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templation de son feu, et voici ce qui se produit devant sa nonchalante curiosité:
Pétillante, avec le tVou-frou d'une étoile et d'un vol de chauve-souris, la tlamme jaillit, jaune et rougeàtre, puis s'abaisse el, prenant une taille moyenne, s'étend et se partage. Tandis que les morceaux de bois crient, écument, suent par les bouts, s'enfument et se noircissent, elle en commence cauteleusement l'attaque, y vibre hésitante, y glissotte furtive, les côtoie en insecte, les frôle en lézard, les llaire, les attouche, les tàte, dessus et dessous, de biais et tout droit, leur darde longtemps ses langues et languettes avant de les mordre profondément et de raviner leurs brûlures.
Peu à peu, sans s'élever, elle s'épaissit davantage, elle gagne de proche en proche et installe sa destruction : toujours lécheuse, torse et tournoyante ; multicolore, mais surtout bleue et rougeàtre; fantasque aussi, mais persistante, et, malgré sa variabilité convulsive, se laissant voir vaguement angulaire, présentant à son sommet des dents, des cornes et des fourches, toute une évocation du royaume des damnés.
C'est alors un bruissement calme et continu.
à la fois comme celui d'un feuillage moite, d'une brise d'orage et d'une rivière profonde qui coule à pleins bords : triple murmure étouffé, poétique et berceur, bigarré cà et là par les bruits secs, rudes et retentissants du bois, qui rappellent le claquement de la capsule et du fouet, la détonation d'un pétard, le boutfement d'un chat surpris par un chien ou d'une fusée avant qu'elle ne parte, la crépitation de la fusillade, le sibilement d'un aspic courroucé, parfois aussi, tout à coup, le très lointain sifflet d'un train de nuit en détresse.
Diversement entamés, les morceaux de bois brûlent différemment, d'une façon plus ou moins active et luisante : ici, la blessure ignée resplendit; là, elle assombrit sa pourpre; ailleurs, elle a pris une croûte grisâtre, tout en continuant à s'envenimer sous cette cicatrice de cendre.
La flamme se modifie, de plus en plus capricieuse de la durée, instable du mouvement, delà taille et de la silhouette; trapue 'Ou filiforme, elle déroule et replie sa flexibilité, elle se dresse et se couche, s'augmente et diminue, revient et, se dérobe, courant ou frisson qui
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brûle et illumino, commençant bleu pour finir jaune, dont la danse et le flottement durent le temps d'un long soupir ou d'un dernier regard d'adieu ; souvent aussi, encore plus fantomatique, apparition presque vaine qui rend inappréciable la fugacité de son inconsistance.
D'autres fois, elle se maintient, ayant la trépidation quinteuse de ces petits jets d'eau formés par la nature dans ces terrains sauvages où filtrent des sources ; puis encore naine et aplatie, svelte et lancéolée, elle recommence à s'élargir, à se diviser par toufles plus épaisses, forme des plumets, des aigrettes, des houppes et des pinceaux, se ramasse en bouquets, en gerbes, en éventails, ébauche des miniatures infinitésimales de clochers, de collines, de tourelles inégalement crénelées qui vont et viennent et frémissent.
Maintenant, sous cette chose si incorporelle et si claire, en resplendit une autre consistante et plus foncée dont elle émane, l'objet embrasé devenu le feu matériel, montrant ce rouge qui n'appartient qu'à lui et qui absorbe l'universalité de cette couleur, depuis le rouge du sang jusqu'au rouge du vin, en passant par
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toutes les pourpres des étoffes, des fruits, des fleurs, des ailes de papillons et des plumes d'oiseaux.
Du bois, par instants, sortent des parcelles et des pellicules dont la montée flottante se môle dansla fumée à la fuite si prompte des étincelles qui, depuis les progrès du feu, n'ont pas cessé de se produire. Tourbillonnantes ou sinueuses, la plupart s'envolent prestement d'un seul coup; certaines hésitent avant de s'enfiler dans le gouffre noir de la cheminée qui les attire et les happe. Quelques-unes ayant pris leur essor s'évanouissent en dégringolant, quelques autres tombent du brasier tout droit dans les cendres; mais combien ternes celles qui s'envolent en comparaison de ces dernières, toujours scintillantes, et parfois si intensément lumineuses qu'elles se détachent sur la braise I
Le bois fléchit, son écroulement commence, et voici des tisons renversés dont flambe en dehors des chenets ce qui leur reste d'écorce. Deux morceaux rongés en arc présentent sur les bords de leur échancrure un double liséré gris et noir de cendreux et de charbonné ; écartés l'un del'autre, ils altendentfumcusement comme
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les tisons que les pincettes les nipproelient pour une finale consomption.
