‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 280 sur 284 · MORT PRESQUE SUBITE DU P. MANN · texte numérisé non relu

MORT PRESQUE SUBITE DU P. MANN

Cinq jours après cette lettre, le 27 février, le P. Mann, encore plein de santé, allait demander la bénédiction de son supérieur pour lui et ses travaux du mois de saint Joseph. Par hasard, la conversation tomba sur le bonheur de ceux qui meurent dans les bras de la Sainte Vierge, de saint Joseph ou de leurs saints patrons et qui sont appelés au Ciel pour célébrer leur fête ou le mois qui leur est consacré. Le P. Mann écoutait son supérieur avec une joie qu'il avait peine à dissimuler : avait-il alors le pressentiment de sa mort .'' Toujours est-il que le jour même, 27 février, une rougeur insolite avec légère enflure parut sur sa joue gauche. Simple coup de soleil, disait-il : il n'y fit pas grande attention et continua de vaquer à ses occupations habituelles. Le 28, du côté gauche l'enflure passa au côté droit et lui ferma l'œil. Durant la nuit, une aggravation se produisit ; le Père, levé à trois heures et demie, selon son habitude, ne put célébrer la sainte messe, il se sentit attaqué sérieusement et alla de suite lui-même à l'infirmerie. La tête enflait démesurément. On crut d'abord à un érysipèle, mais à midi de nouveaux symptômes firent soupçonner que le P. Mann avait un abcès phlegmoneux dans la narine gauche, et que le charbon s'était déclaré ensuite. Devant ce mal terrible, la médecine était impuissante, en quelques instants la joue devint toute violacée. C'était un mercredi, jour habituel des confessions pour le P. Mann ainsi que le samedi. Son Père spirituelle P. Vuillemin, malade lui-même, vint entendre sa confession. A trois heures, le mal allant toujours croissant, le R. P. Maquet administra au malade l'Extrême-Onction ; l'enflure de la gorge ne permit pas de lui donner le saint Viatique. Dans la soirée, Mgr Bulté et les Pères présents à la résidence se réunirent

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à l'infirmerie pour les prières de l'agonie. Le moribond ne pouvait plus parler. Par signe il demanda pardon à la Communauté des mauvais exemples qu'il avait pu donner, il renouvela ses vœux, fit sa profession de foi, et, toujours patient et résigné, malgré d'atroces douleurs, conservant jusqu'au bout sa présence d'esprit, il s'éteignit vers huit heures un quart du soir, à l'heure où la Communauté récite chaque jour les litanies des saints. C'était le i^"" mars et un mercredi. Saint Joseph appelait son fidèle serviteur à célébrer son mois au ciel. C'était la grâce du mois que le bon Maître lui réservait.

Cette même nuit, à Weits'oum, village situé à trois journées de marche de Hien-hien, une brave vierge apostolique, directrice de l'école normale de catéchistesses et pendant quinze ans fille spirituelle du P. Mann, avait eu comme le pressentiment de cette mort. Dès son réveil, elle en fit part à une des maîtresses de l'école : « Paula, je ne sais ce qui est arrivé, dit-elle ; cette nuit, j'ai éprouvé des angoisses inexprimables ; c'est le bon P. Mann qui doit être mort, prions pour lui. » La maîtresse se moqua un peu des frayeurs de la directrice. Trois jours après, un chrétien de Hien-hien répandit le bruit de la mort du Père. Les missionnaires de Weits'ounn n'y crurent point d'abord ; mais la pieuse vierge y ajouta foi, cette nouvelle répondait trop bien à l'avertissement mystérieux qu'elle avait reçu. Bientôt le douie ne fut plus possible, une lettre du R. P. Supérieur annonçait l'épreuve qui frappait la mission. Dans toutes les chrétientés on fit les suffrages pour le repos de l'âme du P. Mann. A Tchang-kia-tchoangsurtout,les chrétiens communièrent en grand nombre et firent dire des messes, moins pour le défunt que pour obtenir des grâces par son intercession, témoin ce catéchiste encore néophyte, qui apportait au R. P. Maquet des honoraires de messe pour demander par l'intermédiaire du P. Mann, la

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