‹ En courant le monde: Canada, États-Unis, Corée, Japon, MexiqueChapitre 21 sur 24 · Hoku — kai — do Nord — mer — pays · texte numérisé non relu

Hoku — kai — do Nord — mer — pays

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kaido devint une préfecture ordinaire avec Sapporo comme chef-lieu.

La faune et la flore diffèrent totalement de celles des autres parties du Japon, et pourtant rHokkaido est séparé de la grande île de Nippon par un détroit de quelques kilomètres seulement. L'aspect général rappelle celui des régions de l'Europe centrale ou plutôt de l'Amérique du Nord, du Canada. On ne retrouve plus l'éternel paysage japonais délicat, soigné, délicieusement petit : coteaux verdoyants avec leurs étages de rizièreS;, vallons étroits bordés de petits pins bizarres. On ne voit plus se détacher par endroits la teinte claire, fraîche, d'un bosquet de bambous pliant sous la brise et caressant les sombres sapins du tremblement de leurs feuilles légères.

Les horizons sont moins restreints; partout ce ne sont que vastes plaines couvertes de champs de blé ou de pommes de terre, d'immenses forêts de hêtres et de frênes et, de temps à autre, des clairières avec des restes de troncs brûlés, larges trouées faites par la main des colons. L'île n'a pas l'aspect gai, riant des autres parties du Japon où tout est cultivé avec soin, ou pas un pouce de terrain n'est perdu, mais l'aspect sévère, sauvage d'un pays neuf avec ses forêts vierges, graves, mystérieuses, où l'homme n'a pas encore pénétré.

Les Aïnos, qui y vivaient jadis, ne cultivaient pas la terre, se nourrissant de poissons et de gibier, habitant dans des huttes disséminées au hasard dans ces vastes forêts à portée des cours d'eau. Ils

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étaient fort nombreux et occupaient tout le territoire de l'ile, groupés par clans. Mais l'habitude de l'ivrognerie et des mariages entre consanguins les a rapidement décimés, et aujourd'hui il en reste à peine dix mille refoulés par les colons japonais vers Test et le nord, dans des régions inexplorées où ils vivent à l'état sauvage.

Dans une génération sans doute, la race pure des Aïnos sera complètement éteinte, et aucun vestige ne restera de ces aborigènes du Japon sur l'origine desquels les traditions, confuses et contradictoires, ne donnent aucune idée exacte. Sans doute étaient-ils au Japon depuis la création, car ils ditïërent des Chinois et des Japonais autant que le Malais diffère du nègre.

ihS EN COURANT LE .MONDE

La race est belle, intelligente, et l'on aurait pu civiliser ces sauvages au lieu de chercher ù les détruire. Les hommes sont grands, remarquablement proportionnés.

Malgré le développement extraordinaire de la barbe et des sourcils, ils ont l'air doux et avenant. Après avoir vécu quelque temps parmi les Japonais, un voyage dans FHokkaido devient un réel plaisir. C'est un véritable soulagement de ne plus apercevoir ce sourire perpétuel et agaçant qui plisse leur afVreux visage et de trouver chez les Aïnos un sourire plein de bonté, un regard franc qui éclaire leurs belles figures de patriarches.

HAKODATE

Caché derrière un immense rocher, au fond d'une baie, Hakodate, le port principal de l'Hokkaido, offre un excellent mouillage. Sa proximité de la pointe extrême deTîle de Nippon rend son commerce très prospère, et des fortifications récentes en ont encore augmenté .l'importance comme sentinelle avancée de l'empire.

La ville est banale; c'est une ville neuve, par conséquent très régulière, construite sur le modèle des villes américaines. Des rues parallèles au quai sont coupées par

d'autres perpendiculaires montant vers la colline et se perdant dans la forêt. Près du port sont les hôtels, les boutiques d'approvisionnement, les magasins de nouveautés, les banques, la poste, mélange bizarre de maisons en bois et de constructions en pierre. A cause des visites assez fréquentes de navires de guerre de toute nationalité, les boutiques sont abondamment pourvues de marchandises de toute sorte, japonaises, amc'ricaines, européennes, surtout de conserves et de liqueurs.

