‹ En courant le monde: Canada, États-Unis, Corée, Japon, MexiqueChapitre 18 sur 24 · MARIAGE — FUNERAILLES · texte numérisé non relu

MARIAGE — FUNERAILLES

De la mer, quand on arrive, on aperçoit parmi les maisons de larges taches blanches étincelantes. Ce sont des tombeaux.

Ils sont de forme curieuse, tout à fait particulière aux îles Riou-Kiou. On pénètre dans une petite cour carrée ; sur un côté se dresse un mur percé d'une porte en fer qui donne accès dans le caveau. La voûte, haute et vaste, est fermée par un toit en maçonnerie, recouvert d'une couche de ciment, en forme d'un fer à cheval.

Chaque famille a son tombeau. Les habi-

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tanls de Riou-Kiou tiennent beaucoup à ces monuments funéraires et dépensent de grosses sommes pour leur construction.

Certains coûtent jusqu'à sept et liuit cents francs; ce qui est une fortune pour les indigènes en général fort pauvres. Aussi empruntent-ils souvent de l'argent en donnant leur tombeau comme garantie

Les funérailles se font avec beaucoup de solennité. On apporte le cercueil en grande pompe dans la petite cour et on le place ensuite sous la voûte. Au bout de trois ans, le plus proche parent du défunt ouvre le cercueil, lave les ossements et les place dans une ui'ne, que l'on range à l'intérieur du caveau, à côté des autres urnes, par ordre de date. Les indigènes a|)pellent ces urnes jis-hi-hairn, et les décorent

avec des fleurs de lotus et des figures de démons pour éloigner les mauvais esprits. Les cérémonies du mariage ne sont pas moins bizarres. Les négociations se font par un intermédiaire; une fois terminées, le fiancé envoie des cadeaux aux parents de la fiancée. Puis on accompagne la jeune fille à la maison du futur mari, sous la garde de ses parents, à une heure ou deux heures du matin, pour éviter la curiosité des voisins. Les fiancés boivent ensemble plusieurs coupes de .saké (eau-de-vie de riz) et la jeune fille rentre chez elle. On répète cette cérémonie pendant trois jours, et la fiancée reste ensuite trois autres jours chez ses parents. Pendant ce temps, des amis emmènent le fiancé, tâchent de le distraire, de l'amuser, pour bien mai'quer l'indépen-

dance du mari et enlèvera la femme toute idée de jalousie. Puis le fiancé rentre chez lui où sa femme vient le rejoindre et reste pendant trois jours. Après elle retourne chez ses parents et le mari l'y accompagne. Alors a lieu une grande fête de famille et l'heureux couple peut enfin rentrer dans sa propre maison.

Un jour, par l'intermédiaire de mon boy japonais, je demandai à un vieil indigène ce que les femmes pensaient de cette coutume. « Bah, me répondit-il, cela les habitue pour plus lard... »

SHURI

Le Gouvernement japonais fait des efforts constants pour développer les ressources matérielles de File et donner aux indigènes une civilisation européenne. U construit des routes, fonde des écoles.

Une bonne route relie maintenant Nafa au village de Yonabara sur la côte est, une autre pénètre dans Tintérieur vers le nord en passant près de la grotte fameuse de Futemna, où se trouve un autel dédié à Kwannon, déesse de la Merci. Le chemin est bordé d'une double rangée de pins à travers lesquels on aperçoit de temps à

autre la mer, en une échappée d'azur, et les taches hh'^nches des tombeaux disséminés dans la campagne.

Une large voie, longue du ne lieue, conduit <à Shuri, l'ancienne capitale, juchée sur une colline. On y trouve le vieux château, une grande maison en bois avec de fantastiques dragons sculptés aux quatre angles de la toiture, et le tombeau grandiose des rois, seuls vestiges de l'ancienne splendeur (Ui petit royaume. A quelque distance, le temple de Songenji, réserxé' aux souverains de Ftle, renferme des |)hi(iuos dorées portant le nom (h^ cliacun d'eux et la date de sa mort.

A Shuri sont réunies les grandes écoles, et le malin, vers huit heures, la large avenue olVre un spectacle très pittoresque.

Écoliers et écolières pressent le pas pour ne pas être en retard. Les premiers portent un pantalon et une petite veste courte en toile, une casquette de drap noir avec le chrysanthème impérial brodé par devant.

Les secondes ont la jupe couleur lie de vin passée par-dessus le kimono, insigne des étudiantes.

De temps à aulre wmq jinrishka monte vivement la côte de Shuri traînée par deux hommes en (lèche. Dedans se trouve un grave professeur avec des lunettes en or, sanglé dans une redingote et coiffé d'un chapeau melon trop étroit. Par groupes des bambins trottinent derrière leurs aînés, s'arrêtent en chemin à quelque école primaire.

Quel zèle pour apprendre ! On est loin du

temps OÙ le Gouvernement mettait à l'entrée de chaque village une planche sur laquelle étaient inscrits les noms des enfants qui n'allaient pas à l'école. Maintenant tous y vont, non plus pour apprendre le langage de leur pays, mais le japonais. Plus tard ils apprendront l'anglais, les mathématiques, pour devenir employé, réaliser peut-être leur rêve, devenir fonctionnaire.

CIVILlSx\TION

L'industrie souffre de ce nouvel engouement pour les carrières libérales. Le paysan seul continue à vivre humblement, paisiblement, se contentant de son riz, de ses pommes de terre et de son sagoK Le sol d'ailleurs est très fertile : en deux ans on fait trois récoltes de riz et cinq de pommes de terre.

L'industrie la plus répandue est le tissage de soies, le tsumiji^ de cotonnades, le fashofu, fabriquées avec des fibres de ba-

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