‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 75 sur 284 · CHAPITRE II. — LA VIK DU MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA VIK DU MISSIONNAIRE

Le préfet. — En effet, vos néophytes ne sont pas nombreux dans ma petite préfecture.

Le missionnaire. — Aussi, n'aurais-je pas fait cet achat si je n'avais une autre intention, celle de préparer une salle convenable où je goûterai le bonheur de recevoir le Grand Homme, avec les honneurs dus à sa haute dignité.

Le préfet, la figure épanouie par le phts gracieux sourire. — Où mon frère est-il descendu ?

Le inission7taire. — Dans la chambre exiguë d'un misérable hôtel, tout à fait indigne de recevoir la visite d'un haut dignitaire.

Le préfet. — J'y serai dans quelques instants.

Le P. de Rabaudy ajoute : « J'étais à peine de retour à mon hôtel, que m'arrivèrent deux cavaliers de la préfecture, suivis de garçons d'hôtel portant sur des plateaux un dîner de seize plats. Le chef de l'escorte, en faisant la génuflexion devant moi, me dit : (( Dans un instant le Grand Homme sera ici. » Vite, on dispose deux fauteuils, on étend un tapis rouge. Le Préfet arrive, porté en chaise, escorté du parasol, insigne de sa dignité, suivi d'une brillante escorte. La visite fut courte, mais aimable et pleine de courtoisie : des centaines d'étrangers étaient témoins de l'entrevue, et de pauvres gens firent, à cette occasion, le meilleur dîner de toute leur vie. Nous étions en Carême, ce que le Grand Homme ne savait pas... Les plats de résistance furent distribués aux pauvres du Bon Dieu, et jamais je ne vis engloutir si vite d'immenses bols de viande.

Certes, toutes les affaires ne s'arrangent pas avec la même aisance ; mais, en Chine comme ailleurs, les hommes gagnent à se voir ; les bonnes paroles produisent toujours quelques bons effets ; le vent ne les emporte pas toutes, l'une ou l'autre demeure et donnera son fruit tempore opportjino. Une difficulté a été aplanie, un procès prévenu, une affaire écartée. Les mandarins sont flattés de voir les missionnaires rechercher leur bienveillance, et croire à leur équité, à moins que le contraire ne soit évident. Un préjugé

KN CHINE.

favorable s'établit, on sait que la mission n'est pas contentieuse, que les rapports avec les missionnaires sont faciles et agréables. Le vice-roi du Tché-ly, le célèbre Li-hong-tchang, qui paraissait alors digne de sa grande réputation et véritable homme d'Etat, le disait au P. de Rabaudy dans les termes suivants, que son interlocuteur a reproduits presque textuellement :

« Il est inutile de me remercier. Je vous recommande surtout de ne pas vous mêler de procès ; d'éviter de recevoir, au nombre de vos chrétiens, des gens tarés et mal famés. Je sais que votre mission est calme, bien conduite, que vous êtes tous amis de la paix, et ennemis des affaires tumultueuses. Tant que vous continuerez à vivre ainsi, en prêchant votre doctrine que je connais et qui est bonne, je serai votre protecteur, mais je ne pourrais plus l'être, si jamais vous fomentiez des troubles. »

Sages paroles et utiles conseils, que saint Ignace, dit en concluant le P. de Rabaudy, signerait des deux mains.

Le chapitre qui se termine aura donné une idée incomplète, mais exacte cependant, de la vie du missionnaire ; plus tard, le lecteur en connaîtra mieux les tristesses et les consolations ; dès maintenant, il voit combien de vertus au milieu de ses épreuves et de leurs travaux sont nécessaires aux hommes apostoliques: l'oubli d'euxmêmes, de leur pays, de leurs usages et, pour ainsi dire, d'un jugement qu'ont lentement formé en eux les années de l'adolescence et de la jeunesse : l'apprentissage d'une langue difficile ; tantôt la solitude avec son lourd ennui, si Dieu ne la remplissait pas, tantôt la compagnie d'un peuple bienveillant, mais curieux et indiscret ; une invincible patience que ne déconcerte ni la lenteur des résultats, ni la suite interminable d'interminables procès et des difficultés sans cesse renaissantes ; une prudence toujours en éveil ; une sagesse qui prévient les faux pas ; la seule joie d'un travail obscur, de quelques âmes rachetées. Encore l'ouvrier, la plupart du temps, ignore son œuvre, et celui qui voulait s'associer

