‹ En courant le monde: Canada, États-Unis, Corée, Japon, MexiqueChapitre 2 sur 24 · CHOSES LM PORTANTES · texte numérisé non relu

CHOSES LM PORTANTES

Lui, dans une banque, une compagnie d'assurances ou autre bureau important.

Il est assis ou plutôt perché sur un tabouret très haut. Affublé d'un vieux veston troué aux coudes, il inscrit des chiffres dans un immense livre placé devant lui. Puis il relève la tête, tourne dune main lasse quelques pages de l'énorme bouquin. .\u bout d'un instant de reflexion, il saute à bas de son perchoir et s'en va vers la cage vitrée du téléphone. Il appelle. Une voix douce lui répond :

Elle. — Hello.

Lui. — Est-ce vous, Mademoiselle?

Elle. — Oui. Qui parle?

Lui. — Monsieur...

Elle. — Oh! howareyou?

Lui. — Very loell. Merci. — (Silence.) — Dites...

Elle. — Oui. Qu'est-ce que c'est?

Lui. — Je voudrais vous demander, mais j'ai peur d'obtenir une mauvaise réponse. Voulez-vous m'accorder votre souper chez les...

Elle. — Pas capable, jesuisdéjàengagée.

Lui. ^ Oh ! c'est effrayant... 11 n'y a jamais moyeu de vous avoir.

Elle. — C'est de votre faute.

Lui. — Comment, c'est de ma faute?

Elle. — Mais oui. Vous n'aviez qu'à me demander avant.

Lui. — Je vous ai téléphoné plusieurs fois ; vous n'êtes jamais chez vous.

(Silence.) — Alors, vrai, impossible?

Elle. — Je suis désolée.

Lui. — Moi aussi. Vous me donnerez une danse au moins?

Elle. — Oui, sans faute.

Lui. — Comme la dernière fois, la treizième, et vous partirez à la douzième.

Elle. — Quand on veut danser avec une jeune fille, on ne demande pas la treizième danse.

Lui. — Dame. Vous n'avez pas voulu m'en donner d'autre.

Elle. — Pourquoi arrivez-vous si tard?

Lui. — Si tard... Je suis arrivé à neuf heures et demie pour neuf heures. Je ne peux cependant pas arriver pour allumer

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les bougies. D'ailleurs, il n'y a pas moyen de lutter ; vous êtes toujours engagée un mois à lavance.

Elle. — Faites comme les autres, téléphonez-moi.

Lui. — Et bien, c'est ce que j'ai fait; puis, quand je suis arrivé... rien.

Elle. — Vous n'aviez qu'à venir au commencement.

|^,-i. Olil Flûte. Si c'est comme au théâtre : Passé neuf heures, les places retenues par téléphone ne sonl plus garanties, l^i , ,.. — Mon Dieu! Que vous ave/ mauvais caractère. — Sa?/. Comment avezvous aimé le Charity BalU

Lui. — Il y avait Irop de monde.

1?LLE. — Oh 1 Moi, je me suis tant amusée.

Lui. — Oui? A chaque danse, c'était une bousculade. Il était impossible de retrouver son partne7\

Elle. — Justement.

Lui. — Ah bon ! 11 suffit d'être prévenu. La prochaine fois, je ne vous demanderai aucune danse. J'aurai peut-être ainsi quelque chance d'en avoir une.

Elle. — Vous ferez quand même mieux de prendre vos précautions.

Lui. — Ecoutez. C'est odieux, ce programme. Si on n'arrive pas à la minute, impossible d'avoir une danse. C'est toujours la même chose : / hâve no more? I am. ver y sorry.

Elle. — Vous n'avez qu'à vous débrouiller.

Lui. — Je ne peux cependant pas vous

écrire trois mois à l'avance pour vous demander le numéro 8 du quatrième bal de la saison ou la cinquième valse chez Madame... le... Cela devient une véritable comptabilité.

Elle. — Mon Dieu ! Ce n'est pas si difficile de se rappeler.

Lui. — Enfin... Pour vendredi, voulezvous m'accorder la seconde valse ?

Elle. — Déjà engagée.

Lui. — C'est insupportable.

Elle. — Voulez-vous la sixième? Vous, vous rappellerez?

Lui. — Oui... C'est entendu.

Elle — Good bye.

Lui. — (rood hyc. — Oh! Voulez-vous m'accoi'der le second extra pour le bal do la Saint-Andrews, l'année prochaine ?

Elle — Allright... C'est correct. ..

Lui. — Hello.

Elle. — Hello.

LuL — Et puis votre souper... pour quand le duc d'York reviendra.

Montréal, Janvier 1902.

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