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DANS LES RUES

Tout l'intérêt de Séoul est dans la rue. Là, c'est bien la Corée, la Corée simple et primitive. Plus de Japonais comme à Fusan et Chemulpo; ils sont relégués dans un quartier spécial (chincokoi). On ne voit plus que des formes blanches passant d'un pas majestueux, nonchalant, d'homme habitué à ne rien faire. Parfois cette note uniforme de blanc, fatigante presque sous ce ciel sans nuages, est coupée par la robe rose ou jaune d'un enfant ou le manteau vert aux larges manches pendantes des femmes.

Quelques rares jinrikshas, venues du Japon, passent rapides emportant des Européens ou des fonctionnaires de la cour. De temps à autre on aperçoit une chaise, derrière les rideaux de laquelle se cache un haut mandarin ou une femme noble.

A chaque instant, par Tune des grandes portes de la cité, arrivent des petits chevaux coréens, à tous crins, merveilleusement résistants. Ils vont par files de dix à douze, attachés les uns aux autres, portant sur un bat de lourds sacs de riz et de pois. Derrière eux suivent de puissants et dociles taureaux menant leurs charges de bois au marché près de la grande cloche.

C'est le centre le plus animé de Séoul, le croisement des deux grandes artères.

C'est là aussi que se trouvent les marchands

de chapeaux, car ici les métiers, comme au bon vieux temps, sont groupés ])ar quartiers. iMarchands de papier, de soieries, menuisiers, orfèvres, potiers, etc., tous ont leur rue spéciale. Parmi les objets d'un usage courant, on trouve parfois de lourdes poteries anciennes, des boîtes en argent finement ciselées, d'élégants coffrets en laque rouge avec des enjolivures de charnières et de plaques en cuivre, de solides armoires avec des appliques habilement dessinées, représentant une tortue ou un papillon.

On est attiré par la rue, irrésistiblement. On y retourne toujours, malgré soi, pour assister à ce spectacle nouveau, curieux, pour regarder ces petits tableaux de la vie, si différents, si pittoresques. On a plaisir à

voir passerlentement, et d'un pas tranquille, ces hommes à l'air grave et solennel. Les plus importants portent de larges lunettes rondes cerclées de corne et un petit éventail qu'ils ouvrent et referment à chaque instant d'un geste brusque.

Ils ont l'air si heureux, ces bons Coréens, ils ne désirent que la tranquillité : flâner en fumant leur longue pipe, dire bonjour au voisin, raconter une anecdote ou montrer un habit neuf. Ils n'ont pas la figure grimaçante des jaunes. Il y a en eux un élément qui n'est ni chinois, ni japonais, un peu de sang des races du Nord. C'est ce mélange qui a créé ce type vigoureux, bien charpenté, à l'expression placide, rêveuse et simple.

Quant aux femmes, on en voit fort peu

dans les rues. Les nobles ne sortent qu'en chaise et celles du peuple sont occupées aux travaux d'intérieur et de blanchissage. Elles ne sont pas belles en général. Elles sont minces et petites ; mais, sous les bandeaux noirs et brillants, les visages sont souvent très délicats. Hélas! Ils se flétrissent très vite.

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