Dans le haut de la ville, sur la colline, se trouvent des maisons en pierre, bien construites, entourées de jardins. Ce sont les consulats et les résidences des commerçants européens, banquiers et courtiers, des missionnaires anglais et amé-

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ricains. D'une blancheur éclatante, l'église catholique émerge grandiose d'un tas de maisons. 11 en est ainsi dans toutes les villes d'Extrême-Orient où sont établis nos missionnaires. L'église est construite avec soin, sur de vastes proportions, bien en évidence. A côté, mesquine, pauvre, effacée, se trouve la maison où vivent simplement, presque durement, ces exilés de France, ces prêtres courageux voués à une tâche pénible, à une œuvre ingrate et souvent stérile.

Toute la vie se concentre près du port, sur les quais où grouille une foule sale et grossière. Dans les rues, quelques rares femmes trottinent vers un magasin de nouveautés, et ces voies trop larges.

désertes, sont intolérablement tristes. De

temps à autre passe un petit tramway traîné par deux petits chevaux.

Malgré la lenteur avec laquelle avancent ces véhicules, ils déraillent à chaque instant. Rien n'est drôle comme la façon dont on les replace sur les rails. Cocher et conducteur descendent et font passer tous les voyageurs à Tarrière. Ils attrapent le devant de la voiture, la soulèvent, et, après deux ou trois essais, on remet les deux roues de devant sur les rails. Puis ils font passer les voyageurs à Tavant et opèrent de même pour les roues de derrière. Bientôt ce peu de pittoresque va disparaître à son (our. A Tinslar do Tokyo, llakodate construit des voies plus larges, enlaidit' ses rues avec des lils (h; fer pour avoir des IraniNNays électriques.

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La seule jolie promenade vient d'être supprimée : c'était l'ascension du pic qui domine la ville et sur lequel on a élevé un fort. Le bateau ne part que demain soir, aussi passons-nous notre temps, mon camarade et moi, à flâner par les rues, à visiter des boutiques de curiosités. Dans l'une d'elles nous trouvons une bonne femme très aimable qui veut à toute force nous faire entrer dans son arrière-boutique pour nous montrer des gravures comme il y en a tantau Japon. Habitués maintenant aux façons de ces gens, nous nous asseyons, offrons des cigarettes, avalons dans des coupes minuscules un peu d'eau chaude légèrement teintée. La bonne femme nous propose, pour cinq \en (12 fr. 50), une série de gravures dont

je lui offre trois yen. Pendant la discussion arrive le maître de la maison un peu gris. Il se jette à genoux, fait les salutations d'usage, nous serre la main avec effusion, nous redonne du thé, mais maintient son prix.

Nous revenons à notre hôtel et, peu après le dîner, nous voyons arriver notre bonhomme avec ses gravures. Je persiste dans mon offre, mais il se met à rire en faisant de grands gestes de dénégation.

Nous lui offrons un cigare qu'il accepte en riant aux éclats et lui tondons un verre Siwec d\i whisky and soda . 11 se lève alors de sa chaise, éclate de rire, puis fait signe avec ses doigts quatre yen. — Ah! Ah!

lohisky ! good ! Ah! Ah! — Quatre yen, et il rit de nouveau. Sur l'offre d'un autre

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drink, il consent enfin à me donner ses gravures pour trois yen.

Le voyant si gai et si bon enfant, chose rare chez ce peuple arrogant, nous lui demandons de nous accompagner et de nous montrer la ville. Il accepte ravi, et dans sa joie emporte la bouteille de whisky. Nous le suivons au hasard par les rues, et ce devait être un spectacle bizarre que celui de ces deux Européens en costume kakhi cheminant aux côtés de ce Japonais riant aux éclats, gesticulant avec sa bouteille, débitant en mauvais anglais des phrases incohérentes.

