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CHAPITRE IX

FRANCE ET CHINE

faire ces propositions, c'est l'intérêt de la Chine de les recevoir. La Chine y gagnera peut-être, avec l'intégrité de son territoire, le relèvement et le salut de son peuple, la France recueillera le fruit du long travail de ses soldats, de ses diplomates et de ses missionnaires. Leur œuvre fut commune, leur accord persévérant, et tous ont bien mérité de l'Église et de la patrie. Pour hardie que paraisse cette solution et peut-être chimérique, elle a toutefois pour elle l'histoire et la doctrine, elle répond au plus vif désir de la France et aux besoins les plus impérieux de la Chine.

Depuis longtemps les regards de la Chine se sont tournés vers la France. Le P. Amiot en écrivant au P. de la Tour lui disait dans une lettre datée de Pékin le 17 octobre 1754.

« Au reste, Mon Révérend Père, ce seigneur (il s'agit du premier ministre) n'est pas le seul qui soit plein d'estime pour la France et la mette fort au-dessus des autres royaumes de l'Europe. La plupart des grands qui sont initiés aux mystères de la cour pensent comme lui sur cet article, et les lettrés semblent encore renchérir sur tous lorsqu'ils ont l'occasion d'en parler. Votre précieux royaume, nous disent- ils quelquefois, est la Chine de l'Europe. Tous les autres Etats se font un devoir et un plaisir de suivre vos usages, vos maximes et vos rites. Je ne sais, en vérité, où les Chinois ont puisé tout ce qu'ils en ont écrit dans une espèce de dictionnaire historique et géographique commencé sous Chang-hi ' et mis au jour par les ordres de r Empereur régnant Les fleurs de lis sont ici connues de

I. Kang-hi — Le nom du fameux empereur s'est écrit de différentes manières : Chang-hi, Chanhi, Kan-i — Généralement j'ai suivi l'orthographe adoptée par le correspondant ou l'historien qui me sert de guide soit pour les hommes, soit pour les choses. Mieux vaudrait une règle... mais la règle n'existe pas. La mission que nous appelons Thé-ly avec le grand nombre en est la preuve. Plusieurs disent Pi-tchi-ly — d'autres, et plus habituellement, Tcheu-ly. Cette dernière forme semble prévaloir actuellement mais pour établir un usage général, la Chine attend encore Richelieu et les quarante de l'Académie.

EN CHINK.

tout le monde ; elles brillent partout. On les voit dans l'enceinte de

notre église elles sont dans notre maison, elles se trouvent au

dehors, chez les grands, dans la plupart des choses curieuses dont ils sont possesseurs. Elles sont chez les princes, et en si grande quantité, que je crois pouvoir dire sans exagération que les armes de France se trouvent aussi multipliées dans le palais de l'Empereur de Chine qu'elles peuvent l'être au Louvre ou à Versailles. »

L'estime accordée au pays se manifestait naturellement dans les hommages décernés à ses ambassadeurs et même à ses officiers. Le P. Bouvet, retournant en Chine dans Tannée 1 69g accompagné de plusieurs missionnaires, fit la traversée sur « L Oiseau », frégate du Roi, commandée par M. de la Roque. L'Empereur dépêcha plusieurs envoyés pour recevoir ces messieurs, les féliciter du bon succès de leur voyage et leur exprimer son désir de les voir à sa cour. Sa Majesté ajoutait qu'elle faisait remise de tous les droits prélevés ordinairement par les douanes sur les marchandises étrangères ; mais les Mandarins demandaient que M. le Chevalier de la Roque fit le remerciement ordinaire à l'Empereur, tel que le prescrit le cérémonial de la Cour. Il était difficile d'acquiescer à ce désir; ces cérémonies comportant des prostrations que les Chinois interprètent comme une reconnaissance implicite de soumission et de vassalité. Les Pères Missionnaires représentèrent que M. delà Roque agissait au nom du roi son maître, puissant monarque accoutumé à recevoir des hommages «sans jamais en rendre à qui que ce soit ' ». Il fut convenu que cette cérémonie du remerciement se ferait, partie à la française, et partie à la chinoise ; chacun se comportant suivant l'usage de sa nation. Lorsque les lettres de remise des droits furent lues solennellement par le vice-roi de la province, le commandant du vaisseau les écouta debout, le chapeau à la main et le corps légèrement incliné du côté de la ville impériale. Il fit ensuite la révérence d'après l'usage de la Cour à

I. Lettre du P. lîouvet au P. de la Chaise, confesseur du Roi.

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