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I.K KKC

tude ; enjoiK's ou ^rimarants, résignés ou farouches, impassibles ou tordus, continuant encore pour l'oreille évocatrice de la pensée le ricanement du plaisir entre leurs lèvres micloses ou le cri de la peur au fond de leur bouche grande ouverte. Tous fantomatiques d'ailleurs, d'autant plus hideusement épouvantables qu'ils ont l'air de vivants cireux ou de livides ressuscites, restés là, pétrifiés dans leur j)ose du dernier soupir, comme s'ils voulaient témoigner par leur seul aspect de ce qu'ils ont vu et ressenti parmi ceux dont les flammes n'ont laissé que des charbons et des cendres.

Quelle vision d'horrible magnificence lorsque, la nuit, au fond des campagnes, le feu se meut à son aise, s'élève et se déploie, libre dans l'espace, à plein ciel, ayant pour pâture une forêt entière et pour soufflerie les quatre haleines du vent! Alors il cramoisit les nuages, de bas en haut, à droite, à gauche, autour de lui, partout, il éblouit l'obscurité.

Mais s'il est moins grandiose à l'œil, combien davantage il impressionne l'àme quand, vers la môme heure nocturne, il a pris tout à coup dans

une ferme isolée : là, survenu trop sournoisement, Tincendie s'est développé trop vite hélas! poiir épargner une seule existence. Au milieu de cette nuit si tragiquement illuminée, rien qu'une fois, d'une façon très sourde et comme souterraine, si stridente pourtant ! ont retenti les clameurs confondues de l'être humain et de la hête; presque aussitôt, le plus profond des silences s'est refermé sur la plus désespérée des plaintes. En quelques heures le feu a tout mangé, sauf les murailles, hideux rectangle haut et nu de ruines toutes noires et lézardées entre lesquelles, le lendemain, dans un amas de boue et de poussière fumante, on ne retrouvera plus que des fers de chevaux et que les énormes chaînes d'acier qui attachaient à leurs barreaux, maintenant disparus, le cou des pauvres bœufs désormais invisibles.

Pour tout sensitif aiguisé par la souffrance, en qui la pensée maladive approfondit la compassion, avoir assisté, même de loin, à de pareilles catastrophes, c'est pour jamais être hanté par le cauchemar de leur souvenir, qui restera blotti au fond de son àme, engourdi à l'ordinaire, bien que toujours sensible, de temps

à aulre, s'y accusant davantage, comme un vieux remords mal éloulTé.

Et, cependant, malgré ses lendemains si funestes, on aime le feu encore plus qu'on ne le redoute. Après avoir présenté des spectacles si cruels, ce même élément se montrera sous un aspect si doux !

On ne peut qu'admirer loute espèce de llammes, turbulentes et tranquilles, réjouissantes et lugubres, orgiaques et sacrées, suivant qu'elles chaperonnent les fagots et les tas d'herbe sèche, les lampes et les torches, les lustres et les cierges : toutes indistinctement attirent le regard qui se laisse toujours fasciner par elles. Mais combien est encore plus suave ft plus captivante par sa discrète intimité, la llamme nabote de la bougie solitaire qui pleure sa consomption, si graduelle et si lente, avec des larmes de cire se figeant une à une sur sa collerette plate ou plissée, de métal ou de verre !

Au chevet du lit, dans la chambre bien close, elle dessine une lamette ardente, ovale et allongée, d'un éclat laiteux et bleuâtre. Un peu ronde ;i son extrémité, elle se tient immobile et

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droite, mais, à la moindre haleine, elle s'aiguise déjà et, sans changer de taille, dansote, frémit, dodine ou penche d'un seul côté. Puis, si peu que lesoufQe d'air augmente, elle acère son dard en pointe d'aiguille et grandit, pour l'abaisser et la hausser encore, sa reptation ascendante au mouvement vermiculaire.

Aux heures d'irrémédiable insomnie, on éprouve une bienfaisante extase à considérer minutieusement les monotones évolutions de cette petite âme de lumière qui, la nuit, communique à tout ce qui l'entoure la mysticité de sa pâleur et de son silence.

Par une triste journée d'hiver, avec quels bons regards songeurs on contemple un feu de pâtre, un pauvre feu de bruyères et de bois humides, luisant maigre, entre les buissons vagues et fumant bleu sur le brouillard gris ! Vite usées par le vent, qui les ilagelle et les couche au ras du sol, ses flammes ne sont guère plus hautes que les herbes sur lesquelles tremblote, par frissons de lumière chétive, son rayonnement inquiet. x\u milieu de l'atmosphère déjà confuse, où les arbres nus commencent à s'embrouiller, il expire avec lenteur.

y formant, loulc minuscule, une île de clarté tiède et mélancolique : c'en est assez pour que le pâtre et sou chien, ramassés auprès, côte à côte, attendent patiemment la rentrée au gîte, et pour que l'oiseau du voisinage vienne, en familier, y réchauffer ses plumes avant d'aller dormir dans la glacière de son taillis.

