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LA FORME LUMINEUSE S'OBSCURCIT; L'ESPRIT ERRE; LA ROUTE BIFURQUE

Les fêtes d'été troublent les corneilles éparses aux entours des campaniles chantant de toutes cloches la liesse des confréries.

Les gymnastes polychromes claironnent par les rues en pavois. Chargées des médailles des concours, les Lyres et les Fanfares défilent sous les arcs de feuillage. Aux durs relents des Abattoirs meuglent les bœufs à primes ornés de bandelettes et laurés d'or.

Parmi la violence des drapeaux et la stridence des cuivres, Louise et Laure déambulent en luxes effroyables pour Tesprit économique des populations. Blanches de céruse et les yeux en lanternes, ainsi que royales trépassées, elles déambulent dans le couloir des foires tendu de toiles violentes oîi s'imagent les supplices inouïs et la hideur des Enfers. Les fusils détonnent, les glaives sont brandis aux mains des jongleurs, les lions fument

à travers les cages emplies de rugissements et d'abois, cependant que tournoient, en gazes vertes et roses, de maigriottes pucelles achalandant les tréteaux dramatiques.

Derrière les amies, au cours de la foule cossue qui luit et salue, Manuel persiste en leur sillage de parfums. Quelles niaiseries, quels espoirs de forfaiture exprime leur volubilité gantée d'hyacinthe. 11 redoute les mauvaises rencontres où peut-être mènent les conseils de Laure, cette fille que tous prirent aux heures de désœuvrement, Doutrepuich, Cellarion , les cousins Beauglaive et d'autres , d'autres ; les Voyenvau même , sans que pût ou voulût s'apercevoir Ch'Minteux Téquivoque personnage aux ressources inconnues. Il vivait maquignonnant chevaux et chiens , dog-carts et actions de chasse, hectares de bois et parts de fief, d'aucuns prétendaient les femmes.

Patriarche des noceurs, grattant d'illicites profits, toléré plutôt à cause de cette Maison-bleue acquise sur une faillite industrielle, belle chasse proche de la ville, où on aimait sans fatigue se distraire au plaisir préféré.

Mal entretenue par lui, Laure cherchait des louis nécessaires dans l'entourage, familière d'escapades aux garnis d'officiers.

Une déplorable, une indissoluble affection a lié j u à peu les deux filles, d'abord camarades des ç ipers, des parties ; maintenant elles se fournis-

sent les prétextes réciproques de leurs absences.

Sous cette influente amitié, Louise avait quitté sa famille. Les pernicieux loisirs lui pesèrent.

Manuel connut l'ennui des propos vides autour des tables de cafés morts, Tennui des sombres documents échangés pour la gaieté bête des femmes sur Tinanité de leurs misères et Tinanité de leurs bonheurs. L'existence se fit négative; le sens d'amour s'émoussa aux identiques redites de la chair. L'intime de la passion ne suffît plus. Ce fut la triste joie obligatoire des soupailles, de petites excursions à la campagne et de repas sur Therbe. Doutrepuich et Ch'Minteux pourtant ne savaient tarir leur verve de gros buveurs. Elles les aimèrent davantage que Manuel, accusé de vieillir:

Sans qu'il pût alléguer à son inquiétude des raisons déterminantes ou des soupçons justifiables, le philosophe sentait sa maîtresse lui échapper. 11 s'attrista, se désola. Elle, au contraire, se ruait vers la multitude des plaisirs immédiats, attribuant au manque de folie la satiété de leurs entrevues.

Elle revint se gîter à la première étape de la chair, abusant de puériles attitudes, de parlers enfantins. Elle outra les manières de petite fille, et, fatiguée de sa longue condescendance aux idées de Manuel , aimablement lui imposa le fastidieux souvenir de ses jeunes transes, des histoi d'atelier, des soucis matériels. Puis elle s'ing^ i pour paraître la gentille femme d'intérieur entai '

fTT'

rouge brodé de paysages anglais, et qui s'enorgueillit du brillant des cuivres, de la fraîcheur du bouquet.

Plus loin que ces apparences odieuses, Manuel laborieusement fouillait Louise, afin de rejoindre l'amante d'an tan silencieuse et mémorable.

Pour y parvenir, il ne sut d'autre moyen que l'emploi de sa force hypnotique. A présent, devenue le sujet docile au magnétiseur, elle devinait la présence volontaire avant qu'il ouvrît la porte, au moment où, invisible encore, il pénétrait dans la rue. Un regard de lui la faisait tressaillir toute comme Tormeau frappé de la hache. Et s'il la visait de son œil froid, durci, aiguisé, elle se sauvait, suppliante, criant ne vouloir ces choses. Sa course s'affolait par les détours des pièces et dans l'ombre des corridors. Lui toujours avançait , irradié en effluves de force émis par son cœur battant , ses mains suantes, les yeux aveugles, éblouis de la trépidation magnétique dégagée.

Enfin, rigide et morte, à terre étendue, les mains en croix, elle palpitait à ses passes. Sa bouche éclose en corolle de fuchsia soufflait haleine de paradis et paroles d'amour essentiel. Les bonnes heures, les très bonnes heures. Manuel les reprenait alors avec l'orgueil d'avoir un instant dompté

influences malignes et le décevant caractère.

i^lusieurs semaines même, par ces moyens et

^.Ique peu de suggestion, il la reconquit toute

à Laure, aux vanités des plaisirs bêtes. La nervosité féminine atteignit le paroxysme du sensible. Elle allait à lui de très loin, inattendue, TayanL perçu la désirer à d'incroyables distances.

Encore une fois il la possédait sienne, forme de son génie, symbole de sa pensée.

Mais des attaques nerveuses affectèrent la fillette. Souvent il fut difficile de rompre les sommeils somnambules. Ensuite une extrême fatigue l'alitait des jours, pâle et fiévreuse, encline à de lourds sommeils, prompte aux hémorrhagies.

Les médecins enjoignirent de cesser toute manœuvre hypnotique.

Louise se remit rapidement. Saine, elle s'ennuya, retrouva Laure et ces louches promenades de confidences, où, des après-midi, elles disparaissaient.

Manuel se chagrina d'autant qu'aux meilleurs jours de leur renouveau, elle avait révélé cette Laure proxénète, louangeuse avec insistance d'un riche lieutenant.