VERS PIRATORI

On se rend d'abord par bateau à Muroran, charmant petit port également bien abrité, dans le fond d'une baie. Au loin se détache la masse sombre de l'Csutake, coiffé d'un panache de fumée blanche.

On prend ensuite le cliemin de fer jusqu'à Numanohata. Au milieu de ces forêts, dans ces vastes étendues, les wagons japonais semblent encore plus petits. A l'intérieur, sur une plaque, sont inscrits en caractères japonais les noms du mécanicien, du chef de train et de l'employé préposé à chaque wagon. Ce dernier,

dès qu'on l'appelle par son nom, se précipite, salue très bas, ravale deux ou trois fois sa salive en sifflant et, la figure crispée par un sourire, attend les ordres.

Aux stations, c'est toujours le même bruit amusant des ghettas sur l'asphalte, le même cri aigu des vendeurs de pâtisseries, de thé. 0 dm ! c/ia! Charmants ces petits paniers déjeuners, d'un volume restreint et pourtant très substantiels : deux boites plates en bois liées ensemble par une bande de papier roulée qui retient une paire de baguettes. La première renferme du riz, du beau riz bien blanc, la seconde un bout d'omelette, du |tàlé de poisson, un champignon, deux cornichons avec deux tranches de poisson, et ii coté de hi gelée rose. Le thé est servi dans de gra-

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cieuses théières en poterie avec une coupe que chacun emporte avec soi dans le wagon.

A Numanohata, on trouve la hacha qui doit aller jusqu'à Piratori. On s'installe de son mieux dans ce véhicule bizarre, sorte de petit break pour quatre personnes serrées, très bas, monté sur de minces ressorts. L'intérieur est garni de deux bancs bas et étroits, placés en long ; la toiture estiixée aux quatre coins par de simples bâtons et la portière est remplacée par une planche qui glisse dans des rainures. Les harnais dont sont aflublés les chevaux, un entre les brancards, un autre sur le côté, sont en cordages. Mais tout cela tient, tout cela roule; et par quels chemins!

La saison des pluies est à peine termi-

née, aussi les chemins sont-ils effroyable, ment défoncés, par endroits complètement submergés. Les petits chevaux avancent courageux; quand l'eau leur arrive au poitrail, ils s'arrêtent hésitants, tàtent du sabot pour s'assurer de leur chemin. Et l'on va ainsi cahoté à travers de longues et monotones prairies, prairies de hautes herbes et de roseaux sur le tapis sombre desquelles émergent de temps à autre, en teintes vives, des têtes frêles et délicates d'iris.

La brise fraîchit, on approche de \a mer. On s'arrête un instant dans un |)etit hameau pour laisser souffler et manger les bêtes, puis Ton repart à travers la prairie en longeant la côte cachée par de hautes dunes de sable. On aperçoit quelques larges

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huttes en terre de pêcheurs, abandonnées, délabrées, achevant de s'écrouler sous la poussée du vent, et dans le lointain, immuable, la ligne noire de la forêt vers laquelle on s'avance.

On quitte la côte, on marche vers l'intérieur, et le paysage s'égaie un peu. De chaque côté de la route bien tracée s'alignent des champs de blé et de pommes de terre. Dans des terrains fraîchement labourés, terrains conquis, se dressent encore les restes noircis des troncs des grands arbres. Des aboiements se font entendre et enfin des toits de maisons apparaissent : un village de colons japonais.

Il n'est pas considérable, mais très

propre, avec un hôtel et un magasin où

Ton trouve tout ce que Ton peut imaginer : conserves mêlées avec des flacons de parfumerie, instruments aratoires à côte d'ombrelles et de boîtes de couleurs, de l'encre violette, des plumes, même des décalcomanies. Un pareil assortiment dans un bameau, et surtout d'objets européens aussi modernes dans un ])ays presque sauvage, est surprenant, il est vrai que l'HoUkaido est un pays neuf, vl naturellement on a introduit de suite les objets nouveaux qu'on a mis ailleurs quarante ans à l'aire accepter. On a c lie relié à organiser de suile la colonie naissante d'après la civilisation européenne adoptée dans le reste de l'empire.

