‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 281 sur 284 · ENTERREMENT DU P. MANN · texte numérisé non relu

ENTERREMENT DU P. MANN

Le vendredi, 3 mars, eut lieu l'enterrement du P. Mann. Mgr Bulté chanta la messe des morts et donna l'absoute dans la cathédrale de Tchang-kia-tchoang. Puis, l'office terminé, la nombreuse assistance se rendit au cimetière des Pères. Le cercueil; vrai monument de sept pieds de long sur trois de large, aux parois très épaisses et d'un bois très lourd, fut placé sur un char traîné par trois mules. Le cimetière est situé à une lieue de la résidence, au pied d'une petite montagne faite de mains d'hommes, haute de soixante mètres (c'est le point le plus élevé de tous les environs). Sur ce tertre, couvert de thuyas et de cyprès, s'élevaient autrefois une pagode et une bonzerie célèbres. En 1864, les Pères en firent l'acquisition, et la gigantesque idole qu'on y voit encore tomba sous les coups d'un vigoureux Breton, le Frère Audouin. A la place on bâtit une chapelle en l'honneur du grand patron de la Chine, et ainsi l'ancien rendez-vous des bouddhistes devint un lieu de pèlerinage à saint Joseph et le cimetière des Pères.

Le jour des funérailles du P. Mann, la colline Saint- Joseph, d'ordinaire silencieuse et déserte, se trouvait envahie par une multitude de païens venus de tout le voisinage, tous très respectueux et gardant le silence. Vers neuf heures un quart le cortège, débouchant du village de Kao-kia-tchoang, arrivait au pied de la colline devant la chapelle dédiée à saint Joseph. Dans la chapelle, le R. P. Maquet fit l'absoute et la levée du corps, puis le cortège se remit en marche vers le cimetière. En tête les deux cents élèves du collège récitant le chapelet, puis les dix-huit séminaristes, et les Pères en surplis, un cierge à la main, ensuite Monseigneur, enfin le cercueil placé sur un brancard et porté par une douzaine de chrétiens. Tout autour une foule de chrétiens recueillis et émus.

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On arrive à l'entrée du cimetière, en avant d'une grande croix de marbre, une grande pierre tombale portant ce texte : € In spem resurrectionis » et une inscription chinoise rappelant que la religion chrétienne est prêchée librement en Chine depuis le temps du P. Ricci, grâce aux édits des Empereurs, et que par conséquent la sépulture des missionnaires doit être respectée. Puis une allée réservée aux prêtres séculiers chinois ; deux autres pour les prêtres et les frères coadjuteurs de la Compagnie et enfin au fond de l'enclos, l'allée réservée à la sépulture des évéques. Chaque tombe est surmontée d'une pierre de plus de deux mètres où sont inscrits les noms et principales dates de la vie du défunt.

C'est là que fut déposée la dépouille du vénéré P. Mann. Les dernières prières récitées, le cercueil fut descendu dans la fosse, et chacun y vint jeter de l'eau bénite. Beaucoup de chrétiens, en accomplissant cette cérémonie, ne purent retenir leurs larmes ; nouvelle preuve de l'affection que le Père avait conquise pendant ses vingt ans d'apostolat en Chine.

Et maintenant, avant de quitter le cimetière, jetant un coup d'œil sur ces tombes qui entourent celle du P. Mann, rappelons-nous les noms de ses compagnons d'apostolat, de ces braves tombés au champ d'honneur du Tché-li Sud-Est. L'humble P. Mann sera saii.sfaii de voir son nom mêlé à celui de ses frères d'armes.

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