Selon ses dires, cet homme s'était, pour une forte somme, procuré l'image de Louise chez un photographe de foire dont le boniment les avait réjouies jusqu'à consentir de poser aux lampes électriques.

Ch'Minteux eût encouragé la chute.

Ge lieutenant payeur de parties fines, acheteur de chiens, de chasses, de chevaux, le gros homn l'exploitait.

ïi?

Une nuit, en leur couche commune, Manuel intit les larmes de sa maîtresse le brûler. Il Tinrrogea. Contre la poitrine mâle elle se blottit sanotante.*

— Ah Manuel, Manuel, sauve-moi, sauve-moi, î peur, j'ai peur de moi-même.

L'âme du philosophe se fendit affreusement. Il

toçut l'imminence de la faute, peut-être déjà

pétrée. Maudire, il Teût voulu ; mais si pi-

able s'offrait la pleurante pécheresse, qu'il ne

t mieux conclure qu'en lui prêtant le réconfort

sa parole.

Qu'elle eût confiance en lui! en sa ferveur, 'elle quittât les compagnies insidieuses ; qu'avec i, elle demeurât perpétuellement. D'ailleurs ils aient entreprendre un voyage qui les éloignerait s conjonctures funestes.

i Dès la diane des casernes, il courut à la banque la famille toujours voyageuse depuis la brouille latérale, laissait des sommes à Tusage de Thoir. is on refusa toute avance. L'Ancêtre avait ainsi

Sdonné, vu Tabsorbante liaison qui enlisait Mad, et croyant, par la pénurie, le contraindre à

mpre.

^ Son inhabile fierté l'empêcha de toute insistance d'emprunter aux amis. Les viscères tordus, la rj étouffée par l'angoisse, les paupières arnl ., il vagua.

Enfin, il vendit à un juif sa yole, son chevj son buggy, ses armes,

L'argent obtenu, il emmena sa maîtresse p( les achats nécessaires au départ. Dans cette étrangère, sorte de métropole régionale, ils t< chèrent, plus joyeux, aux quelques distracti( neuves d'une grande cité.

La modique somme coula très vite.

Toutefois Louise revint nantie de bons projeti le travail serait repris ; elle tenterait d'acqui une clientèle pour s'établir ensuite maîtresse d< tellière. Il fournirait les fonds indispensables commerce. Le bonheur gagna leur horizon.

Août écrasait le soleil sur les toits, sur les viti étincelantes ; et les éclaboussures jaillissaient ai bosses des métaux, aux yeux des femmes, a\ cimes des feuillures.

Eux-mêmes fléchirent sous cette pression fc midable ; et leur courage.

Manuel comprit alors qu'il n'atteindrait pas but : la tenir à soi. En ses mains, en ses dî cours, il la sent fuir comme une eau courantl une onde emportée vers la grande mer des h| maines turpitudes, des prostitutions misérablej Et ce n'était point faute à la bonne volonté Louise. Elle se forçait l'attention à l'entendre dij de sages choses. Mais le cri du rémoule-— rire de fille, le bruit d'un sabre écorchant f\]\ l'attiraient vers la fenêtre, malgré elle, hé' ni\

mélancolieuse oiselle en cage aspirant à la libre -allure des guinguettes oîi cliquetaient des chansons de gouges et de soldats.

Quel rhythme de mal s'était sournoisement incarné aux pures formes de canéphore ?

Manuel lutta de toutes forces contre cet élan maléfique. 11 eût préféré Tassaillir hostile et cabrée. L'aveu constant de son malaise offert par la fran- [ chise de la fillette doublait la douleur. Aux in- ^ flexions de sa voix triste, ilcompritqu'elle le suppliait de la reprendre, de la tirer du mal de ses instincts, de Varracher au flot de Tonde perverse et noyante. Parfois cela répétait Thorrible cri de la victime étranglée qui invoque. N'était-il pas, lui, l'assassin de cette vie, de cette pudeur morte, de ce possible bonheur sacrifié à ses appétits lubriques, au [ caprice de sa virilité. Par sa faute elle irait, au fond des bouges, engraisser, odorante et sinistre. Et il se conçut impuissant au remède. La juste punition de Dieu voulait irrémissible le Péché.

Pourtant, tenaillé par le remords, il peina, tenta, n'obtint rien.

Lentement il contempla se décomposer en ses bras ce corps de vertu par lui-même inoculé de débauche. Et terriblement, chaque minute, il constata s'accroître son- œuvre de mort.

iC rythme maléfique, bien que combattu par ce ^ oureux désespoir eut vite terrassé le lutteur no- I ^ e. Sûr de sa défaite , Manuel cessa la résistance,

Comme de chaudes larmes lui tombaient toujours au cœur, une par une, lourdes, régulières.

Il attendit la fin.

Par un soir de douleur et de tristesse, dans la chambrette blanche au\ guirlandes d'autel antique, Laure entra. À ses forts parfums vacillèrent les flammes des bougies. Muette et ricaneuse, blanche de céruse, royale trépassée en ses moires noires, elle indiquait les bruits de fête au dehors.

Louise se leva vers l'apparition mortelle. Une dernière fois, à l'adresse de Manuel brasillèrent les prunelles siciliennes dans le masque de fard.

— Si vous y tenez, je resterai, fit-elle. Pourtant j'ai promis.

Elle se coiffa d'une vaste auréole de paille écarlate, et prit la main de l'Autre.

Les musiques bondirent aux nues orageuses.

Manuel prévit que la fin était.

— Je ne saurais vous priver d'un plaisir.

Jusque sa voiture qui stationnait eii bas, il

descendit. Elle, heureuse, l'étreignit :

— Adieu Manuel. Oh je serai bien sage. Reviens vite de la campagne, pas!

Et vers les bourrasques de musiques, les deux femmes s'éloignèrent.

Seul. La voiture vibra sur les durs pavages avec le bruit des armes et le grognement s chiens endormis.

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iLes fusées d'artifices sillèrentle ciel cave, cra- >renl des gerbes de rubis, d'éraeraudes. Une >sse caisse sonna parmi les rugissements des ives.

