CHAPITRE VIII. — MŒURS ET COUTUMES
Le P. Simon a décrit la pompe d'un enterrement païen à Nankin dans une famille mandarinale '. Rien n'est plus riche, mais souvent aussi rien n'est plus grotesque. Vers huit heures et demie du matin la procession commence ; elle est ouverte par une sorte de bedeau en carton-peint qu'un mendiant tire à Taide d'une ficelle. Suivent six cavaliers sur des chevaux efflanqués ayant dans leurs jambes une quinzaine de gamins sordides. Ces miséreux sont de tous les cortèges ; leur présence est un témoignage des aumônes que répand sur eux la générosité de la famille en deuil ou en fête. Après ces pieds-nus, viennent quatre géants qu'on dirait égarés en Chine loin des kertnesses flamandes. Leurs habits sont superbes, chapeaux et bottes de cérémonie. Ils ont pour mission de défendre les morts contre les esprits malfaisants de la tombe et d'escorter les tablettes des ancêtres. Ces tablettes, les voici au nombre de cinquante ou de soixante ; elles s'avancent superbes de décorations balançant dans les airs les titres de la famille et rappelant ses grandes actions. Le groupe des priants suit celui des porteurs ; soixante bonzes disent ou sont censés dire le chapelet bouddhique. Si l'habit faisait le moine, à leurs longs vêtements de bure, à leur tête nue, à leur chevelure rasée, on les prendrait pour nos trappistes. Ils précèdent d'autres machines roulantes qu'on ne sait comment appeler. Les nommerons-nous des géants, des tours, des
navires ? Il est difficile de qualifier ces constructions bizarres;
parmi elles se trouve une barque montée par des enfants qui jouent et se disputent ; des groupes de musiciens séparent les chars de cette sorte de cavalcade. Pour associer la nature entière aux funérailles, on tire, toujours par le même procédé à roulettes, quarante des plus grands animaux de la création ; on dirait nos chevaux de bois descendus d'une voiture de forains ; mais ici avec nos seigneurs les chevaux se trouvent les boeufs, les ours, les lions. La marche égayée un instant reprend un aspect sévère. De hauts per