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PECHEURS DE TRUITES

qu'ollo est revenue, d'un coup de vitesse qui mange l'eau : telle une balle de fusil qui ricocherait sur lo but et rentrerait dans son canon. Même pendant les malaises, les quintes que lui occasionnent les saisons amoureuses et caniculaires, elle s'acharne après la proie, et la précipitation de son attaque indique la constance de sa voracité. Mais que de naturel il faut dans le laisser-tomber, le patinage ou l'enfoncement de l'appât qu'on lui jette! car elle prévoit la supercherie et contient l'élan de sa rapacité par le recul de sa prudence.

La truite est casanière, puisqu'on la prendra peut-être le lendemain juste à l'endroit où on l'aura manquée la veille, comme aussi, à cause de l'espèce d'ubiquité que lui donne sa prodigieuse prestesse, il arrive qu'on la cherche partout, sans la trouver nulle part.

Incarnant la vitalité sous toutes ses formes, et pourtant si délicate, si fragile; dès que la rivière se gâte, allant demander un peu de fraîcheur à ses affluents minuscules, redoutant le soleil, et une fois hors de l'eau, si tôt trépassée, si promptement flétrie, la gueule rigide et grande ouverte.

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Comment n"ainierais-je pas à pourchasser, à vaincre ce poisson aristocrate et que rendent si singulier non seulement sa souplesse et sa peau de serpt^t, mais encore le fantasque isolement de sa vie sournoise et meurtrière I

Un jour de juillet, après une période de chaleur torride, par un temps légèrement pluvieux qui rafraîchissait ,1a physionomie des campagnes, j'étais allé pécher la truite au bord d'une petite rivière, tour à tour marais, lac et torrent, sinueuse, enfouie sous la pénombre et d'un broussailleux côtoiement. A dire vrai, j'étais moins empoigné par l'intérêt de la pêche que par le charme du site : la rivière oiïrait en cet endroit des dormants opaques, des rapides clairs, des remous chatoyants; couverts de lichen et de mousse, ses rochers, criblés de trous, figuraient de grandes éponges de pierre et formaient ça et là de mignonnettes cascades qui les cheveluraient d'une écume blanche comme la neige et si drue qu'elle semblait fixe.

En face, un horizon de montagnes arborait

sur le gris du ciel sa vaporeuse mélancolie

bleuâtre, et le reflet de cette ombre à travers

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