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CHAPITRE IX

FRANCK ET CHINE

Répondant au P. Gaubil qui défendait devant lui les chrétiens et leurs missionnaires, le ministre répliquait : € Si l'empereur comblait de bienfaits les missionnaires, ce n'était point qu'il eût besoin de leurs mathématiques, peintures et horloges, mais cela venait uniquement de la magnificence de son cœur qui embrassait toute la terre \ Les Pères résolurent de recourir à ce cœur magnifique et, dans ce dessein, ils se servirent du F. Castiglione, peintre italien de notre Compagnie, que Sa Majesté tenait en grande estime. Mais pour parler à l'empereur, il faut être interrogé. Le Frère ne l'était pas ; néanmoins dans une occasion où le Fils du Ciel voulut bien lui communiquer ses ordres, il se tint à genoux en disant : Je supplie Votre Majesté d'avoir compassion de la religion désolée, L'Empereur pâlit, mais il ne répondit pas. L'humble religieux osa insister ; après quelques paroles dédaigneuses, le prince termina l'entretien en disant : « Toi, mêle-toi de peintures. » Certes, une semblable réponse ne témoigne pas d'une bienveillance excessive ; néanmoins celui qui la rapporte en paraît satisfait ; il ajoute en effet : « De pareils entretiens sont ces heureux moments que ménage la Providence pour le triomphe de la religion et pour la conversion des cœurs ; mais quand auront-ils leur efficacité ^ ? »

Le frère Attiret n'était pas mieux récompensé. Il écrivait : «J'ai été reçu de l'Empereur de la Chine aussi bien qu'un étranger peut lêtre d'un prince qui se croit le seul souverain du monde ; qui est élevé à n'être sensible à rien ; qui croit un homme, surtout un étranger, trop heureux de pouvoir être à son service. C'est à peu près toute la paye que j'ai pour mes travaux, si vous en exceptez quelques petits présents de peu de prix et qui viennent rarement. Être à la chaîne d'un soleil à l'autre, ne peindre presque rien de son goût et de son génie, avoir mille embarras qu'il serait trop long de vous expliquer : tout cela me ferait bien vite reprendre le chemin

1. Lettres édifiantes. Narration de la persécution, t. XXXVI, p. 72.

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