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CHAPITRE Vlir

MŒURS ET COUTUMES

Un homme chargé de sapèques rencontre, sur un pont, un pickpocket qui les lui enlève :

— Bandit, rends-moi mes sapèques !

Le voleur court toujours.

— Filou, si tu ne me rends pas mes sapèques, je me noie ! Et l'autre aussitôt de rapporter l'argent dérobé.

Doux pays, où la crainte du suicide semblerait remplacer la police !

La statistique n'existant pas en Chine, il est difficile de se faire une idée exacte du nombre des suicides, mais il doit être considérable. Un missionnaire, qui est depuis longtemps dans ce pays, estime la proportion à un pour 2000 à 3000 personnes.

Le premier empereur de la dynastie actuelle, Choun-tsé, s'est suicidé. Le dernier empereur de la dynastie précédente, celle des Min, s'était aussi suicidé. Avant de commettre cet acte de désespoir, il écrivait avec son sang :

« J'ai perdu le royaume que j'avais reçu de mes pères, je vais donc me fermer les yeux pour ne pas voir mon empire détruit ou dominé par un tyran. Je vais me priver de la vie parce que je ne pourrais souffrir d'en être redevable au dernier et au plus indigne de mes sujets. Je ne puis plus paraître devant ceux qui, ayant été mes enfants et mes sujets, sont présentement mes ennemis et des traîtres. Puisque l'Etat meurt, il faut que le prince meure aussi. »

Les enseignements de la mort n'apportent la même utilité ni à tous les hommes ni à tous les peuples. Elle excite, dit l'Écriture, le pervers à se pervertir, comme elle anime le saint à se sanctifier. En Chine les images funèbres n'exercent qu'une médiocre influence, et ceux qui ne croient que confusément à l'éternité, au jugement, ne sont guère émus par la pensée de nos fins dernières. Cependant la vénération des Célestes pour leurs tombeaux témoignait en même temps du respect pour les ancêtres et d'une croyance au moins

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flottante à l'immortalité des âmes. Hélas ! cette dernière religion s'en va et ce grand prestige s'évanouit, ce qui était depuis des siècles bientôt ne sera plus. Encore une destruction due à l'industrie moderne. Les lignes des chemins de fer récemment construits ne s'infléchissent pas en rencontrant les sépultures jusqu'à présent inviolées. Ou bien la terre est achetée, et les morts s'en vont chercher une autre demeure; leurs héritiers perçoivent les frais de déménagement. Les rapides de Tien-tsin à Pékin emporteront dans leur tourbillon de fer, de poussière et de feu les souvenirs, les respects consacrés par tant de siècles, A la nouvelle de cette profanation, il y eut des protestations, des révoltes, des émeutes, des travaux attaqués et interrompus. Comme toujours les coups de bâton firent taire les pauvres, quelques pièces d'or ou d'argent firent taire les riches. La Chine d'hier n'est plus que sera la Chine de demain ?

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France et Chine.

Haute estime des Chinois pour la France. — La Chine de l'Europe. — Réception et privilèges accordés au Chevalier de la Roque. — Long silence. — Les Diplomates français. — Hommes de grands désirs et de sages mesures. — But persévérant : le Triomphe de l'Évangile. — Quitter la France afin de la mieux voir. — Trois frères. — Larmes du Père Gotteland sur sa Mère exilée. — Alliance avec ou contre la Chine. — Difïîcultés des traités. — A chacun ses armes. — Le mensonge et la ruse aux faibles, la violence aux forts. — « Donnant, donnant. >

— Réponses différentes à l'ultimatum des alliés franco-anglais. — Traités trois fois désavoués. — Vengeance de Lord Elgin. — Les Chrétiens protégés. — Piège démasqué. — Énergique intervention de Messieurs Trêve et Bourgeois.

— Monseigneur Favier. — Titres officiels obtenus pour les Missionnaires le 28 mars 1899.

Alliances de guerre. — Sympathies réelles. — Les rebelles à Changhai en 1855. — Intervention généreuse et efficace de la marine française. — Blocus. — Assaut. — Retraite. — Admirable conduite de l'amiral Laguerre. — Funérailles glorieuses. — Nouvelle révolution en 1862. — Pillages par les Chinois rebelles, puis parles Impériaux. — Siège de Changhai. — Action franco-anglaise.— Grand deuil. — Créer des ressources sur place. — Statue de l'amiral Proter. — Soldats et missionnaires. — Rapports confiants et faciles. — Intimité entre Chinois et Français. — Gestes et charité, excellents moyens pour se comprendre. — Sapèques fondues comme neige. — Le soldat peint par Louis Yeuillot. — But avoué et glorieux de toute intervention française en Chine.

Nécessité providentielle. — Protectorat des Missions, réclamé parles grandes puissances. — La France choisie dès 1846. — But de ce Protectorat. — Défendre et non conquérir. — Réfutation delà thèse libérale. — La Chine attend son Clovis.

— Pas d'indifférents possibles devant la lumière. — Kang-hi, protecteur et persécuteur des Chrétiens. — Conseil énergique du prince de Sosan. — Mesures contradictoires. — Chaînes dorées. — Humbles et inutiles suppliques. — Travaux mal payés. — Insuccès n'est pas faute. — Objection contre le Protectorat. — Résultats de la Conversion. — Plus d'infanticide, plus d'opium. — Lettrés éclairés. — Le premier feudataire du démon brisant avec son maître. — Ere des grandes calamités fermée. Les craintes ne paraissent pas fondées. — La Chine absorbante. — Contraste de notre intervention en Italie et en Chine. — Bénéfices de

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l'alliance sino-française. — Liens religieux et liens politiques. — Ambition et espérances permises. — X-'Univers écoutant la Papauté. — Rénovation. — Espoirs illimités.

^^gA parole de Dieu, semblable au soleil de certains jours, est lente quelquefois à sortir des obscurités, ou à se dégager des nuages. Tôt ou tard cependant l'heure providentielle sonne, et la vérité brillecommelalumière.Combiend'âgesont passé sur la prédiction de Noé sorti de son mystérieux sommeil et annonçant la grandeur future de Japhet, le pouvoir dominateur qu'il exercera sur Sem, le fils de la bénédiction, et sur Cham, le fils de la malédiciion. Les hommes certes avaient le temps d'oublier. Les fabuleuses monarchies de l'Orient s'élevaient ou se renversaient au profit de Sem. Cham fuyait dans ces profondeurs de l'Afrique où le secret de son existence commence seulement à percer ; Japhet, inconnu de tous ets'ignorant lui-même, traversait sous l'ombre des forêts, des siècles silencieux, nécessaires peut-être à sa robuste adolescence et à ses glorieuses destinées. Mais Dieu se souvenait !... Avec la Rome des consuls et des empereurs, l'Europe déjà prenait conscience de son rôle ; elle écoutait son poète et son prophète l'avertissant de fonder de justes lois et de gouverner le monde. La Rome des Papes allait plus loin cependant que celle des Césars, et la paix chrétienne, comme le disait le grand Pape saint Léon, était plus puissante pour reculer ses frontières que les guerres éternelles de la République et de l'empire. Conquérir le monde et soumettre les nations à l'Evangile, tel fut, dès son origine, le dessein formel de l'Eglise et son audacieux labeur.Elle y songeait dès les catacombes ; les invasions barbares n'étonnèrent point son courage; sur leurs flots furieux, elle osa lancer la barque de saint Pierre, heureuse d'être portée par la tempête et certaine de la dompter. Elle ne s'arrêta pas non plus devant la tristesse des ruines carlovingiennes rappelant l'immensité de l'édifice que la main du Pape

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