Le lendemain, un repart de bonne beure. On pénètre bientôt en furet, et sur cette

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route de sable, à l'ombre des arbres touffus, 011 tile doucement, mollement. Dans des clairières, à quelque distance du chemin, nous apercevons les premières huttes aïnos. Des bandes de femmes nous croisent portant des paquets dans le dos retenus par une sangle posée sur le front; elles saluent rapidement en mettant la main devant leur bouche tatouée. Des files de jeunes chevaux, attachés les uns aux autres, passent allant à une foire, et des laboureurs rentrent paisiblement, les hommes à pied, les femmes parfois juchées sur le cheval entre deux sacs remplis d'herbe fraîcliement coupée. Soudain résonne le tintement d'une clochette, étrange dans ce silence : c'est un prêtre ambulant portant sur sou dos un petit autel sur lequel som-

noie un bouddha doré entouré d'ornements en papier.

On débouche brusquement de la forêt, au ^ haut d'une pente, avec une belle vue sur la mer. A Sarufto, on abandonne la grande route qui continue vers Nikappu, vers le haras impérial, et Ton tourne vers l'intérieur. La route suit d'abord une large vallée bien cultivée, puis de nouveau pénètre dans la foret. Et nous arrivons à Piratori, le grand village aïno.

A l'entrée se trouve une maison japonaise qui est une boutique de comestibles et aussi un hôtel pour les rares voyageurs qui s'aventurent ici. Avec quelle joie on s'installe dans ces chambrettes si propres, si gaies, avec leurs volets en papier ouvrant sur un jardin ; avec quel plaisir on s'étend

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sur les nattes souples, moelleuses! Quel bien-être de paresser après le bain chaud du soir, vêtu du kimono frais, les membres dégourdis, reposés! L'on admire à ce moment la sagesse des Japonais qui, au contraire des Anglais prenant le matin un bain très froid pour se réveiller et se fortifier les muscles, prennent leur bain le soir, très chaud, presque bouillant, pour se détendre les nerfs et se reposer du travail de la journée.

PIRATORI

Assis sur nos talons près de la petite table en laque, nous happons tour à tour avec les pointes de nos baguettes un morceau de poisson qui nage dans un bol de soupe ou une bouchée de riz. La porte glisse doucement dans les rainures et une tête apparaît, une tète vénérable encadrée d'une longue et épaisse barbe blanche. C'est le vieux chef Penri qui vient nous dire bonjour.

Il a revêtu sa tenue de grande cérémonie : manteau jaune avec broderies par-dessus le kimono bleu à dessins blancs, sabre au

côté et une couronne en bois avec, par devant, une tête de renard sculptée, diadème que portent les Aïnos pour la fête de l'ours et les cérémonies religieuses. Le bas de la nuque est rasé de frais et les cheveux divisés par le milieu tombent en longues boucles par-dessus les oreilles percées de larges trous où pendent des morceaux d'étoffe. 11 nous salue profondément à la mode aïno en se frottant les paumes des mains l'une contre l'autre et en les passant à plusieurs reprises sur sa barbe.

Il nous donne à chacun une canne, une branche d'arbre quelconque, dont il s'est servi jadis, et qu'il nous offre en souvenir dans l'espoir en retour d'une bonne coupe de saké. Sur un signe, riiolelier apporte deux petites coupes en porcelaine et une

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spéciale, une large coupe en laque posée sur un piédestal, accompagnée d'un morceau de bois sculpté, long et plat comme un coupe-papier. Tandis que nous nous apprêtons à avaler d'un trait le contenu des tasses minuscules, le vieux chef se recueille, élève sa coupe en prononçant des paroles mystérieuses, la promène degauche à droite, puis de droite à gauche. 11 trempe ensuite la pointe de sa baguette dans le sakè^ la tourne vers la droite et vers la gauche, touche avec la tête de renard de sa couronne et, s'en servant pour lever ses épaisses moustaches, il boit lentement.

