‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 279 sur 284 · PIÉTÉ EXTRAORDINAIRE DU P. MANN · texte numérisé non relu

PIÉTÉ EXTRAORDINAIRE DU P. MANN

Les bénédictions étaient accordées à son ministère. Comment s'en étonner, quand on connaît sa réputation de sainteté ? C'était, écrit le R. P. Supérieur, un religieux excellent en tout, modèle d'obéissance, d'humilité, de mortification, de zèle des âmes : il avait fait le vœu du plus parfait toujours. Les Chinois le regardaient comme le plus pieux de tous les missionnaires. « Celui-là est un saint, disaient-ils. — Et pourquoi ? leur demandait-on. — Je ne sais, répondaient-ils un peu embarrassés, mais quand le Père prie, on voit qu'il a le cœur chaud (c'est leur formule pour exprimer la ferveur)». «En effet, écrit le P. Gissinger, pendant le peu de temps que j'ai eu le bonheur de vivre avec lui, j'ai souvent admiré son maintien respectueux tandis qu'il était à son prie-Dieu : je ne l'ai jamais vu lever les yeux et il tenait les mains jointes appuyées sur le banc, sans faire aucun mouvement ni s'accouder un instant. »

Quand il n'était pas dans la chambre ou hors de la maison pour

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quelque ministère, on était sûr de le trouver à l'église : c'est que le Saint^Sacrement était son trésor et que là était son cœur. Pour satisfaire sa piété, le P. Mann se levait chaque jour une heure avant la Communauté et ne se couchait pas avant dix heures du soir. Ces deux heures, prises sur le temps du repos, étaient en partie passées en oraison devant le Saint-Sacrement. Dès son bas âge, racontent ses frères, il avait déjà cet amour de la prière, il nous tenait parfois en oraison avec lui le soir jusqu'à une heure assez avancée ; nous n'étions pas toujours très disposés à prendre ainsi sur notre sommeil ; mais Joseph était l'aîné, il fallait obéir.

Cinq jours avant sa mort, le 23 février 1899, il écrivait à sa sœur religieuse : « Votre dévotion au Saint-Sacrement est encore une excellente pratique. Vous l'avez deviné : le Saint-Sacrement est aussi ma plus délicieuse récréation, j'y vais si souvent que quelquesuns trouvent que j'y suis trop ; mais le R. P. Provincial m'a permis de suivre mon irrésistible attrait... Vous connaissez déjà mes sentiments sur la dévotion à la Sainte Vierge ; je pourrais vous dire sans exagération que je suis tout à fait épris d'amour pour cette divine Mère, d autant que je ne laperds pas un instant de vue ; il n'y a qu'à vous que je dis cela... Si vous voulez me ravir d'aise, écrivez-moi que chaque jour vous croissez en son amour... Maintenant un petit mot sur mon compte. Ma santé a toujours été bonne jusqu'ici ; mes occupations sont les mêmes que l'année dernière. Autour de nous tout est assez tranquille. Mais dans les provinces éloignées de la capitale, c'est la révolte en plein ; c'est une recrudescence de haine contre les étrangers, surtout contre les missionnaires que les païens regardent comme de purs espions qui préparent l'invasion de la Chine par la France ou par les autres nations européennes. Par suite ils regardent nos chrétiens chinois comme des traîtres vendus à l'étranger... Priez pour que les Russes ne se rendent pas maîtres du nord de la Chine : ce serait l'implantation du schisme, car la Russie, si intolérante chez elle, souffrirait- elle que les missionnaires

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