I.E FILS DE L EMPEREUR
Vous allez trop loin en disant que cet inconvénient de la langue écrite se retrouve dans la langue parlée. Ceux qui manient la parole ne s'arrêtent pas comme ceux qui manient le pinceau.
LE PÈRE PARENNIN
A. une condition, Prince ; c'est qu'ils aient la même habileté que vous, ce qui ne se rencontre pour ainsi dire pas. La plupart traînent ordinairement les finales et ajoutent des mots qui ne signifient rien, dans l'espoir de trouver enfin ceux qui leur sont nécessaires.
LE FILS DE l'empereur.
^La partie n'est pas égale entre nous. Vous avez l'avantage de connaître mes défauts, et je n'ai pas celui de connaître les vôtres. Si j'avais voyagé en Europe, j'aurais remarqué les imperfections de votre langue et j'aurais de quoi vous confondre.
LE PÈRE PARENNIN
Elle est défendue contre ces imperfections. Loin d'être abandonnée au caprice du public, elle est soumise à un tribunal établi pour la réformer et la conduire à la perfection.
LE FILS DE l'eMPEREUK.
Vous me donnez vous-même des armes pour vous vaincre. Puisque votre langue a besoin d'être conduite à la perfection, c'est qu'elle n'y est pas encore. Et d'ailleurs vous-même avouez que ce tribunal, établi dans votre patrie, se compose de réformateurs.
LE PÈRE PARENNIN
Le but de leur institution est moins de réformer la langue que de la contenir dans ses limites naturelles. En cela elle ressemble à un grand fleuve qui roule majestueusement ses ondes limpides. Et cependant vous ne laissez pas de commettre des officiers qui préviennent le débordement ou veillent à ce que ses eaux ne se salissent pas de matières étrangères. »
CHAPITRK II.
LA VIK DU MISSIONNAIRE
L'entretien se prolongea longtemps encore. Il apparaît, lorsqu'on en lit la narration, que le Père Parennin s'exprimait fort bien en plusieurs langues ; mais les anciens Jésuites avaient sur leurs successeurs un grand avantage. La langue mandarinale leur suffisait ; à l'aide de quelques additions heureuses introduites pour exprimer les idées religieuses et chrétiennes, ils avaient composé une sorte de langue sacrée couramment employée entre les fidèles et eux.
Récemment le P. Wieger a rendu à toutes les missions de Chine un service signalé en publiant un livre qui, écrit le P. Becker, « était depuis mon arrivée, le rêve de toute ma vie chinoise. Cet ouvrage suffira pour la parfaite formation des nouveaux missionnaires : un an pour la connaissance de la langue parlée et la lecture des livres élémentaires ; deux ans pour la connaissance de la langue écrite et la lecture des livres littéraires. »
Une autre difficulté, bien moindre toutefois, mais qui ne disparaîtra pas, c'est l'opposition, non pas universelle, mais perpétuelle entre les goûts et les usages. Le proverbe nous avertit qu'ici la discussion serait inutile. Gn ne discute pas, on ne blâme pas, on constate. Il est trop évident que les yeux ne voient pas les choses sous le même aspect ou sous la même couleur. En vain de nouveaux missionnaires, prévenus par les anciens, sont-ils décidés à ne s'étonner de rien, ils sont encore surpris. Sont-ils invités à dîner, on commence par les confitures et pâtisseries, on finit par le potage. Leur hôte veut-il les honorer ? il les prie de s'asseoir à sa gauche. Est-il question d'une profession déshonorante ?... il s'agit de l'armée. Voulez-vous faire à votre ami un présent de bon goût .'' offrez-lui un cercueil, c'est de toute élégance !... L'un sera tout aussi heureux de le recevoir que l'autre, fier de le donner. Voici deux grandes caisses dans une maison. Le missionnaire dit à l'enfant de quatorze ans qui le reçoit : « Sans doute il n'y a rien dans ces caisses ?... » Le garçonnet répond : « Oh ! non, non pas, elles sont occupées ; dans la première il y a Papa ; dans la seconde,
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il y a Maman » ; et il se prend à rire. Est-ce mauvais cœur ?. . . Non point, mais devant un étranger la tristesse serait impolie. Pourquoi ces personnes sont-elles vêtues de blanc ? — Parce qu'elles sont en deuil... L'on remplirait des pages et des pages avec des traits semblables \ Toutefois gardons-nous d'exagérer la conclusion. En Chine, comme ailleurs, lorsqu'on a gratté les apparences ou les couches superficielles, le convenu de certains usages qui pour la plupart s'expliquent assez bien et se justifient, on retrouve l'homme partout semblable à lui-même.