^uis la campagne opaque ondula, infiniment, \s les moissons astrales, [uel deuil à son âme découronnée ! Et la déite par les jardins du rêve dévastés ! Lh la jupe de vif argent qui drape au détour

voûtes de défense !

la hanche de Tenfant il avait marché par la ite d'amour...

\i et tant ils avaient effeuillé les corolles de la seate U et tant ils avaient foulé l'herbe de la sente Si subsistait à la sente, au retour,

Les seules fleurs d'amertume.

tant ils avaient humé le lotus dans la sente mt ils s'étaient enivrés du lotus de la sente pJotus qui attache à jamais le voyageur dans la sente il leur faudrait cueillir toutes, au retour, Les seules fleurs d'amertume.

Lh la robe d'hydrargire qui drape au détour voûtes de défense !

[anuel revécut, au tangage de la berline, ses ileurs. Douleurs de contemplation, douleurs pasjs, où n*agit rien de son propre fonds, oîi seul Irame de la maîtresse déchéante et des fémi- 16'=' peccadilles le navl'e comme les péripéties

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d'un drame scénique. Il n'y joue que le rôle de comparse. A peine si le géhenne la blessure d'orgueil constatant la faiblesse de sa volonté qui ne put suffire entière à combler le vide de Tâme chérie. 11 ne s'y attarde point, au reste. Un immédiat dégoût chasse Timpression survenue.

Alors la honte de cette passivité le révolte. Encore s'est prise au décor son intelligence titubante, éblouie : au décor par lui-même forgé. Et il s'abîme la vie à combattre contre soi, contre ses illusions voulues, et leurs inéluctables conséquences. C'est, en action, la terrible légende germaine des Chevaliers-frères, se rencontrant au carrefour de la forêt, se pourfendant et ressentant la blessure de tous les coups qu'ils se portent. Lorsque l'aube du réel dissipe les brumes, elle montre au champion son propre corps meurtri, le cadavre de son double passionnel gisant au centre du carrefour.

Manuel se retrempa de résolutions énergiques.; Il romprait. Les prétextes de pourvoir à la séparation ne sauraientfaillir.il se l'affirma très haut, ouvrit les glaces de la berline, cria son vœu aux tiédeurs de la nuit, à la majesté des astres témoins, à l'océan des terres placides.

Car il ne laissait pas de se convaincre que la puissante vertu d'un philtre le liait à la fill "lerbère, et qu'avec elle, il viderait le calice ^ l'amour, sans perdre une goutte de lie.

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\ En fureur contre sa résignation lâche, il couit dès le lendemain par les plaines au massacre s bêtes.

Dans l'espace illimité, l'être se libéra. La douureuse colère s'exhala plus largement et soulaea la chair de ses tensions.

Après le chien galopant ses ellipses de quête, anuel marche, l'arme étreinte en ses mains crisées, heureux de battre la résistance des vents findus par l'inlassable effort. Une escouade de perdreaux traversant un rais de soleil offre les j^îclimes du sacrifice aux forces destructives qui tiennent possédé. Par d'ingénieuses parallèles 'attaque il évite la brise traîtresse et dérobe n fumet de rapace au flair prudent des perdrix. Le pointer aide la tactique.

Tantôt il bondit dans les trèfles veufs de traces giboyeuses, tantôt, la course ralentie, il glisse par ^secousses de couleuvre entre les tiges hautes des fèves. Leurs circuits les approchent delà proie cachée dans les hautes touffes de luzerne. A Tat- ^tenle de l'essor, Manuel perd les souvenirs ['néfastes. La bête chasseresse domine en lui redef venu sauvage guetteur d'oiseaux. Son cœur sonne le tocsin, canviant au souci du butin toutes ses forces efficaces. L'espace se réduit pour la pupille atf itive en un point. L'œil chargé de fureur guer- ^ ri( i, la queue battant parmi les touffes, le pointer a^ icé, griffe à griffe. Son corps onduleux rampe.

Soudain il se fixe surpris en une torsion &gi les prunelles vers des odeurs.

Un fétuque se redressa. Une coccinelle atten enfin à la corolle de la fleur péniblement escaladée^ et joyeuse de cette gloire, entrouvrit ses élytrcî où le ciel s'irisa en diaprures de prisme.

Au soleil soudain le canon du rifle pétilh de mille étincelles. Une alouette, au zénitl crissola.

Alors Manuel aperçut sous une touffe, groupées en une masse presque indiscernable aux regards] les perdrix qui piétaient. Il laissa les gris volatilei fuir un peu pour qu'ils s'élevassent avant la diî tance où le plomb viendrait s'épanouir, amph réseau de mort.

Puis, de ses lèvres, gronda. En tumulte d'aileî froissées, en gloussements avertisseurs, en panique les bêtes levèrent. Dans l'immédiate détonation, deux versèrent parmi les flocons de fuméej Déjà unies en ligne, les survivantes rasaient les luzernes indistinctes sous l'horizontale lumineuse des ailes jointes. Une encore culbuta au secom coup du rifle. Et la ligne militaire aussitôt resserrée, s'atténua, s'affina, sembla un fil de la' Vierge montant la haie des fèves, puis par delà disparu.

Alors Manuel ç'obstina pour l'atteindre. Ses is soucieux du but, persévérèrent vers les flots aij is des labours, vers la fuite des nuages et les r is

leus du ciel. Sa rage rapide à poursuivre délaissa ps aiguilles des clochers et les tours des fabriques fesignant les vallons. II enveloppa Tescouade pluteursfois, la décima lentement, méthodiquement, pion les apparences du soleil et les caprices du tent. Son honneur viril, sa gloire d'animal (ominateur le saisirent aux tempes, aux muscles, in volonté de ne point céder aux embûches de à fatigue, de la soif, de la faim. 11 importait à la ^blesse de la bête régnante que de nombreuses Ji'oies fissent un lourd faix à ses épaules victo- ^euses.

". La fuite rousse des lièvres sautant les betteraves mauves et miroitantes, il l'arrêta net de ses feux jumeaux, ou seulement la ralentit pour jouir lu chien allongé en flèche, hurlant de joie à brcer l'animal qui râle et tâche sur le brun des tteules et dans les mares de sainfoin, enfin panièle, crie, roulé sous la dent vorace du pointer jcharné.

