CHAPITRE II. — LA VIE DU MISSIONNAIRE
au monde que celui qui n'entend pas le langage de Dieu, ou qui, s'il le prie, ne le fait pas de manière à être entendu de Lui. Dussé-je rester toute ma vie au point où j'en suis, je n'en serai ni moins content, ni moins heureux. Je n'en consacrerai pas moins tout ce que j'aurai de forces et de loisir à l'étude sérieuse que demande mon ministère. »
Cette langue a plus de soixante mille caractères '. Chaque mot a sa signification particulière et elle est sans cesse modifiée ; «car il arrive très souvent que les Chinois ajoutent à la plus grande lettre qui est comme le corps du caractère, et qui n'a aucun rapport avec la chose qu'il veut exprimer, une autre petite lettre qui détermine le sens. Ainsi pour indiquer la docilité d'un homme, le caractère est composé de deux lettres dont l'une signifie un homme et l'autre un chien qui est le symbole de l'obéissance et de la docilité. »
Mais cette extrême richesse confine à l'extrême pauvreté ; en réalité la langue est indigente et dans un curieux entretien"; le P. Parennin amena le fils de l'empereur à en convenir. Le Prince était convaincu du contraire, mais, dit son interlocuteur : « Il ne trouve pas mauvais qu'on le contredise, chose rare parmi les personnes de son sang. Je saisis l'occasion qu'il me donnait de défendre les langues européennes. Je commençai cependant, selon la coutume du pays, par avouer qu'il avait raison : ce mot plaît aux princes orientaux et ils le savourent avec plaisir, ce qui les dispose à écouter les raisons par lesquelles on leur prouve insensiblement qu'ils ont tort. Du reste dans une thèse, un côté est toujours défendable et on peut le reconnaître en toute vérité. Le dialogue est curieux ; il se rapporte spécialement à la langue tartare, mais aussi à la chinoise. De son côté l'adversaire du Prince défend toutes les langues de l'Occident.