I. P. Vinchon, loc. cit
leurs paniers en balance, cheminaient le long des sentiers abrupts, entre des haies d'arbrisseaux verdoyants ; et la route du Sanatorium coupait le versant solitaire d'une tranchée grise et rose. C'était la première fois, depuis mon départ de France, que je pouvais marcher librement au soleil, affranchi des chaleurs équatoriales, le visage caressé d'un vent frais. Tout avait pour mes yeux un charme familier : les buissons qui bordaient la route, et l'écume gazouillante d'un ruisseau qui dévalait des hauteurs. Je franchis un pont, je longeai un réservoir limpide, au delà duquel les chaumes d'un village chinois se pressaient comme un troupeau minable, et j'aperçus deux grandes maisons blanches surmontées de clochetons et de croix.
« Quand on m'introduisit dans la bibliothèque où se trouvaient les Pères, je me vis entouré d'un cercle d'apôtres barbus, blanchis au service de Dieu, et qui, sortant de déjeuner, fumaient paisiblement leur pipe. Ils me firent visiter leur imprimerie dont ils sont à la fois les protes et les fournisseurs et dont ils fondent eux-mêmes les caractères chinois, annamites et thibétains. C'est de là que partent, sur la rose des vents, les mots d'amour et les douces paraboles de l'Évangile. Certes, à les entendre rire et plaisanter, on n'eût point dit que ces hommes avaient mené l'existence la plus dure, consommé de merveilleux sacrifices, risqué la torture et la mort. Et cependant, ils venaient de tous les coins de l'Asie où il plut à Dieu d'éprouver ses serviteurs. L'un avait piétiné trente ans sur la route illusoire de Lhassa ; l'autre avait vécu des éternités de solitude au centre de la Chine ; celui-ci, tanné par le soleil de l'Inde, avait traversé des routes rouges de feu ; celui-là descendait de la Mandchourie glacée ; d'autres avaient parcouru le Cambodge et le Tonkin.
« Leurs soutanes usées blanchissaient aux coutures. Ils avaient marché de l'aube jusqu'à la nuit, foulé les plus anciennes ruines du genre humain, reconnu sous ses masques divers l'immuable détresse