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CHAPITRE IX. — FRANCE ET CHINE

l'obscur conquérant de Pékin réintégra ses foyers, riche de la seule gloire de ses grandes actions.

Qu'il nous soit permis de répéter en l'honneur de nos soldats de Chine les nobles paroles que Louis Veuillot, dans une langue qui n'appartient qu'à lui, disait dans le même temps de nos soldats de Crimée :

« Que dirons-nous de la patrie qui montre à l'univers de pareils guerriers? L'ardeur militaire n'est plus la première de leurs vertus; ils savent élever plus haut leur constance, et cette armée, si solide et si brave, étonne encore l'ennemi par son humanité. Spectacle dont on ne peut se taire et dont on hésite à parler. . . ils sont soldats de Dieu ces soldats de la France. La mort qui vole partout sur les champs de bataille comme dans les hôpitaux trouve partout des cœurs préparés pour la vie éternelle..,. Que disent ces prêtres qui exercent le ministère sur la flotte et dans les camps ? Ils disent que la bonne âme du soldat est droite, franche, dévouée, naturellement chrétienne. Quand ils lui parlent de Dieu, ils n'ont à craindre ni insulte, ni raillerie, ni refus... L'épée est pour le Français comme un huitième sacrement créé à son usage et qui le rend meilleur .» Lorsque la main du prêtre et celle du soldat se joignent chez nous, quelque chose de grand se prépare dans le monde '. »

Certes, nous ne comparons pas les guerres de Crimée et de Chine. Aucun de nos soldats ou de nos marins n'a frappé en Chine « l'un de ces coups d'épée qui comptent dans la vie des empires », et d'ailleurs les Célestes ne permettent pas de donner chez eux aux choses guerrières des proportions héroïques, mais les courages furent les mêmes et la campagne de Chine s'appellerait mieux que la campagne de Crimée une dernière croisade. Nos soldats en Crimée ne surent jamais très exactement pourquoi ils étaient campés sous les murs de Sébastopol ayant pour alliés des infidèles et des hérétiques; en Chine, du moins, ils voyaient clair dans le jeu des

I. Louis Veuillot, Mélanges, t. VI, i' série. Guerre d'Orient.

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batailles,et lorsque le général de Montauban, refusant de visiter les vice-rois ou les hauts mandarins, ne faisait qu'une seule démarche pour saluer l'Évêque catholique dans l'humble palais épîscopal, lui et son État- Major disaient au nom du corps expéditionnaire : « Nous prenons en mains la cause de Jésus-Christ au profit de la Chine comme au profit de la France. »

Une nécessité providentielle, glorieuse pour notre pays, appelle la France à jouer un grand rôle dans la conversion de la Chine par le protectorat des Missions catholiques. C'est la pensée, non pas unanime, — quelques dissentiments se font jour, — mais commune de nos missionnaires, que le labeur apostolique a besoin d'être défendu par notre pavillon. La jalousie des nations européennes sufifirait à nous instruire de la grandeur de cette fonction privilégiée. Chacune d'elles, même la protestante Allemagne, la commerçante Angleterre, l'infidèle Italie, officiellement hostile à la Papauté, voudrait prendre notre place, et exercer notre tutelle ; mais l'Église nous conserve son amitié et sa confiance. Nul ne dénoncerait chez nous, sans léser l'honneur et le droit du pays, le pacte qui nous unit à elle.

C'est en février 1846, que notre ambassadeur, M. de Lagrenée, obtenait avec la liberté religieuse, et comme son rempart nécessaire, la reconnaissance par la Chine de notre protectorat. La France.en cas de conflit, se plaçait entre les missionnaires, de quelque nation qu'ils fussent, et le gouvernement impérial. Elle seule leur donnait des passe-ports. Sous ce régime, confirmé par des stipulations plus récentes, l'Église a trouvé une plus grande liberté pour son action, une plus grande sécurité pour ses œuvres. Il importe de le reconnaître, avant de répondre aux objections d'un certain nombre, objections qui accusent et peut-être exagèrent les