, Au ciel de boudoir que font les pers et violâtres crépuscules, il aima revenir chargé de venaison, e vent aux toiles de sa veste, jouissant dé sa jrigueur dépensée, savourant, au retour de la 'giboyeuse prairie, les caresses de Tair et la descei *e de la nuit.

js pilastres de la vaste cheminée flambante abi èrent son repos du soir et sa méditation songe e, résignée, devant le flux fatal des destinées

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à Tocculle gouffre vers où gravitent les exisi tances, les peines, les travaux et les amours.

Cellarion et Doutrepuich survinrent au château,'

Ils ranimèrent la vie.

Leur triple ardeur destructive s'épandit parj les champs rasés de toutes moissons. Les limites] des propriétés closes arrêtaient seules leur élan. Souventes fois même il les franchirent.

A se voir maîtres sur la matière, le sol et les; bêtes, leur orgueil s'exaspéra. Ils se dirent forts,indomptables. Les assauts cliquetèrent dans la| salle d'armes ; et leur rut brutal, après les noc-j turnes ivresses de Porto, les lança à la poursuite, des vachères. Grisés d'espace et des fluides nourri-j ciers qu'expire la terre communiant à leurs efforts, ils se trouvèrent empreints des rythmes cycliques de reproduction, de destruction. Les rires niais des^ paysannes dégrafées s'amollirent sous leurs bras dans l'obscur des granges. Aux possesseurs rive-j rains réclamant des amendes pour le viol de leursi chasses en réserve, ils répondirent par la menacei de vertes corrections et de duels.

Les haines alors autour d'eux fermentèrent.

Haines d'amants trahis, de chasseurs vexés, de braconniers férocement pourchassés à coups de feu, les nuits de surprise.

Un soir, sorti pour le rendez-vous rustique. la* nuel fut salué du fusil aux buissons borda Ai chemin. 11 riposta dans l'ombre. Aulendema* 1^

A montrait des taches sanglantes. Telle se délara la guerre de ses vassaux espagnols, faces ises, aquilines, à drues tignasses noires et fêtant

ducasse, souvenirs des ducs conquérants, contre ^s Flamands du village limitrophe, blonds géants îpublicains, rudes adeptes de braconnage et de louleries de bière aux jours de kermesse.

Les gars se cognèrent à la sortie des cabarets ms la face attentive de la lune.

Occupé d'ourdir des embûches, Manuel oublia

ju à peu le souci de sa rancœur. Dans le tumulte

l'action montait une brève, une fugitive image

le prunelles siciliennes brasillant pour d'autres

lésirs que les siens, de buste de canéphore ôtant

Js armures pour Tétreinte d'un autre héros. Ses

itrailles alors brûlaient, ses dents se choquaient, îs poings mordaient dans le vide. Mais vite la Lison morigénante venait lui dire la sottise de ^attacher à Tamour de leurs êtres plus qu'ellelôrae ne s'y voulait tenir.

11 abhorrait le rôle de jaloux ridicule allant quéir sa maîtresse parmi des plaisirs évoqués pour rautres. Elle seule déciderait de l'absence définiive ou du renouveau dans le bercail de leur pasîon coutumière.

' préféra Taustère résignation au destin, et dans aventures de la lutte rustique éperdre les K ^nants souvenirs du bonheur périmé.

ailleurs les amis accaparaient ses soins. La

colossale nature d'Eugène, il l'adora primante et forte, dénuée de sens moral et de susceptibilités vaines. La naïve goujaterie du jeune homme jouant, malgré cela, la désinvolture aimable et sans rancune, se révéla à Manuel, chaque minute, plus pressante et remarquable, au point qu'il s'étonna de Tamitié commune. Il réfléchit alors que l'antagonisme même de leurs tendances les avait l'un à l'autre attirés, par cette force universelle qui aboute les éléments adversaires afin d'établir des équilibres de directions et de vigueurs. Cellarion en somme, bien qu'il fût d'âme plus délicate, lui sembla une personnalité encore inférieure, unie à la sienne par la similitude de leurs bassesses sentimentales. La décevante sensation de se découvrir ému, prêt aux larmes pour la lecture d'un livre sottement pathétique ou d'un récit chauvin, et d'autant plus troublé que l'œuvre s'offre plus défectueuse. Manuel la ressentait souvent. Côté femelle de son caractère. L'intelligence s'y rebellait fort. Le journaliste, au contraire, à toute minute de sa vie, quêtait ces sensations réflexes et se cajolait aux émotions ainsi perçues, heureux de sa larmoyante sensiblerie.

Tandis que Manuel celait en lui le désespoir de sa passion trahie, Cellarion étalait sans décence les sinueuses péripéties de ses relations ^ec Esther. 11 s'attendrissait pour telle expressio infantile par elle émise, s'indignait des petites va-

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lions par sa .fierté souffertes, s'irritait de ses .résistances féminines, de ses coquetteries futiles, : avec des anathèmes pour les minimes noirceurs inséparables des tactiques d'amoureuses. Ainsi, sa I chienne favorite, il l'appelait Berthe, du nom de la dernière maîtresse sous laquelle Esther avait pâti. Et il mettait Tampleur d'une vengeance à crier vers cette chienne le nom honni, lorsque passait la dame revêche par les rues de la ville.

Quand le gibier fort ne se laissa plus joindre, K l'ennui attrista les grandes salles veuves dont les blêmes fenêtres ruisselaient sous les incessantes averses d'automne. Les défauts des amis grandirent à l'impatience de Manuel obligé de se contraindre pour ne les point reprendre. Le sadisme d'Eugène blessa ses subtilités d'éducation subitement reparues pour se meurtrir aux paroles grivoises. 11 se blâmait d'un pareil effarouchement de la morale. Que de fois les plaisantes suppositions du camarade l'avaient réjoui, comme l'étalage de sa science priapique et la brutalité de ses assauts contre les femmes ! Maintenant il ne pouvait souffrir qu'il pinçât les bonnes dans les coins, et le rire gras de ces filles lui secouait les nerfs. D'ailleurs elles se firent insolentes et loquaces.

