I. Père Edel, Lettre inédite au F. Damerval
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GHAPITRK II.
LA VIE DU MISSIONNAIRE
est bienveillante, fait, de là haut, la richesse des jardins et celle des champs. »
La vigne sera bientôt plantée. Le missionnaire l'espère, on a fait des essais heureux à la résidence ; il a vu sous les hangars de la ferme des barriques pleines d'un raisin qui fermente, un pressoir gémissant sous les crics du Frère Winsbach ; le moût en jaillit à gros bouillons. <>< Quand ce flot généreux coulera sur la terre chinoise, le Lapin blanc recevra de moindres honneurs. Les hommes qui boivent de bon vin ont des idées plus claires. Jadis il y avait des vignes. Pourquoi n'y sont-elles plus .'' — Un méchant diable a convaincu l'Empereur qu'il ferait bien de les saccager. Le thé a remplacé le raisin, de cette eau insipide s'élèvent des vapeurs, des brouillards qui s'étendent sur l'intelligence et refroidissent le cœur. Tout le mal vient de là. La Chine attend un nouveau Noé... » C'est ainsi que le Père Edel égayait les heures interminables pendant qu'un bœuf à pas lents le promenait au milieu de la campagne Chinoise comme un roi Mérovingien.
D'autres courses — si ce mot peut s'employer ici — ne se font pas avec la même aisance. Le P. Hœffel cite les accidents les plus récents. Le P. Bruyère s'est démis le bras en tombant dans une fondrière ; le P. Bougon a été retiré d'une mare ; le P. Villemain et son compagnon ont roulé du haut d'un talus ; le P. Denis a vu sa chapelle et ses ornements choir dans l'eau. Heureusement ces accidents qui, à distance, ont leur côté comique, ne sont pas mortels. Aux yeux de Celui qui compte tous nos pas, ils ne sont point oubliés, et les sacrifices qu'ils engendrent, grands ou petits, sont utiles à l'œuvre du missionnaire. Elle commence aussitôt qu'il arrive dans la Chrétienté.
Une sorte de cloche en bois, frappée par un bâton, avertit les fidèles, s'ils ne le sont pas encore, que le Père spirituel est descendu chez eux. Souvent la première rencontre se fait à la chapelle. Le missionnaire et les chrétiens demandent à Notre-Seioneur de
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bénir la mission qui commence. Puis on se rend à la salle de réception, la principale du presbytère ; tout à l'heure elle servira de salle à manger, ensuite d'école pour le catéchisme. Les hommes ouvrent le défilé souvent conduits par l'administrateur de la petite paroisse. Le cérémonial est invariable : « On commence par se mettre à genoux, ensuite on touche ou l'on frappe la terre du front. Il en est qui, pour témoigner plus de respect, frappent jusqu'à trois fois '. » Les femmes suivent les hommes, et les enfants les femmes. Parfois les plus petits, encore peu brisés aux inclinations, rompent la monotonie de la présentation en tombant "^ aux pieds du Père spirituel.
Après cette présentation : le dîner, lui aussi réglé par l'étiquette. Tout a été prévu. Un tableau ^ affiché dans la salle de réception indique pour chaque jour de la mission la famille qui préparera la nourriture du Père et qui le servira. Les femmes font la cuisine dans un bâtiment voisin, les jeunes gens et les hommes apportent ou présentent les plats. La politesse exige que la table du missionnaire ait au moins une apparence de luxe. N'eût-on qu'lin chou à offrir, il est mieux de le présenter sur quatre assiettes, et l'homme qui sait vivre, attend que toutes les assiettes soient alignées pour puiser dans l'une et dans l'autre. Assez souvent, le menu est abondant, varié * ; le discours ne chôme pas. L'heure du dîner est celle que les gens du pays jugent la plus favorable pour les visites. Les bonnes langues sont là, et puis l'Europe et l'Asie qui ont payé un modeste tribut au repas du missionnaire, s'offrent encore comme matière inépuisable de conversation. Demandes et réponses se croisent de l'Orient à l'Occident ; mais tout le monde est attentif. Nul n'oserait s'asseoir ou fumer, par un sentiment de respect, et