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imperfections nécessaires ou accidentelles de ce système. Disons toutefois, pour éviter une méprise qui paraît cependant impossible, que les missionnaires ne demandent pas à la France de lui conquérir des fidèles par la pointe de l'épée ou la terreur du canon. Nul chez nous n'a formé ce projet tyrannique. C'est par un mensonge nouveau que l'erreur qui souvent l'a conçu et exécuté, le reprocherait à la Vérité, laquelle le dédaigna toujours. Mais, autre chose la conquête, autre chose la défense! Le protectorat n'a qu'un but : assurer le paisible exercice de la Religion chrétienne, maintenir le droit si souvent reconnu par les traités et par les édits, pour les missionnaires, de la prêcher, pour les Chinois, de la professer. Aucune injure n'est faite à aucune conscience, ni même à aucun autel. Le bras séculier ou l'épée de la France s'étend pour le défendre sur l'autel catholique, voilà tout La force suivant son devoir se met au service du droit.

Nul, poussant à outrance la thèse libérale déjà si dangereuse en Europe et en Amérique, n'osera dire que dans les missions chrétiennes de Chine la vérité catholique se suffit et que le pouvoir spirituel n'a pas besoin de la protection du pouvoir temporel. Les faits seraient là pour donner à cette opinion un démenti éclatant. Que la puissance séculière cesse un instant d'exercer sa protection sur l'Église de Chine, et elle tombe immédiatement, abandonnée par la faiblesse et la peur qui font partout les apostats, et noyée dans le sang des martyrs. Dès maintenant, malgré la crainte du canon européen dont on entend encore les lointains grondements, il ne se passe guère d'année où les bulletins de la propagation de la Foi ne fassent mention d'une persécution locale, de la ruine d'une chrétienté, de l'emprisonnement ou du supplice de quelques chrétiens. Si l'on ne redoutait une intervention armée, rien ne défendrait nos faibles Églises contre les longues inimitiés païennes, l'orgueil des lettrés,la colère d'un peuple perfidement trompé par les plus audacieuses et les plus atroces calomnies. La seule question

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possible est de décider à quelle puissance il convient de demander la proiection de nos missions. Est-ce à la France, est-ce à la Chine.'* La réponse vraie nous sera donnée par l'histoire ; déjà elle a été consignée en de judicieux articles insérés dans les Études^ l'un 50US la signature du P. L. Gaillard dans le numéro du 15 mai 1895, l'autre ne portant que les initiales S. B. dans le numéro du 15 avril 1896 sous ce titre : Le Protectorat de la France sur les missions de Chine. Les observations des deux auteurs se réfèrent aux périodes de l'apostolat que nous pourrions appeler historiques; elles commencent au XVI 1^ siècle et se continuent de nos jours. Les entreprises précédentes tentées pour convertir le céleste Empire n'ont point laissé de traces qui permissent.de les reconstituer et d'étudier leurs méthodes.

Les Jésuites du XVII"i^ siècle étaient aussi convaincus que les Jésuites d'aujourd'hui d'un principe incontestable dans les fastes de l'apostolat. Depuis l'époque apostolique, l'Evangile, s'il est isolé, ne triomphera point, de l'endurcissement païen. La Chine, pour être chrétienne, aurait besoin de ce héros ou de ce prince catholique que Rome a trouvé dans Constantin, la France dans Clovis, l'Angleterre dans Ethelbert, l'Espagne dans Récarède. Telle est la redoutable puissance des rois, ils conduisent leurs peuples vers la lumière ou vers les ténèbres. Nos Pères, au XVI I^ siècle, en des circonstances d'ailleurs bien différentes, cherchèrent un appui sur le trône impérial et national. Ils échouèrent. La protection qu'ils ont trouvée fut insuffisante et précaire de la part des protecteurs, singulièrement onéreuse pour les protégés.

Les Protecteurs étaient bienveillants pour les personnes religieuses ou, en parlant plus exactement, pour quelques personnalités religieuses dont ils retiraient un certain profit ; au fond du cœur, ils restaient hostiles à la religion, et la preuve trop évidente est qu'ils ne se convertissaient pas. Or, nous savons que vis-à-vis de la lumière on ne reste pas indiffèrent, et ceux qui ne l'aiment pas

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