^a réclusion au château supplicia son être orché par la présence abusive des hôtes. Celion le consultait sur les termes des lettres

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intimes qu'expédiait la miss alors en Angleterre. il insistait avec lardeur stupide d'un lycéen pour savoir si Manuel ne soupçonnait pas un sens caché, une intention maligne dans les paroles écrites, pour qu'il s'extasiât sur telle candeur de propos ou telle ingénuité spirituelle.

Dès lors, choqué par les brutales expressions de Tun, agacé par les niaiseries sentimentales de l'autre, navré intimement de l'abandon de Louise, Manuel se désola.

Il se feignit malade et demeura dans sa chambre. L'eau pleurait aux vitres. La campagne montait dans le ciel comme une mer uniforme par delà le parc et le bois de sapins.

Il appela la mort libératrice, s'abîma dans des spéculations touchant le voUe de l'existence ultérieure. Peut-être la volonté subsistante se marierait-elle aux ondes harmoniques des fluides qui régissent la course des Sphères, et serait-ce le bercement délicieux de l'âme contemplative au rythme d'une ellipse stellaire girant par l'Infini. Des langueurs le pâlirent ; ses mains perdirent le haie et s'aiguisèrent ; sa figure se creusa. Les chants de la pluie lui sonnèrent de belles mélodies d'orgues qu'il ne se put lasser d'entendre. Les blancheurs des draps l'hallucinèrent en longues extases où passaient des ailr^ séraphiques, des théories de vierges, et des p noramas de cimetières inouïs, énormes, riches p

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les basiliques byzantines et gothiques, et la multitude populeuse des tombes.

Gomme en sa patrie native, il pénétrait cette nécropole fleurie des symboles de tous les cultes connus . Les cénotaphes des philosophes marquaient les carrefours ; et il y avait de grands papyrus sillés d'écritures démotiques, qui, suspendus, garantissaient de l'éclat lunaire l'argent pur des sépulcres.

Une crypte baya devant ses pas allégés, devantson corps diaphane qui filtrait les douces lueurs de lampes très anciennes.il reconnut les catacombes des premiers chrétiens, aux croix et aux calices peints sur les couvercles des bières épiscopales. Leurs flancs de verre montraient de somptueuses momies couchées sur les palmes et les nappes d'autel. Il rencontra une table magnifiquement servie dans une salle ronde sans ouverture. Les esclaves couraient en agitant des outres à parfums ; les convives habillés de lin lui offrirent un escabeau de santal.. Une femme très belle trônait, qui se leva et parut discourir. Il n'entendit point son langage, mais il sut qu'elle était Marceline, cette prophétesse qui introduisit à Rome l'hérésie des gnostiques. Et alors, aux lignes maçonniques '^changés par les assistants, il se comprit participer ux agapes de la secte. Les esclaves retroussèrent es guirlandes qui laçaient les sièges aux tables ; t un chœur de jeunes filles chanta : « La chair

ne pèche point. Nous sommes de la substance de Dieu, et Dieu ne pèche point. » Quelqu'un dit qu'on allait éteindre les flambeaux ; les femmes commencèrent à découvrir leurs poitrines de neige. Celle de Marceline étincela par-dessus toutes. Manuel conçut la prophétesse identique à Louise. C'était la même femme-Dieu qui par les temps se manifestait. Il se précipita. Mais le sacrifice commençait et la prêtresse offrait le trésor de ses chefs-d'œuvre physiques à la multitude des adeptes accourant communier de cette chair précieuse. Les lumières s^éteignirent sur les hanches nues de la fille maure entr'ouverte au flot des sectaires et se couvrant les yeux des lys de ses mains.

Revenus des plages luxueuses au château, grâce à l'aménité des dames Héricourt, les familiers des fêtes hospitalières réveillèrent Manuel de sa fièvre.

Les malles nombreuses arrivaient de Tile de Whight tatouées de vigoureuses bariolures britanniques. Juliette hâlée, mamelue, forte jeune fille entièrement travestie hors de ses privautés enfantines, l'écarta tout de suite et se renferma dans la franchise d'un shake-hand. L'ironie d'une interrogation sur le bonheur de son frère durant l'été nota une sorte de mépris pour cette maî tresse dont se tourmentait évidemment la famille

Ensuite, parmi des groupes de jeunes femme

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1 iO

\e\i connues dont se toquait M°® Héricourt maigrie, rajeunie, la sœur se retrancha.

Puis elle présenta :

— Mesdames, mon frère Manuel, le plus mauvais garnement qui soit. Mais il réussit très bien le potage aux bisques. C'est son mérite unique.

— Alors nous en mangerons ? Monsieur Vatel... [anuel? Ah! pardon...

Une espiègle personne, en révérence dans les froissures de sa traîne de brocart blanc, mimait au jjeune homme cette contenance perfidement marie. Lui ne reconnaissait plus ce laiteux visage lécoré d'une chevelure aventurine.

— Là, Tétourdi ! j'étais sûre qu'il ne se rappelfjerail pas, fit Juliette. Je représente : M™* Lan- ;.delle, Germaine Landelle, notre amie Germaine

[ui a épousé M. Landelle, le lieutenant de hus- [sards, à cette heure pourchasseur de Kroumirs, fpour la plus grande tristesse de sa veuve momen- :tanée.

— Ah! chère madame !

11 tendit ses mains où s'enfermèrent les doigts frais de Germaine.

' A table les pointes de sa mère, de sa sœur, le taquinèrent fort. Sa voisine en brocart blanc les reprenait, demandait avec une insistance comique d explications. Une étoile de brillants culminait '•S le casque des cheveux, et les feux du lustre t y Humaient des arcs-en-ciel d'artifice.

Quant M. Héricout eût félicité Manuel pour son diplôme de licence obtenu es lettres philosophiques, elle le plaisanta, requit de son savoir qu'il lui donnât une règle de bonheur, dont Turgence la pressait.

— Seriez-vous malheureuse ?

— Oui.

— Très malheureuse?

— Oui.

— Alors il n'y a que deux remèdes.

— Qui sont ?

— Le suicide du corps, ou la passion, ce suicide de Tâme.

Elle rougit. 11 vanta le pouvoir hallucinateur de la passion, les paradis quotidiens qu'elle permet de s'ouvrir. La personnalité de Tâme étant morte, on tenait de suite les extases de la foi, la liberté de prétendre à la création dans la forme aimée d'un univers de rêve épuré de toutes contingences nuisibles.

