P. Edel, Lettre inédite au P. Dai/ien'al, iS/j
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larges et plus lourdes, parce que la voiture s'engage dans les terres labourées quand elle rencontre une autre voilure ou que le grand chemin est changé en rivière. En réalité, c'est plutôt un tombereau recouvert, sur le milieu, d'une sorte de bâche. Là s'asseoit le missionnaire ou le grand-homme ; les gros bagages sur le fond ; en avant, l'un à droite, l'autre à gauche, tous les deux les jambes pendantes, le catéchiste et le cocher ou laquais \ Impossible de voyager avec un moindre appareil. L'humilité du religieux tournerait au détriment de la mission. Les chrétiens seraient centristes ; les païens se moqueraient du misérable personnage qui prétendrait les instruire. Vienne un saint François-Xavier, disait en 1704 le Père Gozani, et qu'il prenne tel vêtement qu'il voudra, qu'il aille le bâton à la main et les pieds nus ; ses miracles parleront pour lui et les Chinois ne penseront pas que c'est un affamé qui cherche honteusement un peu de riz. Mais si on n'est point revêtu d'un aussi un grand pouvoir « le mieux est de s'en tenir aux coutumes introduites dans la mission avec tant de sagesse ^ ».
L'élégance n'a encore rien d'excessif. Peu de chrétientés ont un char à la disposition du missionnaire ; assez souvent on n'a qu'une voiture de ferme plus grossière et plus lourde. Dans ce cas, un bœuf sert de bête timonière, précédé d'un âne, d'une vache ou d'un cheval. « J'ai été traîné par ces quatre animaux attelés ensemble. On n'en va pas plus vite », dit le Père Hœftel. Ordinairement on met une mule au timon et un petit cheval en flèche. Les cordes de trait sont attachées, non pas au timon mais à l'essieu, aussi le petit cheval est plutôt de promenade que de corvée ; il s'arrête, il revient sur ses pas ; il broute, tantôt à droite, tantôt à gauche, tandis que, sans le moindre mouvement d'humeur, son maître et son ami, du geste ou de la voix, le rappelle au devoir.
On peut aller plus vite, mais on peut aller plus lentement. Cent