‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 66 sur 284 · CHAPITRE II. — LA VIE DU MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA VIE DU MISSIONNAIRE

les païens, assurés de la complicité du mandarin, croîtraient en insolence ; il n'est sorte de taquineries que ne leur suggéreraient une malice naturelle et cette haine implacable dont l'erreur a toujours poursuivi la vérité. Le Père Neveux en donne un exemple significatif '.

On faisait, pour obtenir la pluie, des prières mêlées à des comédies également superstitieuses. Les chrétiens, suivant leur devoir et: leur droit, refusèrent de s'y associer, ce pourquoi ils furent maltraités par les païens, suspendus par les poignets aux portes d'une pagode et ignominieusement frappés sur tout le corps.

Un catéchumène, homme avancé en âge, fut plus cruellement tourmenté ; on lui attache ensemble les pieds et les mains, on le suspend et on le balance à l'extrémité d'une perche, tantôt on le laisse tomber, parce que ce jeu méchant a fatigué les premiers bourreaux, et tantôt on le reprend parce que d'autres veulent s'amuser à leur tour, et il est ainsi conduit ou plutôt porté au mandarin de la petite ville voisine. Malgré l'absence de ce magistrat, notre vieux catéchumène fut condamné par un mandarin des lettrés, assez audacieux et assez protégé pour s'arroger un droit de suppléance. Afin de mieux accabler les chrétiens, les païens publièrent que ceux-ci avaient décapité les idoles des pagodes, et rompu leurs membres. Eux seuls avaient fait cet exploit, mais il leur était facile d'en charger leurs adversaires, La vérité ne se dégagea que lentement des nuages qui se formaient et se reformaient sans cesse devant elle ; les coupables, enfin condamnés, n'étaient pas atteints par la sentence, et les satellites, gens de la dernière espèce, payés pour ne trouver personne, par un scrupule de probité bien rare chez eux, tenaient en conscience à ne trouver personne. Néanmoins, l'instigateur de toutes ces machinations fut vertement semonce. Il se vengea de son humiliation en mettant les chrétiens en quarantaine ; dans ce but, il institua dans plusieurs

Page 1