— Mais le rêve ne s'écoule-t-il pas un jour?

Le trivial de l'existence ne parvient-il jamais à le vaincre ?

— Si on était fort, réellement, cela ne saurait advenir.

— Qui est fort? qui est infaillible?

— L'intelligence théorique. Pratiquement, i pèche toujours, et sans le savoir. Plus tard sei ment on arrive, après la catastrophe, à conna*

les causes minimes et frivoles qui la préparèrent. Dans la passion il ne faudrait jamais dire, jamais agir sans une profonde expertise des conséquences possibles de cette parole, de cet acte, si futiles qu'ils apparaissent.

— Quelle expérience !

— Vous voilà comme tout le monde nantie des plus détestables opinions à mon égard.

Elle souffleta Tair de son mauve éventail, et prit le bras de Manuel afin de passer au salon.

[: Ses lèvres très étroites disparaissaient complètement sous la morsure aiguë des dents fortes ; ses petits yeux malicieux et métalliques méditaient, immobiles pour la première minute, ce soir.

Manuel persista dans Todeur de violette émanée

f de la robe de brocart blanc, de la peau laiteuse. Il s'amusa de la gorge basse palpitant au fond du décolletage, avec des sillons de veinules vertes. Le dos très creux avait des flexions de tige liliale. Ohl les mains velues du gros Landelle, le dur sportsman! Évidemment la frêle créature se cabrait au souvenir de ce mâle.

— N'écoutez pas Manuel, il va vous dire des horreurs, jeta M""® Héricourt souriante, procédant avec desbruits de soie aux complimentsindividuels.

Enchantée de n'avoir point à prendre en garde )'"musement de Germaine, la maîtresse de mai-

a rejoignit le groupes des jeunes filles, corbeille I fleurs babillardes sous la Diane de marbre nu.

— Les pauvrettes. Elles ne savent, par bonheur !

Et Germaine mima une moue de compassion à l'adresse des vierges.

— La détestable opinion s'étend donc à tout notre sexe, Madame?

Brusquement, elle prétendit :

— Pourquoi ne pas vous marier? Vous feriez un excellent mari, un mari rare, sachant au moins ce poème d'hymen que vous auriez la prétention d'apprendre.

Puis en fécondes diatribes contre l'indélicatesse des hommes et leur nullité en ce qui touche les relations matrimoniales, elle s'épancha, furieuse vraiment. « Quelle petite mal élevée, » jugea Manuel.

— Mais qui fréquentent donc les jeunes gens au sortir de la maison maternelle, pour arriver tels au seuil du mariage ?

Elle s'emportait presque, en une jolie rapidité de gestes blancs.

— Qui? qui? Des chevaux, des palefreniers ; je sais. Et puis encore ?

— Des prêtresses de Vénus ; sauf votre respect, Madame.

— Eh bien ! Vénus est mal servie !

— Le thé ? Avec ou sans crème ?

— Beaucoup de crème, Juliette, ma chérie.

— Beaucoup de rhum, Juliette, ma chérie.

— Oh î VOUS, monsieur, vous vous servirez vousmême. Ainsi votre goût sera mi eux> satisfait. . . J'ignore ses habitudes... On le voit si peu î

— Petite sœur, si tu continues à empierrer mon jardin...

Le mail attelé de quatre normands éparpilla les pleurnicheries de ses grelots aux brises du lendemain parles rubans crayeux des routes. Ses flancs polis mirèrent la fuite inverse des terres chauves et r obésité des nuage?. On allait voir le simulacre de bataille terminant les manœuvres des corps d'armée sur les territoires de Flandre.

L'escorte des gentlemen poudroyait. Ils écoutaient le clapotis des babillages que les femmes produisaient à l'intérieur de la voiture roulant toutes glaces basses.

A l'approche d'un village blotti dans les cimes éclaircies des hêtres, le piqueur emboucha sa trompe annonciatrice des seigneurs, afin que se garassent les humbles chars rustiques et les flâneries des commères.

Le mail retentit sur le pavage cantonal parmi la déroute des volailles caquetant leurs détresses, fct les abois des mâtins. Les fléaux s'arrêtèrent dans les granges, et la poulie du puits cessa de grincer ^^u mains des servantes.

Sous les porches, les saluantes silhouettes des ^ants celtes s'inclinèrent.

Passée la rue, le tintamarre des roues choquant les grès ne s'arrêta plus ; et les propos des femmes s'y perdirent.

Alors, entre cavaliers, les brèves conversations s'éveillèrent scandées par le trot des bêtes. Doutrepuich conta ses fortunes d'étalon, et les ruses de ses entreprises. Les yeux bleus du colosse chatoyaient dans les plissures de son rire glabre.

Le Normand riait. M. Héricourt feignait de n'entendre pas, mais la' balafre de sa bouche réprima une indécente hilarité.

Manuel évoquait le souvenir de Louise, par une lettre d'elle, au matin reçue, et disant la hâte qu'elle avait de le revoir. La maladie l'avait reprise. Chez sa grand'mère, campagnarde lointaine, elle soignait sa proche guérison.

Manuel résolut de n'y pas répondre, et de marquer ainsi son aversion pour les frasques ridicules. Ce serait une épreuve. Si elle tenait véritablement à lui, l'insistance d'autres messages le déterminerait.

Cependant, à connaître les récits d'Eugène, el la vigueur de son être pressant les côtes du cheval difficile , une grande envie lui fut de manifester sa puissance virile, de soumettre à cette force magnétique et charnelle déjà expérimen*^'* un corps de femme mondaine, d'une personnal plus aiguë que la simple passion de la fi berbère. Les choses à lui confiées par l'étourr

ie de Germaine, ces confidences de dégoûts latrîmoniau'x n'étaient-elles pas l'invite aux ten- Ltîves d'un consolateur ? Ainsi le voulut-il penser, ^daignant les sages peurs de sa modestie. Et, Lt-il advenir des catastrophes, il essaierait contre itte vertu neuve Taudace d'un assaut brutal, 'our voir.