Enchanté, il nous raconte toutes sortes de choses en riant, parle de ses chasses, vante le langage aïno, nous apprend quelques mots usuels : pirika, bon ; we^id,

mauvais; iajito^ aujourd'hui; misata, demain.

Nous nous promenons ù travers le village, une route sur plus d'un kilomètre bordée de huttes et de maisons en bois. Grâce à la poste et aux missionnaires prolestants, la civilisation japonaise a déjà fortement pénétré ici. Hélas! Toujours cette odieuse coutume de détruire les traditions, de changer des liabitiules parfaitement innocentes, de tout uniformiser sous prétexte de civilisation. Avec cegoùt d'imitation poussé à l'extrême, peut-être verral-on un jour à Tokyo, à côté de la silhouette élégaulc d'un temple, s'élever une horrible maison de (juator/e étages. « Ils eu oui hit'uen Amérique; pourquoi n'en aurionsnous |ias aussi? » comme me rt-pondait

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certain Japonais à propos d'une remarque que je lui faisais.

Le village est désert. Hommes et femmes sont occupés dans les champs, et les maisons restent ouvertes sans personne pour les garder. Construites solidement avec des poutres et des roseaux, elles ne renferment qu'une vaste salle éclairée par une fenêtre à Test et une au sud, A Touestse trouve la porte fermée par une natte et donnant dans un petit porche adjacent, le shem. 11 sert de hangar pour le bois ; les chiens y dorment la nuit et les femmes y épluchent leurs légumes, écrasent à coups de i)iloii le maïs dans les mortiers.

Au crépuscule, le petit village s'anime; hommes et femmes rentrent et avec eux parfois arrivent en file des chevaux chargés

de paquets, apportant des provisions et du saké. Accompagnés de notre interprèle, un jeune étudiant de Sapporo qui sait un peu l'anglais, nous nous rendons chez le chef Penri. La susceptibilité est très développée chezlesAïnosetleurétiquette très formelle ; aussi regardons-nous avec soin et essayonsnous de les imiter pour ne pas les froisser, llvientnousrecevoirsurleseuildelaporte, nous salue longuement, nous fait asseoir — sur nos talons — à la place d'honneur, près du grand trou au milieu de la salle où couve le feu. Toute celte partie entre le feu et la façade est est considérée sacrée. C'est là que les Aïnos placent les étrangers qu'ils veulent honorer, qu'ils gardent dans un coin ce qui constitue leur trésor : grandes boîtes en laque, coupes pour libations, et

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aii-dessusde vieux sabresdans des fourreaux en bois sculpté, des arcs, des flèches, quelques fétiches aussi. La fenêtre surtout qui se trouve dans cette façade est sacrée. C'est tourné vers elle que l'on adresse les prières aux dieux, que l'on adore les mânes des ancêtres, et, quand un ours ou un cerf, animaux sacrés, est tué, c'est toujours par là qu'on le fait entrer. Aussi est-ce une grave offense de jeter quoi que ce soit par cette fenêtre, de même que jeter quelque chose dans le feu, a le cœur de la maison », est une insulte au maître du logis en même temps qu'un sacrilège.

Nous sommes des étrangers accueillis par le chef du village et, dans pareilles circonstances, le saké est inévitable. Les hommes présents prennent gravement leur

large coupe, l'élèvent en murmurant des prières, la tournent vers l'est, puis >ers l'ouest, et, avant de boire, avec la baguette jettent quelques gouttes dans le feu comme offrande au dieu du foyer. Deux femmes aussi sont là, en arrière, Fair humble et soumis; êtres inférieurs qui ne comptent pas. Ici, d'ailleurs, les femmes sont loin d'être jolies, avec une figure trop ronde, les cheveux séparés par le milieu, coupr-s à la liauleur des épaules, et ce tatouage qui couvre le tour des lèvres et s'effile en pointes vers les oreilles. Elles boivent après les hommes, tout simplement, sur un signe (Tr'ux, puis elles se retirent à reculons, les veux baissés.

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