ET DES IMPORTATIONS. INDUSTRIES LOCALES
La plus ancienne colonie en Corée est le port de Won-san, situé sûr -la côte est de l’empire, à mi-chemin entre Fusan et Vladivostok.
La situation pittoresque, le port spacieux de cette ville animée et populeuse en font l’agréable terme dé tout vo} r age à travers le paysage admirable des Montagnes de Diamant. Rien ne vient troubler vraiment la calme jouissance de la vie parmi les falaises couvertes de pins et les hauts promontoires qui entourent la vaste baie. Le fait de sortir de la solitude des vallées sauvages et des âpres cimes, qui n’abritent que les monastères de Bouddha, pour entrer dans l’atmosphère vivante et gaie d’un port à traité, ne détruit pas les impressions éprouvées dans les hautes régions des Douze mille Pics. .
La ville est entourée de falaises boisées, qui surplombent la bordure argentée du rivage. La vue s’étend sur
un port de quarante milles carrés de superficie, avec les montagnes qui encerclent l’horizon de toutes parts, et la
mer de saphir parsemée d’ilots rocheux et verdo} r ants. C’est un havre où les flottes du monde entier pourraient mouiller en parfaite sûreté, dans un isolement parfait. Le port est absolument merveilleux ; et l’on comprend l’émotion qu’a pu faire naître le désir nourri par la Russie de s’en emparer. Les splendides avantages qu’il possède en font un objet d’envie pour les puissances. Si, en plus de Vladivostok et de Port-Arthur, la Russie le possédait, sa flotte aurait l’empire de ces mers du nord. A part cela, c’est un endroit paisible qui ne suggère pas l’agitation politique dont il est le motif.
Won-san, le port à traité, est situé dans la partie sud-ouest de la rade. La pointe septentrionale de la rade s’appelle Port-Lazareff ; la partie sud-est est la baie de Broughton, nom qui est ordinairement donné au golfe tout entier. Le capitaine W.-R. Broughton, navigateur anglais, y entra le 4 octobre 1497, avec sa corvette de 16 canons, Providence. Port-Lazareff est à environ seize milles de Won-san, de l’autre côté de la baie vers l’ouest, à l’embouchure de la rivière Dun. C’est là le point que les Russes, croyait-on , avaient l’intention de choisir comme terminus du chemin de fer transsibérien. Il y a deux entrées de la baie de Broughton et l’une donne directement accès à Port-Lazareff. Les navires de guerre russes profitent de cet avantage en fréquentant la rade, car cela leur permet d’entrer sans révéler leur présence aux autorités de la côte. Une fois, me promenant dans ces parages, j’ai surpris des gens qui faisaient partie de l’équipage de deux navires de guerre russes, occupés à lever le plan des collinés et à faire des sondages ; le consul japonais et le commissaire des Douanes ne soupçonnaient aucunement leur présence.
La baie est protégée par les montagnes, et ses avantages naturels, à cet. égard, lui donnent une valeur, spéciale comme, base d’opérations navales. Le chenal qui mène au port est large, profond et libre d’obstacles. . Les îles nombreuses situées autour de l'embouchure permettraient d’en fortifier solidement les approches. En plus de la facilité d’accès, il -y a une profondeur moyenne d’environ neuf brasses et le fond du port ne s’envase pas. La mer est libre de glaces en hiver, malgré le froid très rude de cette région. L’eau de source qu’on y trouve est inépuisable ; et, dans la saison, il y â les plaisirs très variés qu’apportent, la chasse et la .pêche. Mais ce sont là des qualités accessoires. Si ce port était fortifié et converti en station navale de premier ordre, il serait égal à Vladivostok et supérieur à toutes les autres stations, de l’Extrême-Orient. .