Toutes les raisons contraires à ce projet, il les limina par le seul motif de sa volonté telle, ''ailleurs sa réputation trop compromise ne sauit davantage pâtir, et quant aux querelles ['hommes, il ne lui déplairait point de tenter, dlleurs qu'à la salle, sa souplesse d'escrimeur. Tl releva la tête, fier de son attitude morale, visa feutre brun qui couvrait la tête de Germaine irolixe et gesticulante, enleva son cheval parlessus la haie du talus et tomba dans un avantfoste de militaires insoucieux, embusqués là.

La plaine se hérissait d'armes, de képis

[arance, en attente derrière les accidents de ter-

lin et au fond des fossés. Des lignes humaines

imobiles ondulaient aux inflexions du sol verdi.

mr ime éminence, des canons abrités entre les

leules haussaient leurs gueules en batterie.

>es estafettes papillonnaient; et dans le village,

mfoui parmi la boulaie d'un val, il devina une

'titude grouillante, par delà étendue, que

'€ liaient de solitaires sentinelles ponctuant les

î( tins de l'espace limpide.

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Guidé par la tension de dix mille regards épieursj dans le bois en horizon, Manuel comprit que dej là devait surgir Tennemi et piqua sa bête, aus-| sitôt galopante vers les futaies.

Un nouveau talus lui déroba les bataillons I dépassés. Sur le plateau, des hussards en vedette, la carabine haute, inspectaient les abords du bois. Leurs dociles montures somnolaient, l'œil vague dans les cuirs du harnachement. Il s'approcha de ces formes paysannes, ennuyées, grotesques sous leur déguisement bleu de roi à gros brandebourgs blancs. Un chef, petit et brun, rappela, par sa moustache cirée et les grâces de son inlassable galopade, les commis des bazars parisiens. A coups de sifflets prompts, autoritaires, il dérangeait de leur apathie les brutes campagnardes aussitôt engourdies dans une nouvelle position. Lui repartait, bride abattue, heureux de sa jugulaire et de ses gourmettes théâtrales.

Soudain il parut à Manuel comme le rampement d'un énorme ophidien glissé du bois sur la droite. Cela montait, descendait, se perdait, noir et mouvant. Afin d'en connaître, il poussa son hunter jusque la butte d'un moulin. L'ophidien lui grossit aussitôt avec une crête de bayonnettes nombreuses. Il découvrit de l'artillerie trottante, et des escadrons désagrégés en pelotons '""' le pied du plateau. Sa jumelle lui détailla hommes progressant par une régularité no

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nique. Leur coiffes blanches illuminaient. Plus proches, les cavaliers éclaireurs, en courbe épanouie. Evidemment Tennemi par une marche imprévue tournait larmée de défense. Il le dit au petit chef escaladant la butte. L'homme fit valoir ses galons d'un geste habituel, haussa les épaules, puis redescendit.

Cependant Tophidien enfla ses ondes, déborda sur les prés, gonfla comme une mer, se divisa en une succession de lignes flottantes , qui : de face avancèrent, s'espacèrent, s^étendirent, I couvrant au loin Timmensité brune des terres .immergées. Des meules circonscrites semblèrent voguer sur cet océan humain. Puis les couleurs éclatèrent , les capotes bleues des tirailleurs . d'avant- garde. Bientôt Manuel distingua la figure poupine de Tun qui arrachait des fétus aux. bottes de froment et les mâchait. Au fond, la mer des soldats s'étageait sous l'ardoise firmamentale.

— Voulez-vous me prêter votre lorgnette, Monsieur ?

11 la tendit au petit chef impressionné qui regarda, et, ayant vu, fièrement dégaina son revolver comme s'il eût voulu lui seul avec six cartouches anéantir cette masse lumineuse maintenant de ses innombrables baïonnettes où le s< il, une seconde, vint luire.

ais le hussard se ravisa, siffla, disparut.

îjà Manuel réfugié contre le moulin se trou-

vait au centre d'une batterie franchissant au galop des attelages les revers de la butte. Canons détachés, servants empressés ; le colonel énorme écrasant sa monture de Tabdomen, grognait, hurlait, crachait.

Et d'un coup, au milieu des artilleurs encore inoccupés, attendant Tordre du feu, un escadron de hussards surgit, sabre au clair.

— Vous êtes prisonnier, mon colonel, lança d'une voix joyeusement triomphatrice un frêle lieutenant gommeux, le monocle vissé à l'œil. Son képi à la main, par honneur, découvrait une \ calvitie précoce, rayée, pommadée, non sans art.

— Jamais de la vie, n. de D... Mais en campagne avec nos carabines et nos revolvers, vous n'auriez point approché. En voilà. ..

Le lieutenant protestait de son beau dolman clair. Les soldats, à leurs rangs,. tenaient malles rires.

Un peloton de chamarrures, généraux, aides de camp, arbitres, s'abattit. La grosse discussion s'engagea avec des arguments à l'appui, des citations de technique. Mais le mail gravit le plateau, et sa floraison déjeunes femmes en claires toilettes, jumelles aux yeux, détourna l'attention des officiers aussitôt galantins ver? l'impériale où elles se campaient crânes et sveltes.

On conclut vite par la défaite de ce gomiP de lieutenant qui repartit, penaud, furieux.

Cependant la bataille s'accentuait. Des pièces tonnèrent. Le gros colonel parada au cliquetis de ses croix nombreuses se choquant sur le trot du cheval écrasé. La fusillade pétilla dans les vallons, floconneuse et multiple.

Manuel ne regardait plus que Germaine, droite, enveloppée des nuées de poudre, en déesse d'Olympe exquisément impérieuse.

Des artilleries défilèrent. Lélian parut qui salua. Et le drag jaune de l'Ancêtre suivit, pomponné de Jeanne, d'Hélène, de Mary Hanser, de Céline.

Les deux impériales échangèrent des courtoisies froides inentendues dans le tumulte de la ferraille guerrière.

Par hasard Lélian eut Tordre de commander la batterie en cet endroit, et le gros colonel emmena ses hommes.

Parmi ces appareils de bataille, la résolution de Manuel s'affermissait. Il cherchait dans sa mémoire des vaudevilles quelque truc ingénieux qui pût mettre Germaine en ses maias, isolée. D'ailleurs ces femmes de dédain, Jeanne, Mary, Hélène, Céline, ces femmes omises par son absurde modestie lui en voulaient trop, l'ayant fait maudire de sa famille. Par leur rancune il avait subi la I ;he, la réclusion à la ville domaniale et au < Ueau. Avec de l'argent il eût emmené en le Louise et leur heureux amour. Tout cela

18C K\ DKCOU

manqué et la réputation honnie, pour avoir ménagé leur honneur!...

