne trouve aucun remède, cèdent devant cette médication énergique et simple, qui

KN CHINE.

ne soulève dans le pays aucune opposition. Les Européens, eux, n'aiment pas à être percés ainsi, mais on sait bien que tous les goûts sont, ou ne sont pas, dans la nature.

D'ailleurs les malades disent assez souvent qu'ils n'ont pas ressenti la douleur de la piqûre. Les coutumes chinoises, toujours un peu susceptibles et affinées, ne permettent pas de payer le médecin, mais elles ordonnent à ceux qu'il a soignés et guéris, de lui exprimer la reconnaissance qu'un obligé doit à son bienfaiteur ; le docteur reçoit donc des présents en argent ou en nature à l'occasion de la nouvelle année, d'un événement heureux ou malheureux survenu dans sa famille. Un petit médecin d'un petit pays, bon homme d'ailleurs, et faisant bien son métier, étant tombé lui-même malade, se fit, comme il le disait, de quatre à cinq cents francs de condoléances. Cependant la profession a ses périls, et n'est pas acupuncteur qui veut. Piquer un client avec une aiguille est chose aisée, tout le monde pourrait le faire ; le difficile est de le bien piquer. Si l'opération ne réussit pas, le malade ou sa parenté a recours au tribunal. II s'y trouve un mannequin réservé pour ces sortes de procès, la peau couverte de toutes les maladies que l'acupuncture est appelée à guérir. La discussion n'est point longue; deux questions seulement sont adressées au médecin, la première : « Quelle était la maladie ? »; la seconde: « Comment avez-vous pratiqué l'acupuncture ? frappez le mannequin où vous avez frappé le malade.» L'opération finie, on soulève les voiles ou le papier, et l'on juge si la piqûre a été faite à l'endroit convenable. Si oui, si la piqûre répond à la maladie, il n'y a rien à dire contre le médecin; le mort lui-même aurait tort de se plaindre, il est décédé suivant toutes les règles de l'art ; sinon, lorsque la piqûre ne répond pas à la maladie, le médecin paie son ignorance ou sa maladresse sur sa bourse, — ou même sur sa peau, car on lui applique, séance tenante, quelques centaines de coups de bâton. La plupart joignent à l'acupuncture une thérapeutique souvent bien comprise: ce sont remèdes

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