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CHAPITRE ir

LA. VIE DU MISSIONNAIRE

Jusqu'à présent, au Célesle empire, dix siècles ne constituent pas la \ieillesse pour une institution ; elle a des ainées et des contemporaines. On distingue peu dans les coutumes entre celles qui furent et celles qui sont : ce sont les mêmes. Dans l'entretien que nous relations tout à l'heure entre le Fils de l'Empereur et le Père Parennin, ce ne fut pas un médiocre embarras pour le Jésuite d'expliquer au Prince la difiérence entre les langues parlées et les langues mortes. Le prince se demandait comment une langue pouv.iit

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mourir. Apparemment Horace ne songeait pas aux Chinois en disant que les mots ont des fortunes diverses.

Peu sollicité par des spectacles nouveaux, sans curiosité aucime pour « ce mouvement des idées » qui n'éveille pas son attention, ici la pensée de l'homme d'aujourd'hui comme de l'homme d'hier se promène lentement sur des objets presque invariables. État d'âme spécial qu'un missionnaire expliquait en disant qu'un Parisien est capable de dire plus de choses en une seule heure qu'un Chinois n'est capable d'en comprendre en y réfléchissant toute sa vie. Tous deux

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seront également surpris : le Chinois qu'un homme parle si vite, le Parisien qu'un autre homme médite si longtemps sur des paroles dont lui ne se souvient plus.

Méconnaître le caractère du peuple que l'on évangélise, c'est à l'avance ruiner son ministère et le P. Jean Paul Gozani l'écrivait au P. Joseph Suarez ' :

« Un Européen est naturellement vif, ardent, empressé, curieux. Quand on vient en Chine, il faut absolument changer d'humeur et se résoudre à être toute sa vie, doux, complaisant, patient et sérieux; il faut recevoir avec civilité tous ceux qui se présentent, leur marquer qu'on les voit avec joie, et les écouter autant qu'ils le souhaitent avec une patience inaltérable ; leur proposer ses raisons avec douceur, sans élever la voix, ni faire beaucoup de gestes. Un air sérieux et grave est celui qu'un missionnaire doit prendre et retenir irrévocablement, jusque dans l'intérieur de sa maison, s'il veut que les Chinois l'estiment et que ses paroles fassent impression sur leurs esprits. C'est pour cela que le P. Jules Aleni, un des plus grands hommes qui aient travaillé dans cette mission, quand les chrétiens le venaient voir, quelque habitude qu'il eût d'être avec eux, prenait toujours un habit de visite pour leur parler. Par cet extérieur composé, il leur inspirait d'abord du respect, et par sa douceur et son affabilité dans la conversation, il s'attirait ensuite leur estime et leur confiance... Pour moi, j'admire infiniment dans cet illustre missionnaire, non seulement le soin qu'il prenait de les instruire, mais encore cette application continuelle à garder à l'extérieur tout ce qui pouvait lui gagner les esprits et les cœurs, comptant pour rien la gêne particulière que lui donnaient de pareils assujettissements. »

Ces conseils n'ont pas vieilli, et le P. de Rabaudy le remarquait encore : « Combien de fois, en voyant l'exquise courtoisie de nos dignitaires chinois, ne me suis-je pas surpris à regretter cette poli-

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