‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 64 sur 284 · I. Lettre iicjetsc\\ décenibre i 8vi'>, p · texte numérisé non relu

I. Lettre iicjetsc\\ décenibre i 8vi'>, p

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KN CHINE.

pourboire de cinq cents sapèques, et les deux héros, couverts de gloire, François portant la tête plus haut ; Joseph plus souriant que jamais, rentrent triomphants à la Chrétienté. Chacun, pour prix de ses exploits, reçoit du Père un petit couteau de poche.

Mais ce pourboire donné au voleur, inquiète quelques consciences. Au contraire le Père Hilt n'est pas loin de trouver que jamais argent ne fut mieux dépensé. Ah ! s ecrie-t-il, brave voleur, honnête homme de voleur, du moment qu'on est volé, on ne pouvait l'être avec plus de générosité. Songez donc, il aurait pu s'enfuir, recruter des complices, mettre le feu à mon église, à mon presbytère pour se venger des menaces proférées contre lui, m'attendra sur le bord du chemin et me tirer un coup de fusil... Toutes choses •qu'il n'a point faites et qui provoquent un sentiment assez voisin de la reconnaissance. Quant aux personnes qui trouveraient qu'une somme de cinq cents sapèques, ou de soixante-quinze centimes, pour prévenir tant de catastrophes est excessive, le mieux est de ne pas leur répondre, et au besoin de racheter encore sa pauvre vie qui n'est pas tout à fait inutile à quelques âmes.

Le second exemple ne se recommande point par la même simplicité. Il s'agit d'un procès, chose grave, périlleuse, coûteuse, fréquente en surprises, pleine d'incidents. Aussi les Pères, malgré le désir des chrétiens, ne s'y engagent pas volontiers. Les mandarins ne leur inspirent pas toujours confiance ; leurs satellites jamais. Ils ne plaident que si l'intérêt de la Religion le demande impérieusement. Il en était ainsi dans le district du P. Heitzler en la sous-préfecture de Ou-i, au village que nous appellerons Ta-liou, en lui conservant la moitié de son nom. Les sinologues sont libres •d'ajouter Kia-t' sounn.

A Ta-liou les têtes sont chaudes, et les langues déliées. Le pays, d'humeur belliqueuse, est divisé en deux camps : celui des chrétiens, celui des païens. Ceux ci, affiliés en grand nombre à une société secrète très hostile aux chrétiens et aux catéchumènes, multipliaient

CHAPITRK II. — LA VIK DU MISSIONNAIRK.

les tracasseries : interdiction du puits commun, exclusion des deux ou trois meuneries du village, défense de prêter à un chrétien, de l'aider en quoi que ce soit. A la tête de ce parti hostile, se trouvait un fort méchant homme, hâbleur de profession, flattant les uns, menaçant les autres, très redouté de tous. Appelons-le Aman par suite d'un souvenir biblique et parce que notre histoire n'est pas sans une humble analogie avec celle du tout-pui5sant favori d'Assuérus. Assuérus ici, c'est le mandarin, grand personnage qui n'interviendra comme le Deus ex machina qu'à la fin du drame et pour précipiter le dénouement. Mardochée n'a qu'un rôle secondaire : c'est un pauvre chrétien dont le cruel Aman a juré la perte complète pour lui avoir fait du mal une première fois. Esther n'est point visible sur la scène ; mais on sent pour ainsi dire sa présence ; en elle se concentre tout l'espoir des chrétiens et le bon saint Joseph est chargé de lui présenter leurs suppliques.

Rien de plus simple que le début. Un garçon de quatre ans s'amusait avec un peu de poussière et de verdure sur le seuil de la maison paternelle. Passe un grand-oncle de l'enfant, qui le gronde. L'enfant se retire en pleurant, sa mère survient et la querelle commence. Cependant les voisins s'interposent, et la paix est faite de part et d'autre. Mais Aman ne voulut pas de cette tournure pacifique prise par ce médiocre événement. Il intervient, décide que la mère et l'enfant seront accusés devant le tribunal, et lui-même forge l'accusation. Le grand oncle n'a que la peine de l'apprendre par cœur : « Je supplie le Grand Homme de considérer que ce petit enfant, mon petit-neveu, arrachait dans mon champ du blé encore vert pour le manger. Craignant qu'il se fît mal, je lui dis : « Viens avec moi et je te donnerai quelque chose de bien meil- « leur. » L'enfant se mit à pleurer, la mère accourut, me couvrant de malédictions. Ma femme et moi essayions de la calmer par de bonnes paroles ; peut-être allions-nous réussir, quand le mari arrive armé d'un bâton : il brise tout ce qui lui tombe sous la main et me

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KN CHINE.

couvre de blessures. Le Grand Homme jugera sans doute que mon récit n'est pas vraisemblable, que mes simples paroles étaient incapables de provoquer, même chez un brutal, une si violente colère ; mais j 'étais le bienfaiteur de cet homme, je lui ai donné mon maïs, mon millet, mon sorgho, jusqu'au moment où je fus moimême sur le point de ne plus rien avoir. Après tant de bienfaits, un seul refus en a fait mon ennemi implacable. Ah ! s'il n'est pas châtié suivant ses mérites, la vie me sera rendue impossible '!» Cette accusation, écrite d'ôbord, fut portée au tribunal avec preuve à l'appui. Mais quelles preuves ? dira-t-on. Les voici : La maison de l'accusateur était pleine de mobilier fracassé! Lui-même était couvert de blessures. Rien de plus facile que de constater le dégât et de plus difficile que d'en soupçonner le véritable auteur, c'est-à-dire le propriétaire. Quant aux blessures, elles étaient légalisées, enregistrées, par un fonctionnaire du tribunal, moitié greffier, moitié barbier ou chirurgien. Le greffier, très honnêtement, certifie la lésion ; et le chirurgien l'opère au préalable avec la même honnêteté. Chacun, comme de juste, est payé suivant sa peine : le greffier et le chirurgien. Après mille péripéties, mille friponneries, jour fut indiqué pour l'audience solennelle. Les païens prophétisaient leur victoire certaine et prochaine. Aman n'a jamais eu tant de fierté et d'arrogance. Dans la ville la curiosité était générale, et la foule, avide d'une décision passionnément commentée à l'avance, envahissait le prétoire. Les chrétiens étaient inquiets ; leur bon droit, si habilement travesti, serait-il reconnu ? Ils priaient beaucoup le bon saint Joseph, patron des causes difficiles dans tout l'univers et spécialement en Chine. Le Père Heitzler savait bien que, de l'issue du procès, dépendait le sort de sa petite chrétienté à Ta-liou. En homme pour qui la littérature du céleste empire n'a plus de secret,, il avait écrit au mandarin, son ami, en lui faisant un exposé très

I. D'après la relation publiée par le P. Albert Wetteruald dans le premier nume'ro de- Chine et Ceylan : « Un procès difficile, gagne' par S. Joseph. '»

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