Maintenant, autour du bois les tlammes ont cette agitation gravissante et serpenteuse des petites vagues de torrent autour du rocher qui les morcelle. Cà et là, entre deux rougeurs pâlissant côte à côte, se faufile un petit gaz l)leu qui les colore une seconde etdisparaît comme il est venu. El peu à pou, sur un lit de braises vives, si émiettées qu'elles rougissent la cendre, les tisons à demi consumés végètent sous leur pelure poussiéreuse d'où s'élèvent en tapinois quelques flammes imperceptibles; et bientôt, le feu devient pure matière,, paiement cramoisi, magnifiquement incarnat, au paroxysme engourdi de la chaleur et de la lumière, en quelque sorte apaisé, repu, sans la flamme qui n'était que le souffle ardent de son avidité. A peine sa rougeur est-elle auréolée de rose et de violet, à peine montre-t-elle parfois trois flammettes bleues, jaunes et vertes qui palpitent peureusement comme trois petites âmes des limbes.
Et lentementle feu agonise: c'est une pourpre languissante semblable au rouge de ces vitraux des vieilles églises de campagne, alors que le
soleil s'y reflète à son déclin, un rclat profond, sourd et quasi lointain qui rappelle certains aspects sinistres de la lune par sa sanglante morosité.
Quant à ses bruits, tout menus, ils font une basse en sourdine au tac tac tac régulier de la plaque de fonte dont Tincandescence a rouvert la lézarde qui la traverse d'un bout à l'autre; cela est triste et impressionnant malgré sa douceur : il semble qu'on entende continuement craqueter une armoire et goutteler de la pluie.
Or, les vitres restées embrouillées tout le jour ont pris insensiblement une louche opacité suffisammentincomplètepour laisser passer encore cette clarté morne et hideuse qui semble monter du creux des fosses, des dessous de la vase et des profondeurs de l'eau. Et peu à peu, s'insinue, s'allonge et s'épaissit le rampement des silencieuses ténèbres qui, sans l'éclat pâlissant du feu, submergeraient toute la chambre. Les vieux meubles, déjà sévères sous leur couche d'ombre diurne, se renfrognent de plus en plus ; le graduel obscurcissement de leur aspect les revêt d'une farouche horreur: on dirait un amas
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de grands spectres bruns et informes, accroupis etdebout, dans une trébuchante immobilité. La nuit est presque venue; cà et là, encore, se laissent entrevoir l'angle d'une corniche, le losange d'un panneau, le doré d'une glace ; puis, plus rien que la noirceur funèbre où le feu, n'éclairant que ce qu'il avoisine de tout près, semble s'enfouir mystérieusement pour le reste de la pièce, se renfoncer petit à petit dans le foyer (jui se recule : intérieur lugutre au long duquel, par boudées plus gémissantes et plus brusques, le vent de bise assiège les châssis des croisées, les crochets des portes, les rideaux du lit et les lourdes tentures que, de temps à autre, sans les voir, on entend vaguement battre et clapoter. Au milieu d'une brume crépusculaire, blafarde et rougeoyante, les bêtes endormies ressemblent à des sphinx. Quant à l'homme, douteux dans la pénombre de son coin, il a positivement l'air d'un revenant qui se chauffe. Pourtant, il est loin de songer à la fantastique apparition qu'il figure si bien : ce soir, la peur ne sera pas son hôtesse. Lui, si frissonnant d'ordinaire, il est si tranquille en cette solennelle obscurité qu'au lieu d'allumer sa lampe
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il se contente de jeter sur les braises quelques branches de bourrée qui les ravivent aussitôt. Du plancher au plafond, sur les murailles et les meubles, une llamme claire fait traîner, dormir et papillonner sa lueur, par nappes et par filets, en cercles et en zigzags. Et maintenant, pour lui, une représentation furtive commence dans cette chambre transformée soudainement en théâtre de rélrangeté,aprèsavoirétéla prison de la mélancolie.
Avec des intervalles de silence, à ce bizarre murmure composé tout ensemble ou tour a tour par les bruissements du feu, les plaintes du vent, les grognements des chiens et les ronrons des chats revenus de leur syncope, il assiste à la comédie des petits fantômes de la lumière, il voit jouer autour de lui la pantomime des reflets et des ombres. Aussi, entre ces quatre murs singuliers, dans l'intimité d'une telle solitude, n'a-t-il pas lieu d'être surpris lorsqu'il entend la tirade suivante que, sans doute, un esprit de l'àtre est venu chuchoteusement lui glisser à l'oreille, à moins que ce ne soit renonciation m.ême de sa propre pensée qu'il ait parlée très bas sans s'en apercevoir :