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ENFANTS lilZARRES

totalemenl étendu fixe, inerte, ne bougeant pas plus qu'une pierre, surveillé de chaque côté par trois gamins, les plus grands de la troupe, qui. eux aussi, avaient sur la figure une expression grave et mélancolique.

Tout près, deux autres tiraient vigoureusement sur de longues branches de saules, avec cette mimique d'efîorts et ces petits accroupissements et soulèvements dansés au-dessus du sol qu'ont les sonneurs de cloches dans les églises, et, à côté d'eux, faisant face au buisson, il y en avait un qui, d'un air préoccupé, était en train, avec des joncs d'une mare voisine, de lier en travers un petit morceau de bois mort à l'un des bouts d'une grande gaule toute fraîche coupée ; ce qui figurait, bien nature, avec de l'écorce, du lichen, du lierre et de la mousse, une jolie croix rustique, longue et maigrelette.

« Eh ! que diable faites-vous donc là tous ? » demandai-je à ce dernier. — « Nous jouons à l'enterrement, me répondit-il; vous voyez bcn là-bas c'iui qu'est couché? C'est l'mort! Contr'lui, d'chaqu'cùté, les porteurs 1 En d'vant, les enfants d'chœur et pis l'curé! Derrière, l'monde et les

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parents 1 Ceux deux-lù sonnent ses glas, et moi j'fais sa croix qu'on y mettra sus sa tombe, dans l'cim'tière qu'est là en face, au fond du pré ! » Tout ceci dthité de façon posée, triste, sans l'ombre d'un sourire, pas plus des yeux que des livres.

Et le bariiiûn, ayant fini son travail, et fait signe à ses camarades que tout était prêt, passa le premier en tète, tenant, comme un drapeau, sa haute croix fluette qui, ainsi s'em ployant à doux lins, allait solennement faire la conduite du cortège en attendant de s'en séparer pour rester avec son mort.

Et l'enfantin convoi se mit en marche : celui qui représentait le prêtre disparaissait sous une chape de genêts, toute festonnée de fleurettes ; et les enfants de chœur s'étaient encalottés et robes de rouge avec des profusions de coquelicots.

Ils allaient pas à pas, les mains jointes sous le nez, vociférant des mêmes finales de litanies, des bribes de Libéra, des syllabes de psaumes ; les porteurs traînaient leur mort avec toutes les marques de la peine la plus ployante, de l'effort le plus accablé, pour faire croire à sa

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plombeiise lourdeur ; les petits garçons de la suite, nii-tôte, le cou recourbé, faisaient le geste sans cesse réitéré de s'éponger les yeux ; et les petites filles, revêtues jusqu'aux pieds de leur capote noire, la tète enfouie-baissée dans le capuchon clos, jouaient au mieux les pleureuses lugubres, les mystérieuses plaintives, les sanglotantes masquées, apparitions suiveuses des cercueils dans les campagnes, toujours si terriblement sinistres sur les grand'routes et par les chemins creux !

En vérité, funèbremenl, chagrineusement parlant, c'était le convoi modèle: la lenteur de la démarche, le recueillement, l'aflliction, se prouvant par les gémissements, les soupirs, par le bombé du dos, Fengoncement du cou, la déploration du regard et du geste... tout y était! complété encore par la présence de sautelantes margots qui assistaient curieuses à la cérémonie, évoquant pour l'imagination de mon œil les deux draps des enterrements, avec leur couleur blanche et noire.

Et il n'y avait pas jusqu'aux saules et coudriers du pacage, jusqu'aux arbustes des taillis qui, par leur posture, leur forme, leur vert triste,

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leur slatiire courte, grêle ou renllée, ne rappelassent un peu les ifs, les cyprès et autres vég»;taux de cimetières. « Ah ! me disais-je, en regardant ce cheminement de petits enfants, d\m effet si vraiment lugubre, ces gamins sont par trop impressionnants à force d'être sérieux! Leur gravité fait peur! Et ([uels merveilleux comédiens du mortuaire, adaptés si naturels au rôle le moins en rapport avec leur â^e et qu'ils tiennent avec une rigueur imperturbable, sans une défaillance de leur feinte, sans un écart d'envie de rire! Avec quelle prévoyance, jusque dans les moindres détails, ils ont su reproduire tout le dehors et l'apparat de circonstance ! Ah certes ! si avancé qu'il soit, il n'y a pas un enfant au monde qui pourrait à cet égard leur reprocher la plus petite ortii^sion ! » Je me trompais, comme vous allez voir.

Je venais de me retourner à l'instant, lorsque j'aperçus derrière moi un petit garçon, tout seul, allant et venant devant la haie, d'un pas brusque, saccadé, comme en colère, souriant jaune et l'œil mauvais, en haussant les épaules, d'un air à la fois moqueur et dépité. Tout de suite, j'allai à lui : « Pourquoi donc ne

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joues-tu pas à renterrement, comme les autres, mon petit ami, lui demandai-je? »

Et lenfant, me dévisageant d'un malin regard, me fit cette atroce réponse, d'un ton aigre et sarcastique qui me prouvait, en même temps que sa précocité de sans cœur, sa nette observation du réel et son besoin de stricte exactitude dans la représentation de la vérité : « Je n'jouo pas à l'enterrement d'mon camarade, pass'quil est pas mort, puisqu'il est pas dans la boîte ! »

LE CALVAIRE DE LA COULEUR

LE CALVAIRE DE LA COULEUR

rue fois, je vis cette extraordinaire cote boisée qui, après tant d'années, fait encore s'émouvoir et frissonner mon souvenir. C'était vers la fin d'octobre, par Linede ces journées lourdes et voilées, sans vent ni cris d'oiseaux, où. le seul voltigeotant papillon, errant frôleurde l'herbe avec ses ailes de silence, flottait sur un souffle vague entre la stupeur des apparences et le brumeux des étendues que l'air et les cieux torpides enduisaient de sommeil et de songe.

Baignant ses pieds de roc dans une mystérieuse et transparente rivière, cette côte formait un immense amphithéâtre, à la fois colline et parc, fourmillant d'arbres de toute sorte qui, dormants-cataleptiques, stagnaient, rentrés les uns dans les autres, avec des feuillages si magnifiquement altérés, si pompeusement morbides en leur métamorphose, qu'ils semblaient

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