CHAPITRE II
LA VIE DU MISSIONNAIRE
L'hôte du mandarin eut un appétit à la hauteur de la situation ; il mangea de tout, disent les témoins oculaires, loua tout avec une sincérité d'accent qui ne laissait place au moindre doute. Courtois procédé pour l'amphitryon qui se montra heureux de le rendre amplement en s'asseyant à son tour à la table de la Résidence. Vraiment, disait ensuite M. du Chaylard, c'est ici qu'il faut venir, si l'on veut bien connaître, et à leur avantage, les Chinois de Chine.
UÉSIDKN'CE DE LA MISSION HK l'CllANc; KIA-TCHOUAN'G SUD-EST A VOl. D OISEAU.
A. Église. — lî. Vierge. — C. Scmin.iii t. — D. Collège-orphelinat. — il. i-cime. - V. Clôture. — Ci. Bâtiment neuf. -- W. Ecurie. -- E Kcnipart.
Dans les grandes villes cosmopolites le mélange avec les Européens ou les Américains ne leur est pas bon. Un badigeon de civilisé ne vaut pas leur ocre naturelle.
Les heures plus intimes suivirent les heures officielles et ne laissèrent pas de moindres souvenirs. Au cours de ses longs voyages dans les quatre parties du monde, notre hôte avait beaucoup
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observé les hommes et les choses, et sa conversation facile, aimable, en les charmant, instruisait les auditeurs. Au fond de leur âme, ils remerciaient Dieu de donner toujours de tels serviteurs à la France, ils soutiennent la gloire de son passé et peut-être lui préparent encore un grand avenir. Cette pensée, si présente à tous, se fit jour dans les chants de l'arrivée et du départ. Tous les cœurs tressaillaient lorsque, novices ou vétérans de l'apostolat, d'une voix vibrante disaient avec le refrain le geste de Dieu dans l'univers : « Par la France ! Par la France ' ! »
Si cette fête de la mission et du pays nous a retenus quelque temps, c'est qu'elle comporte un enseignement précieux; elle indique l'accord ordinaire et nécessaire de nos missionnaires et de nos diplomates. Entre ces hommes, il y a mieux que le souvenir du sol natal qui suffirait déjà pour rapprocher les cœurs ; mais ce ne serait pas assez ; il y a le sentiment d'un grand devoir dont sont honorés les uns comme les autres : ceux-là au nom de la France, ceux-ci au nom de l'Eglise, et sans que personne songe à séparer des intérêts que l'Extrême-Orient a inséparablement unis.
M. du Chaylard profita de son séjour à Tchang-kia-tchoang pour visiter et connaître la maison. Suivons cet exemple, comme d'ailleurs le demande notre sujet. Elle sert à bien des usages, cette résidence ; mais elle se présente d'abord comme le noviciat de la mission ; c'est là que les nouveaux venus se forment à l'apostolat, à l'étude du pays et de sa langue.
De loin, l'aspect est singulier ; on dirait une de ces îles qui émergent, non pas de l'Océan mais d'une vaste plaine, les abords en sont fortifiés et défendus par trois canons brillants sur leurs affûts. Depuis cependant que les brigandages ont cessé, les canons sont en remise et ils ne la quitteront plus que dans l'allégresse des jours solennels. L'ensemble donne assez l'idée d'une de ces constructions du moyen âge qui tiennent tout ensemble de la forteresse, du monastère, de
I. Relation du P. Albert Vetterwald, Corresp. lie /ersty , '}a.nvier 1S96.