CHAPITRE IX. — FRANGE ET CHINE
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maintien du protectorat en Chine entraînele peuple chinois, plus d'inconvénients que d'avantages?... nous répondons catégoriquement : non. »
Les nations européennes, la nation américaine réclament la protection de leurs nationaux et elles l'obtiennent : pourquoi la France voudrait-elle exclure du même bénéfice ses missionnaires, protéger son commerce et abandonner sa religion ? La Chine aura-t-élle toujours les yeux si fermés à la lumière, qu'elle ne fera jamais une distinction entre ceux qui ne lui demandent que son or et ceux qui ne demandent que son salut ? En tout cas, il est digne de la France et il est digne de l'Église de lui présenter le seul remède capable de guérir ses blessures envenimées, et qui seront mortelles si l'on refuse encore d'appeler le Médecin des âmes ou des nations défaillantes. La doctrine catholique, dans son intégrité, relèverait bientôt le peuple chinois de son abaissement ; parmi les maux qui l'accablent, il n'en est pas un qui ne disparût au contact de l'Évangile sous l'empire d'une législation inspirée par les principes chrétiens.
L'eau du baptême, répandue sur le front de l'enfant, éveillerait dans le cœur des parents une tendresse qu'ils ne se connaissent pas, elle sauverait les corps en même temps que les âmes ; jamais des époux chrétiens n'auront même la pensée de ces homicides épouvantables, de ces attentats contre leur sang et le sang de Jésus-Christ.
Les défenses ecclésiastiques, inspirant à l'État des mesures rigoureusement prohibitives, l'opium ne se cultiverait plus, ne se négocierait plus et, par conséquent, ne se fumerait plus. Si par la loi des traités l'Angleterre invoque le droit du commerce, on invoquera contre elle le droit supérieur de sécurité publique et de la santé nationale. Qu'elle conserve d'ailleurs, si elle le veut, le privilège de tenir ouverte sa boutique malhonnête et de vendre son poison ; la Chine est bien libre de ne pas entrer dans la maison mal famée, et de ne rien acheter à un marchand véreux. Si dépourvue de scrupules que soit la puissance britannique, elle n'irait pas
jusqu'à bombarder les portes du Céleste Empire pour activer la consommation de l'opium. Elle l'a fait, elle n'oserait plus le faire.
Les premières leçons du catéchisme, les premiers rayons de la Foi dissiperaient l'ignorance des lettréset humilieraient leur orgueil incommensurable. Ils sauraient, au moins, qu'ils ne savent rien des grandes questions de la théologie, leur vaine littérature ne leur disant rien de Dieu, de l'homme, de la prière, du devoir. Les paroles divines, consignées dans nos écritures, fourniraient à l'intelligence chinoise, déjà si souple et si déliée, le pain substantiel dont elle a besoin pour reprendre sa marche, et gravir aisément les sommets que baigne une pure lumière.
Le prince et le père du mensonge, attaqué dans son empire, n'inspirerait plus au premier de ses feudataires, au Fils du Ciel et à ses conseils, cette politique cauteleuse et perfide qui a créé tant de difficultés à la Chine, ne l'a fait sortir d'aucun mauvais pas, a multiplié ses ennemis et déconcerté ses amis.
D'après un mot profond, sévère et juste du P. Félix, la Chine serait un peuple d'enfants et de vieillards, elle n'aurait plus d'hommes, mais l'Église a le privilège d'amener les peuples enfants et de ramener les peuples vieillards vers la maturité de l'âge, la virilité des pensées et des œuvres. Elle est, par excellence, la puissance humaine, celle qui donne à l'humanité toute sa taille et toute sa valeur. Les hommes se forment et ils grandissent dans ses écoles ; bientôt une élite ou une aristocratie se forme parmi eux. Les premiers ou les princes viennent occuper la place que l'Église leur réserve dans ses institutions hiérarchiques, car, ainsi que Dieu son auteur et le sauveur Jésus son restaurateur,elle ne veut d'une égalité révolutionnaire ou satanique ni dans le ciel, ni sur la terre. De cette élite seraient les spéculateurs ou les contemplateurs de la vérité, les fondateurs d'une société nouvelle en même temps religieuse et civile, tous ceux qui naîtraient par le fait d'un croisement entre le génie européen et la patience admirable, l'admirable docilité des popula-