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CHAPITRE IX. — FRANCE ET CHINE

l'honneur de la religion. C'est une honte que nous ne pouvons supporter, disait M. Trêve, chargé par intérim de l'ambassade. Le suprême tribunal de Pékin avait jadis demandé l'insertion de l'article injurieux dans le code chinois, noire ambassadeur voulut que ce

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même tribunal en sollicitai l'abrogaiion et réclamât même la destruction des planches employées pour l'impression. Celte victoire pacifique était appelée à servir eûîcacement la cause de la religion, et Mgr Languillat le disait dans une letlre datée de 1 lien bien le 2Ô avril i S62.

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« Je ne prétends pas dire toute la valeur et toute la portée

de ce nouvel édit. S'il est connu en Europe, peu de personnes sauront l'apprécier aussi bien que nous... Il a fallu toute l'énergie de M. Trêve pour mener à bien en quelques semaines cette affaire où la lenteur aurait peut-être échoué. Nous regardons comme un trait de la Providence son passage à la légation et le voyage à Pékin de M. le commandant Bourgeois, Ce dernier, homme supérieur en tout, a servi notre cause d'une manière admirable. »

En 1895, une habile intervention de M. Gérard, notre ministre à Pékin, obtenait, après des négociations laborieuses, un nouveau décret rappelant les peines portées contre les libraires qui vendraient ce fameux code avec ses articles insultants. De nouveau la destruction des planches d'impression était ordonnée.

Grâce à ses réclamations persévérantes, M. Gérard parvint à insérer une clause nouvelle qui élargissait et maintenait le droit reconnu par le gouvernement impérial aux missionnaires de se rendre acquéreurs dans tout l'empire des terrains à leur convenance après entente avec les propriétaires. En principe les mandarins reconnaissaient la convention Berthemy qui garantissait cette liberté indispensable à toute mission, mais ils l'abrogeaient dans la pratique en exigeant un avertissement préalable de la part du missionnaire. Aussitôt avertis, les habiles se mettaient en campagne, et leurs menaces aidant, le vendeur retirait ses offres ou ne voulait plus céder son bien qu'à des conditions exorbitantes et impossibles. M. Gérard obtint d'abord que les paroles frauduleusement ajoutées au texte officiel « sous réserve d'avertissement préalable donné aux autorités locales » fussent effacées. Mais ce premier succès diplomatique était insuffisant. Les mandarins invoquant l'usage, interprétaient en leur faveur le silence de la convention. Sur de nouvelles démarches, le texte fut enfin heureusement et clairement complété par ces paroles nécessaires à dire et qu'il est

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désormais impossible de tourner contre nous « sans qu'il soit besoin d'avertir les autorités locales ».

Une fois déplus la cause catholique triomphait grâce au protectorat.

Les documents les plus récents constatent encore les résultats heureux de l'entente entre les missionnaires et les diplomates pour donner aux traités de 1860 toutes leurs conséquences. Monseigneur Favier, évéque de Pékin, consacré le 20 février 1898, homme universellement aimé et estimé, continuant les travaux des grands Évêques-missionnaires, obtenait de l'Empereur la reconnaissance des situations officielles qui accréditent auprès des mandarins et des vice-rois les représentants de l'Église. Monsieur Pichon, ministre de France, écrivait le 29 mars 1899 :

« Monseigneur,

« J'ai rédigé avant-hier la circulaire que je me propose d'adresser aux Vicaires Apostoliques en leur transmettant le règlement décrété par l'Empereur sur les rapports des mandarins avec les autorités catholiques... Cette lettre fait connaître que le principal négociateur de cette importante affaire est le savant et actif évêque dont toute la carrière apostolique a eu pour terrain fécond la ville de Pékin... Par sa longue carrière en Chine, par sa renommée de prudence et de droiture, par les services éminents rendus au gouvernement chinois comme à la France, par la noblesse de son caractère et l'éminence de son savoir, Mgr Favier était tout désigné pour obtenir du gouvernement si formaliste de la Chine la reconnaissance d'une situation officielle aux évêques et aux missionnaires.

« Le règlement nouveau décrété par l'Empereur... met fin à une situation mal définie, pleine de difficultés, source de conflits, cause parfois de gros périls et de persécutions locales... »

Désormais nos missionnaires ont leur entrée libre dans tout mandarinat. Les affaires litigieuses ne se traitent plus par voie de

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placet ou par voie administrative ; la première n'aboutissait pas ; la seconde suivait tant de détours, elle était si difificile, qu'on préférait souvent ne pas s'y engager et laisser en souffrance les intérêts religieux qu'une intervention étrangère eût peut-être compromis. Enfin, le Protectorat de la France sur toutes les missions catholiques est solennellement reconnu.

Depuis longtemps on aurait pu donner cette suite et cet achèvement aux traités de iS6i ; mais alors l'action de l'Angleterre gêna celle de la France. Les questions d'indemnité, de franchise pour le commerce ; des excuses à faire aux gouvernements alliés passèrent avant la question religieuse. C'était une faute et une erreur. Notre patrie se diminuait elle-même aux yeux des Orientaux. Le général Montauban, commandant en chef du corps expéditionnaire, déplorait cette attitude. Au terme de cette campagne, pendant laquelle il se montra capitaine prudent et hardi, très soucieux de la santé du soldat et du renom de son pays, il estimait avec douleur qu'on n'avait pas payé assez cher le sang de la France. Mais dans ces mêmes années, le gouvernement de Napoléon III, après les stériles victoires de Magenta et de Solferino, s'alliait aux révolutionnaires pour renverser le pouvoir pontifical et sa politique se teintait d'hostilité contre l'Eglise et ses œuvres.

Les hommes de guerre voyaient mieux que les hommes d'Etat ou les diplomates l'intérêt supérieur du pays. Officiers et soldats servirent et préparèrent l'alliance sino française, alors même qu'ils ne venaient en Chine que pour combattre l'Empire du Milieu. Ce n'est pas la seule fois du reste, que par suite d'une opposition éclatante entre les conseils du pouvoir et l'instinct national, nos sympathies allaient à nos ennemis et nos défiances à nos alliés. A Pékin, nous étions plutôt de cœur avec les Chinois, comme à Sébastopol nous

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