En ce moment même, les haines convergeaient sur lui. Il se trouvait seul. Son père avait suivi Cellarion et Eugène auprès de Lélian. Hélène télégraphiait des choses à Juliette. Jeanne et ]^me Héricourt parlaient par-dessus sa tête, avec l'attitude convenue qu'il n'existait pas pour elles. Tant, qu'il crut courtois de faire volter son cheval à Técart. Aussi pourquoi jouer les Joseph ! Cet ostracisme, où le confinait l'entente des collatéraux, l'exaspéra.

— Alors, c'est vous, Monsieur Manuel, qui par vos exorbitantes aventures, contraignez toute une honorable famille à se travestir moitié en figues, moitié en raisins. Hein ?

Germaine lui parlait, moqueuse et laiteuse.

Ses petits yeux électriques caracolèrent.

— Il paraît. En tous cas je m'écarte, car ces gens ont une folle envie de réconciliation cimentée avec le sucre qu'on cassera sur mon dos. Tenez!

Il montra M"° Héricourt versant du Champagne à Lélian, qui, droit sur ses étriers, la coupe en main, hurlait aux servants :

— Feu, tas de traînards!

Les canons reculèrent dans l'orage des détonations.

Le tonnerre apaisé, Juliette se pencha de Y ipériale ;

— Hé, Manuel. Il serait temps que tu ailles à Tauberge voir ce que devient ton fameux potage aux bisques. M. Lélian assure qu'il en a pour deux heures à bombarder ce village, et que rien d'intéressant n*aura lieu pendant ces heures-là. Mère dit qu'on en profitera pour déjeuner.

Apporté froid dans les coffres du drag, le repas, confié à une auberge de la route, y attendait Tordre de cuisson.

Germaine éclata de rire. Manuel murmura :

« Je vous tiens, chère Madame. » Et tout haut, déclara qu'il ne partirait point sans une dame, qu'il lui fallait une dame pour l'aider à son potage, sinon il le manquerait. « Madame Landelle » désignèrent les jeunes filles ravies de remarquer qu'ils causaient encore ensemble. Germaine se défendit mal, rougissante. Manuel la devina fort ennuyée, mais ne défaillit point. A l'objection de la route longue, il prétendit qu'elle montât sur son cheval, à la paysanne, les jambes ballantes. Les jeunes filles applaudirent et prêtèrent leurs plaids pour l'attacher à la selle afin de prévenir les chutes. Et toutes ensemble de chanter, battant la mesure des mains :

Lisette au marché Portait des dindons à vendre. . .

Ils partirent. Manuel tenait la bride, et patauait dans la glaise avec ses éperons. Une dernière

fois il enœilla Mary et Jeanne qui le visaient. Celle-là pour celles-ci payerait. Il le jura.

En chemin, il se découvrit penaud, embarrassé de la facile aventure. Remise, la dame en gaité le taquina sur le mélange de ses mérites culinaires et philosophiques. Il répondit à peine, préoccupé du crime à commettre, des moyens, de rinstant. En pleine campagne, c'était brutal ; et puis la terre humide... Son cœur battait. L'alezan allongea plus ferme ses fines jambes, son encolure libre. Manuel le laissa trottiner pour Teffroi de Tamazone; lui, courant avec le prétexte de la maintenir d'une main à la taille ; et les doigts de la dame agriffaient son épaule. A crisser des ongles contre la cuirasse du corset, à sentir le frais des phalanges et Todeur de violette, sa lyre néphrétique chanta. Le sang lui vint bouillir aux tempes. Son imagination pressentit la peau laiteuse dénudée en ses bras. Le chemin creux s'étrécit encore et l'auberge offrit son portail à leur fatigue.

— Il va falloir que je me recoiffe, maintenant! dit-elle d'une gracieuse moue en étant son feutre.

— Et moi que je me brosse.

On les conduisit à Tétage. Manuel se demanda si tous n'entendaient pas le tocsin de son cœ"'- Elle pénétra dans une chambre. La servante descendit. Il hésita encore, entrevoyant les c ,

le scandale, son père, Tanathème de la famille; enfin se précipita derrière elle avec la sensation de se jeter dans un puits.

— Vous n'avez pas besoin de mon aide ?

Germaine se détourna du miroir. Ses petits yeux

s'écarquillèrent, marquant une énorme hébétude de cette hardiesse. Il bondit à la porte, tourna la clef, et profitant de l'hésitation ahurie, empoigna la femme, la balança sur le lit mesquin, qui terriblement craqua.

— Lâche ! brute ! oh la lâche brute !

Etouffée par le traversin, étreinte de cette vigueur folle, elle se soumit, soupirant encore « brute, brute! » jusqu'à ce qu'elle vînt à la pâmoison entière, prise toute, râlant à Manuel qui voyait rouge, sentait le sang.

— Et puis après?

Elle dit cela, très pâle, s'essuyant le visage du mouchoir.

Interdit, Manuel balbutiait de la voir résolue et fière à une minute telle.

Germaine répéta :

— Et puis après? Quoi?

Alors la honte de son action l'étourdit; il se mit à genoux et sanglota.

— Pardon, pardon : je suis à toi, je suis tien à imais.

Elle le laissa dans ses jupes épandre les ser-

ments. Son désespoir d'homme, un désespoir sincère, immense, lui montrait Tinfamie irrémissible du crime, la mort seule expiatrice. Un ineffable dégoût de lui le décidait au suicide.

— Est-ce vrai au moins, que vous serez à moi toujours? Dites, Manuel? Donnez votre parole : pas votre parole d'amant, votre parole d'homme.

Le profanateur se releva, et, solennel, jura avec la certitude de lui livrer sa vie.

Germaine à son cou se lia, en baisers.

Le tapage du drag ébranlant les vitres rompit Textase.

— Ah, je n'aurais jamais cru que ça dût m'arriver ainsi!

Et elle s'apprêta pour le déjeuner.

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