CHAPITRE IX
FRANCE ET CHINE
Je VOUS l'avoue, messieurs, je suis Jésuite jusqu'au fond de l'âme. »
A ces paroles, ajoute le P. Gotteland, un morne silence régna dans l'assemblée, des larmes tombaient lentement de mes yeux, toute joie était bien absente de la réunion et l'ambassadeur cherchait vainement des paroles embarrassées pour me dire que la crise ne durerait pas.
Ainsi donc, à toutes les heures de notre histoire, à chaque pas que nous faisons dans le monde, la Providence par la voix des événements, des nécessités politiques et sociales, nous redit la parole, qui, lorsqu'elle est obéie.fait le bonheur des peuples comme celui des hommes : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu...
Nous n'avons pas assez voulu entendre ou comprendre cette parole en Extrême-Orient. Nos diplomates en auraient volontiers éclairé leurs travaux; nos gouvernements n'ont pas un instant songé à en inspirer leur conduite... C'est un malheur ; peut-être n'est-il pas encore définitif, et Dieu nous laissera-t-il, avec le temps, la volonté du repentir.
La France avait à choisir, elle peut encore choisir entre deux politiques : chercher des alliés en Chine ; c'est la première ; chercher des alliés contre la Chine, c'est la seconde ; jusqu'à présent, la seconde a prévalu, et cependant les conséquences en ont été funestes.
Dans les choses humaines et politiques, les avantages ou les inconvénients ne se trouvent pas tous du même côté, ne chargeant qu'un plateau de la balance. Il en fut ainsi de l'alliance francoanglaise. Les victoires remportées contre la Chine furent plus rapides et plus faciles pour chacun des deux peuples.et leurs flottes, isolées ou combinées, rappelaient le vaincu au respect des traités qu'il avait consentis. Des stipulations consacrèrent la liberté de l'Église et des missions catholiques, toutefois après avoir en premier lieu consacré la liberté du commerce; et l'opium prenait le pas sur l'Évan-
En Chine. jg
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gile. S'il serait puéril de nier ces avantages, il serait dangereux de les exagérer. Les franchises du commerce, celles d'un commerce que nous ne faisons pas, ont surtout profité à J'AngJeterre, libre de parler haut dans les ports encombrés de ses navires ; les franchises de l'Évangile ont dépendu souvent du bon et du mauvais vouloir des mandarins. Le vaincu a une arme victorieuse : la patience mêlée de duplicité. — Aujourd'hui la France a perdu, en grande partie, le fruit de ses victoires ; ses vaisseaux sont dans les mers de Chine au même titre que les vaisseaux anglais, allemands, américains, italiens, autrichiens ou japonais. Sans les missionnaires et leur clientèle catholique, elle ne serait ni la première, ni même la seconde de ces puissances. La Providence lui réservait un autre rôle plus grand, plus utile, plus facile même. Il consistait dans une alliance, non pas contre la Chine, mais avec la Chine dans l'intérêt des deux nations, dans l'intérêt supérieur de la cause de Dieu !
Pour s'allier avec l'Empire du Milieu, la France n'avait qu'une chose à faire, très simple et très noble: se déclarer hautement, loyalement le soutien de la religion catholique, demander protection pour ses missionnaires et leurs œuvres, tandis qu'elle s'engageait elle-même à servir à la défense de l'ordre, de la dynastie et même du territoire, s'il était menacé par l'invasion étrangère. C'était l'alliance ou le protectorat, dans le meilleur sens du mot, en écartant toute idée d'une conquête que peut-être on pourrait faire, mais que certainement on ne pourrait pas garder. Pourquoi ce contrat serait-il impossible et toujours violé par l'un des contractants ? Tel est bien le sort des contrats qui ne sont onéreux qu'à un seul ; tel n'est pas celui des contrats qui asseoient leur solidité sur des avantages réciproques, évidents et sensibles.
On objecte l'impossibilité de traiter avec le gouvernement chinois et sa duplicité insigne. Mais, à la regarder de près, l'objection perd de sa valeur. Les traités, dira-t-on, ne sont pas possibles ;