CHAPITRE IX. — FRANCE ET CHINE
lions de la Chine, ceux que 1 immense
peut-être pour le conduire sur ces chemins nouveaux.
Et même l'on est fondé de croire que l'ère des grandes calamités serait fermée; il serait désormais moins accordé, par une Providence équitable et miséricordieuse, à la fureur des éléments ou à celle des hommes, encore plus redoutable. Les hommes seraient moins méchants, des légions de bandits ne se lèveraient pas du sein d'un peuple pour promener sur sa terre le vol, l'incendie, l'assassinat et tous les vices triomphants. Le peuple, mieux protégé par ses chefs naturels, ne s'abandonnerait pas lui-même, et les fléaux perdraient en partie leur pouvoir calamiteux. Les forces de la nature ne sont point aveugles et fatales, comme il plaît à l'impiété de le dire, nous savons, au contraire, que leur puissance de nuire est soumise à une autre Puissance qui les comprime ou les dilate suivant les desseins de son adorable sagesse. Nos péchés engendrent les catastrophes, et notre repentir désarme la justice qui nous punit, puisque Dieu ne permet pas que ceux qui espèrent en Lui tombent dans l'excès de l'affliction. L'Église n'a point de leçon ni de prière plus fréquente ; ses paroles sont vraies pour la vie des peuples comme pour la vie des homrnes. Si la terre de Chine était plus docile à Dieu, on peut espérer qu'elle serait moins brûlée et desséchée par les ardeurs du soleil, que les eaux débordées auraient plus souvent défense de la couvrir.
De telles paroles, de telles espérances autorisées par la doctrine de l'Église, sont de nature à rassurer les sympathies chinoises, mais peut-être ^ troubler les sympathies françaises. On se demandera si ce rôle de tuteur et d'émancipateur ne sera pas purement onéreux pour notre pays ; si même une nation que nous aurons créée ou du moins régénérée, ne fera pas contre nous le premier essai de ses armes. Il est dangereux de compter sur la reconnaissance des peuples et si nous avons oublié cette maxime, l'Italie se chargerait de nous la rappeler.
De telles craintes paraissent peu fondées, et l'exemple ne vaut pas. Même pour les nations, il est meilleur de donner que de prendre. Prendre la Chine ne serait point facile ; elle a, disent ceux qui la connaissent bien, une longue habitude de conquérir ses conquérants, non pas en les combattant mais en les absorbant. Elle ressemble à la mer qui se laisse pénétrer par les fleuves les plus impétueux, bien certaine que leurs eaux se perdront en se mêlant aux siennes. Avant de reprocher à l'Italie de méconnaître le bienfait qu'elle a reçu de nous, il serait juste de se demander quel a été le rôle de la bienfaitrice. Au delà des Alpes, nous n'avons pas servi la cause italienne, mais la cause révolutionnaire. C'est à son profit que nous avons directement créé l'unité italienne contre la Papauté, comme nous avons indirectement créé l'unité allemande contre la monarchie austro-hongroise, vieille puissance catholique que ses habitudes éloignaient des aventures ; en réalité, nous aurions tort de nous plaindre trop vivement et nous n'avons que le salaire de nos travaux. Tout autre serait en Chine le caractère de notre intervention pacifique ; au lieu de Combattre les intentions de la Providence, labeur ingrat, labeur impossible, nous serions son auxiliaire et son vicaire. Dieu n'a point pour coutume de laisser sans récompense les services qu'il veut bien attendre et recevoir. Celle qu'il nous prépare, et en quelque manière qu'il nous présente est visible, même pour nos infirmes regards. Une nation qui compte quatre cent millions de sujets nous donnerait, par son amitié, une situation presque unique dans l'Extrême-Orient, capable de balancer l'influence que les Anglais ont conquise dans l'Inde et de couvrir nos frontières du Tonkin. Si l'histoire ne se dément pas, les Anglais perdront quelque jour leur empire colonial, et l'Asie centrale, suivant l'exemple de l'Amérique et de l'Océanie, voudra reconquérir son indépendance ; une alliance avec la Chine, cimentée par des intérêts communs, n'est pas sujette aux mêmes vicissitudes. Le lien religieux qui nous unirait au Céleste Empire a plus de