KN CHINE.

hivorablc s'établit, on sait que la mission n'est pas contcnticuse, que les rapports avec les missionnaires sont faciles et aii^réables. Le \ice roi du Tché-K', le célèbre Li-honj;--tchancr, qui paraissait alors diijne de sa grande réputation et véritable homme d'b'tat, le disait au P. de Rabaudy dans les termes suivants, que son interlocuteur a reproduits presque textuellement :

<i II est inutile de me remercier. Je vous recommande surtout de ne pas \ous mêler de procès ; d'éviter de recevoir, au nombre de vos chrétiens, des gens tarés et mal famés. Je sais que votre mission est calme, bien conduite, que vous êtes tous amis de la paix, et ennemis des affaires tumultueuses. Tant que vous continuerez à vivre ainsi, en prêchant votre doctrine (|ue je connais et qui est bonne, je serai votre protect(^ur, mais je ne pourrais plus l'être, si jamais vous fomentiez des troubles. »

Sages paroles et utiles conseils, que saint Ignace, dit en concluant le P. de Rabaudv, signerait des deu.x mains.

Le chapitre qui se termine aura donné une idée incomplète, mais exacte cepenilant. de la vie du missionnaire ; plus tard, le lecteur en connaîtra mieux les tristesses et les consolations ; dès maintenant, il voit combien de \ertus au milieu de ses épreuves et de leurs travaux sont nécessaires aux hommes apostoliques: l'oubli d'euxmêmes, de leur pays, de leurs usages et, pour ainsi dire, d'un jugement qu'ont lentement forme en eux les années de l'adolescence et de la jeunesse : l'apprentissage d'une langue difficile; tantôt la solitude avec son lourd ennui, si Dieu ne la remplissait pas, tantôt la compagnie d'un peuple bieiiveillant, mais curieux et indiscret : une invincible patience (lue ne déconcerte ni la lenteur des résultats, ni la suite interminable d'interminables procès et des difficultés sans cesse renaissantes : une prudence toujours en éveil ; une sagesse qui prévient les faux pas ; la seule joie d'un travail obscur, de quelques âmes rachetées. Encore l'ouvrier, la plupart du temps, ignore son œuvre, et celui qui voulait s'associer

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au Rédempteur ne sait pas comment il a travaillé à la rédemption.

Quelquefois cependant, cette vive allégresse est donnée au cœur du missionnaire.

En 1876, le P. Octave, fatigué et malade, retournait à son poste; ses forces défaillirent sur la route, il s'arrêta dans une petite chrétienté où il reçut les soins dévoués d'excellentes gens, et ceux d'un Père des environs, assez heureux pour passer avec lui les derniers jours et l'aider dans les instants suprêmes. Le missionnaire mourant, sachant que son heure allait sonner, dit à son compagnon:

« Mon cher Père, vous êtes arrivé depuis peu dans cette mission de Chine, écoutez les dernières paroles d'un vétéran sur le point de

paraître devant Dieu Pendant toute votre vie, ne cessez de

remercier le Seigneur d'être religieux et missionnaire. En France, avant d'entrer dans la Compagnie, j'ai été occupé au ministère paroissial. Dans les différents postes que j'ai occupés, je fus assez heureux pour faire quelque bien, et plusieurs ne comprenaient pas ma résolution de quitter ma paroisse ; ils me blâmaient de laisser le certain pour l'incertain... Eh bien, après quelques années de ministère dans cette mission, j'ai eu le bonheur d'implanter la Foi dans deux vastes préfectures, d'y baptiser plus de 2.000 adultes, d'établir des postes ' d'où les missionnaires rayonneront dans tout le pays ; joignez-y les milliers d'enfants païens que j'ai baptisés et donnés pour protecteurs aux associés de la Sainte-Enfance, et dites-moi si beaucoup de curés en Europe, même parmi les plus fervents, ont de semblables consolations -. »

Et le P. Becker, écrivant sur le même départ, disait, non pour rapporter les victoires et les trophées d'un seul, mais pour exprimer les austères consolations de beaucoup : « Le P. Octave est mort

I. Plus de cinquante postes, dans un pays nouveau .avaient été établis par ses soins.

— .Vû/c du R. P. Maqiict.

z. /\<ipport sur la .\/issioii, de juillet 1S76 à juillet 1S77.

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