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CHAPITRE VIII

MŒURS KT COUTUMES

agréables. Bientôt d'autres phénomènes se produisent : la fatigue succède à l'énergie artificielle qui n'a duré qu'un instant. — Le malade, car ce nom lui convient véritablement, perd, avec l'appétit, le goût et même la possibilité du travail. Couché de longues heures sur sa natte, il les passe assoupi et comme hébété. Après avoir fumé, il veut encore fumer. Si l'argent manque, il fait argent de tout en vendant sa maison et ses ' meubles. N'importe quelle considération cède devant cette nécessité frénétique d'acheter de l'opium. Lorsqu'un voleur est arrêté, presque toujours le mobile du crime est le même : possédé par sa passion, le malheureux a volé pour fumer.

Le même numéro des Missions catholiques allemandes disait encore: « Rien de plus inerte et de plus abruti que le fumeur d'opium; son existence n'a rien d'humain. Le matin, faut-il se lever de bonne heure pour se mettre en route ou vaquer au travail, impossible, l'opium est là qui réclame ses droits et veut passer avant toute autre affaire. Le soir, a-t-on besoin d'un sommeil réparateur, impossible encore, l'opium se prend à heure fixe et le sommeil ne se prendra pas avant que la dose ait été consommée. Faut-il faire une longue marche pour une affaire quelconque, même de la plus haute importance, impossible toujours, le besoin de l'opium se fait sentir d'une manière impérieuse. — Alors, il faut se coucher à n'importe quel endroit, allumer la petite lampe que le fumeur porte toujours sur lui, rouler des pilules, les mettre dans la pipe et en aspirer la fumée avec autant de précipitation que de délices. On oublie tout alors, l'engourdissement saisit le fumeur et le plonge dans une sorte de léthargie. Appelez-le, poussez-le, frappez-le, il ne vous répondra pas. »

Le gouvernement impérial a bien pris quelques mesures contre la vente et la consommation de l'opium, mais il a vu qu'elles seraient inefficaces. Voulait-il cette inefficacité ? C'est possible. — Il a craint la perte que subirait le trésor, car supprimer le poison,

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c'était supprimer les droits de l'importation ou ruiner une culture désastreuse pour le consommateur mais très rémunératrice pour le producteur et pour le fisc. — Peut être aussi, — et dans ce cas sa responsabilité serait moins lourde, — a-t-il cédé sous la pression de la protestante Angleterre, le premier agent de ce commerce abominable. On a beaucoup dit que le gouvernement britannique avait exigé ou extorqué au traité de Tien-tsin, comme prix de sa victoire et du sang de ses soldats, le droit d'importer l'opium. Monsieur Lay ', secrétaire de la légation anglaise à la signature du traité, croit défendre son pays en écrivant : « Je m'efforçai d'obtenir des droits modérés sur l'importation de cette drogue en faisant valoir les frais que nécessitait sa production ; et l'on se rendit à mes vues. Voilà avec la plus stricte exactitude en quoi consista cette extorsion. Le gouvernement chinois admit l'opium comme article légal d'importation sans aucune pression, ni contrainte... » En vérité, l'argument est plaisant ; en reconnaissant même la parfaite exactitude des faits tels que les rapporte Monsieur Lay, l'avocat de la grande Bretagne prouverait tout au plus que pour empoisonner la Chine, l'Angleterre a obtenu la complicité du gouvernement. Depuis quand une faute partagée cesse-t-elle d'être une faute } Est-ce que deux malfaiteurs sont innocents parce que, pour commetre leurs vols ou leurs meurtres, ils se sont concertés .''

D'ailleurs les faits sont là. Le commerce de l'opium rapportait à l'Angleterre en 1828 huit millions de dollars. {Asiatic journal, t. XXV.) — Karel Andrée, dans sa Géographie du commerce tmiversel (t. I, 657), entre dans les détails suivants : Le commerce de l'opium fut pour les Indes anglaises l'oie aux œufs d'or; il ne rapporta pas moins de 7,700,000 livres sterling, bénéfice net pendant les années 1878-1879. Rien que dans le cours de l'année 1887, j i ^g^ piculs contenant chacun 60 icilos d'opium traversèrent Hongkong à destination de Chine. Rappelons à l'honneur du gouver-

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