Entre Hong-Kong et Dalny, le port de commerce de Port-Arthur; que la Russie a fait beaucoup d’efforts pour développer, depuis le temps où .il appartenait à la Chine, aucun mouillage n’existe qui pourrait être, aussi facilement et à si peu de frais, adapté aux besoins d’une station pour une puissance navale de premier, ordre. Aujourd’hui la rade de Won-san n’est fréquentée que par les escadres qu’entretiennent en ces parages la Russie et le Japon. Quoiqu’il y ait sur cette côte une importante colonie japonaise, le Japon n’a détaché jusqu’ici aucune canonnière pour le service de garde du port. A Fusan et à Chemulpo, c’est une règle rigoureusement observée parle Japon d’affecter des navires à la garde du port, car il ne perd aucune, occasion de prouver à sa voisine en particulier, ét au monde en général, l’importance de ses intérêts en Corée.
Won-san fut ouvert au commerce japonais en L880,
et le S novembre 1883, à la colonisation étrangère en général. Bien que son développement postérieur soit dû entièrement à l’industrie et à l’incontestable intelligence commerciale des Japonais, les importations étrangères de cès dernières années ont contribué à créer la position qu’il occupe actuellement dans le mouvement commercial du pays. L’expansion économique du port a été provoquée toutefois par le mouvement d’affaires qui a résulté de l’immigration japonaise, et par l’accroissement de sa population qui a doublé. Les. tissus pour vêtements, les cotons, le grass-cloth et la soie tiennent la première place dans les demandes locales. Les statistiques annuelles établissent les progrès constants de ce port, et l’influence prépondérante qu’exercent les Japonais sur son mouvement d’affaires fait que le commerce étranger se restreint aux articles qui ne peuvent pas être importés du Japon. Le chiffre d’affaires a doublé en six ans; mais l’augmentation des importations n’est pas en faveur des marchandises anglaises. L’application à Vladivostok des tarifs de la Russie d’Europe est la raison de l’accroissement général des importations étrangères à Wonsân en 1901. L’année suivante, les importations dépassèrent encore les exportations ; -les chiffres furent : importation, 191.535 livres sterling; exportation, 102.205 livres sterling. L’administration municipale du port est calquée sur le modèle japonais. Les rues sont larges, bien empierrées, avec une bordure d’arbres irrégulièrement plantés. Après les ruelles sales et étroites de la ville coréenne, à travers lesquelles il faut chercher son chemin, pour parvenir à la colonie, l’aspect en est réconfortant et attirant. ■
Won-san, la ville indigène qui a donné son nom au port, es%a deux milles du. centre de la colonie et se com-
pose d’un pittoresque assemblage de maison s couvertes de chaume et de tuiles, entassées le long des ruelles étroites et malsaines. La grande route de Séoul a la frontière, l’une des six grandes routes du pays, passe àu centre de la ville. Les groupes de maisonnettes qui . se pressent de chaque côté de la route, indiquènt que les seuls emplacements avantageux sont ceux qui donnent
sur cette large voie. '
7- A travers les intervalles des maisons, des échappées de vue laissent apercevoir la baie. L’odeur de la mer se perd parmi les exhalaisons du poisson qui sèche et des qétritus qui pourrissent, puanteur qui flotte lourdement dans l’atmosphère, imprégnant toute chose et répandue partout, sauf sur- les sommets ventilés qui ceinturent la baie. Une population dé 15.000 âmes se presse dans ces boutiques couvertes de chaume et ces cabanes en ruines.
j; La ville i ndigène s’arrête brusquement à un mille
environ de la Colonie. Des champs de légumes bordent la route. Le ruban de baie contigu à la ville est couvert d’amas de poissons séchant au soleil, de monceaux de
filets de pêche, de barques de pêche et de jonques eh mauvais état. Il disparaît, un peu plus loin, en contoürîiant les falaises, aux sommets parfumés de pins et de sapins. Des vallées tortueuses, où on aperçoit de riants villages qui se détachent sur. un fond de pics majestueux et de chaînes de collines, dès pointes et dés promontoires boisés sur lesquels sont situées les maisons des mission^
nair.es, contribuent, avec la vaste étendue de la baie et la
vue de la pleine mer au delà, à former un paysage d’un pittoresque et d’un attrait suprêmes. Il y a environ trois mille Japonais résidant à Won'-san, quelques marchands chinois, une petite colonie étrangère, comprenant le commissaire des Douanes et M me Wakefîeld, et le personnel