Et la lueur d'une lanterne toute seule au milieu des solitudes, par une de ces nuits dont la tempête en fermentation travaille grondeusement la sépulcrale obscurité ! D'assez près, on dirait une mignonne étoile qui, suivant sa route presque au bas des airs, flotte et voltige droit devant elle ; mais, de loin, c'est une tache excessivement lumineuse, informe, pour ainsi dire d'un éclat sans couleur, et de la plus mystérieuse et obsédante mutinerie : tour à tour régulière et saccadée, immobile et vacillante, là-bas, très au loin, semblant se plaire à vous intriguer, jouant à cache-cache avec vos regards qui la cherchent. Bien étrange, en vérité, ce petit point, feu follet qui, fonçant encore l'orageuse horreur du grand horizon noir, avive sa fluette clarté de toute l'épaisseur de l'ombre!

Rien de pire que le feu quand il se révolte,

rien de meilleur quand il se soumet. Docile, c'est le feu domestique qu'on emprisonne et qu'on limite a son gré : on le dispose, on l'allume quand on veut, on le "tempère, on l'active et on l'éteint de môme. Que faut-il pour le maintenir apprivoisé ? S'habituer à surveiller son obéissance, à prévoir ses caprices, à contrôler ses fantaisies, savoir le défendre contre lui-même, précautionner un peu la sécurité qu'il inspire en y mêlant ce petit brin de sympathique méfiance qu'on a pour les chats, ces fidèles et ronronnants amis. Ainsi gouverné, il devient le réchauffeur et le rayonnant familier qui vous tient compagnie par sa couleur, sa fornre, sa senteur, et surtout peut-être par son bruit, tour à tour si distinct, si confus, si loin dans son tout près, le mieux approprié à la solitude, le préféré du silence, le seul qui se fasse écouter de la songerie inquiète et qui donne, pendant le jour, l'apaisement de la nuit.

Le feu d'hiver, n'est-ce pas le bon petit soleil d'en bas, duquel on ne s'éloigne un instant que pour s'en rapprocher davantage, nécessaire à chacun, mais plus précieux encore

aux transis de Texpérience, aux frissonnants de la tristesse ?

C'est le cas de ce châtelain-ermite qui, depuis les premiers froids humides, se tient frileusement calfeutré dans sa grande chamhre, au fond de sa tour délabrée.

Désormais, il reste au coin de Tàlre, plongeusement vissé à son vieux fauteuil de bois, bas et profond, dans une atmosphère de serre chaude. Comme celles de tous les reclus de la maladie et du rêve, ses journées se suivent uniformément, souvent douloureuses, toujours méditatives. Il souffre et il rumine, au coupant tic-tac de la pendule, qui scande la si courte vie avec un air d "éternité.

Aujourd'hui, sans doute, mis en humeur de spleen par le plaintif de la bise et le voilé de la lumière, il a passé la plus grande partie de son temps à endurer toutes les horreurs de Tàme : en lui, le cauchemar a fait grimacer des monstres et défiler des spectres. Une à une, l'angoisse a recompté ses peurs, l'orgueil ses chimères, et le regret ses tombes. Il s'est mangé le sang, le cœur et le cerveau. Puis, le calme est venu tout naturellement, sans combinaison de pa-

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lience et de raisonneuse philos(^phie, un calme à la fois lucide et enfantin, très engourdi et très doux, comme celui de la convalescence, caust' probablement par l'influence de la bonne chaleur dont, maintenant, la chambre est totalement capitonnée, dû peut-être aussi à la présence tant soit peu narcotique de ses chiens et de ses chats qui, devant Fâtre, fraternellement assis sur leur derrière, les prunelles aux trois quarts empaupiérées, se profilent, si abîmés dans la somnolence, si confits en stupéfaction, qu'ils en oublient de lécher leur poil, de gratter leurs puces, et qu'aucune tentation ne saurait, à cette heure, les dépelotonner de leur exlase.

Pour le moment, leur maître jouit de celle apathie cérébrale qui paralyse le piochement de la pensée. 11 possède, pleine et entière, cette flâneuse indifférence de l'œil et de l'esprit qui, pouvant tout A^oir et tout observer sans réfléchir, met en léthargie provisoire la chagrine activité de sa conscience.

Le voilà tranquille ; il écarte les braises et rassemble les gros tisons, par-dessus lesquels il remet du bois sec. Alors, n'ayant rien de mieux à faire, il se livre uniquement à la con-

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